Mali: Libération de terroristes - Des pédigrées de chiens enragés

analyse

« Je me réjouis de ces libérations, particulièrement de celle de Soumaïla Cissé. Ces questions sont très délicates. Il n'y a pas de solution idéale. C'est toujours le résultat d'un compromis ». Voilà en substance la réaction de Mahamadou Issoufou sur la libération, jeudi 8 octobre, de quatre otages, notamment Sophie Pétronin et Soumaïla Cissé, qui ont servi, on le sait, de monnaie d'échange dans la libération, le week-end d'avant, de dizaines voire de centaines de terroristes détenus dans les prisons maliennes.

Venant du président nigérien, qui a quelques fois été confronté à ces choix cornéliens tout au long de ses deux mandats, on ne peut effectivement que donner du crédit à ce qu'il dit. Sauf que du compromis à la compromission la frontière n'est pas toujours étanche, et l'on peut facilement glisser de l'un à l'autre sans transition. De fait, plus de quatre jours après le retour des anciens captifs du désert malien, l'opération continue de faire couler beaucoup d'encre et de salive, et nombreux sont ceux qui se demandent s'il n'est pas trop élevé, le prix payé pour que l'ex-chef de l'opposition malienne, enlevé il y a 6 mois en pleine campagne législative, l'humanitaire française détenue depuis 4 ans et leurs deux compagnons d'infortune italiens recouvrent la liberté.

Qu'une ou plusieurs rançons aient été payée(s), l'effet immédiat de ce marchandage est de remettre dans le circuit des gens qui ont souvent tué, violé ou torturé. Des combattants qui ne vont certainement pas raccrocher la kalachnikov et les engins explosifs.

Et les craintes sont d'autant plus grandes que, dans ce contingent d'affreux, figurent de grosses pointures qui ont ensanglanté et endeuillé toute la sous-région et dont la libération aurait fait l'objet de difficiles tractations entre les différentes parties. Ainsi du Mauritanien Fawaz Ould Ahmed, véritable meneur de jeu de l'équipe terroriste surnommée « Ibrahim n°10 » qui a été de l'équipée sanglante de la Terrasse de Bamako, du Byblos à Sévaré et à Grand-Bassam en Côte d'Ivoire. Ainsi également de Mimi Ould Baba Ould Cheick qui a fait lui aussi le coup de feu dans la station balnéaire ivoirienne et à Ouagadougou. On comprend d'ailleurs pourquoi Washington, selon certaines sources, freinait des quatre fers sur le cas de celui qui a été formellement mis en cause par la justice américaine puisqu'un de ses ressortissants figurait parmi la trentaine de victimes des attentats du Cappuccino et du Splendid.

Des pedigrees de chiens enragés donc s'il en est, dont la libération, quoiqu'effective, était si gênante que leurs noms n'apparaissent pas officiellement sur les listings des personnes remises à leurs katibas pour nouvel emploi.

Quand on sait tout le mal que se sont souvent donné les forces armées maliennes, la Minusma et la force Barkhane pour capturer ces hommes, on peut aisément imaginer le sentiment de frustration qui a pu parcourir les rangs des forces de défense et de sécurité. Des soldats qui pourront de nouveau croiser le chemin de ces terroristes.

Comme quoi les vrais gagnants de ce compromis dont parle le chef de l'Etat nigérien, c'est bien cette engeance qui ne s'est pas gênée de se retrouver autour d'un repas pantagruélique dont les images indécentes circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux.

Plus de: L'Observateur Paalga

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