Afrique: Réunions annuelles FMI-Banque Mondiale - Pleins feux sur la pandémie et la dette

Le président Paul Kagame et d'autres dirigeants africains sont rejoints par la chancelière allemande Angela Merkel lors du Pacte du G20 avec l'Afrique qui s'est tenu à Berlin, en Allemagne.

Washington — La pandémie du Covid-19, une crise à nulle autre pareille, et le poids de la dette, un fardeau plus que jamais pesant sur les pays pauvres, sont au cœur des débats des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) qui se tiennent cette semaine à Washington.

Crise sanitaire oblige, les discussions et délibérations prévues jusqu'au 18 octobre, sont sous format virtuel. Les bâtiments imposants des deux institutions financières internationales, au cœur de la capitale fédérale américaine, n'accueillent pas, comme à l'accoutumée, les délégations des hauts dirigeants politiques, du secteur privé et de la société civile outre les experts et médias pour évoquer ces grands dossiers de l'heure auxquels s'ajoutent aussi d'autres problématiques urgentes comme la pauvreté, le changement climatique ou l'aide au développement.

Expliquant l'actuel contexte particulièrement difficile, le président de la Banque Mondiale, David Malpass, relève que la pandémie a plongé plus d'économies dans des récessions simultanées que n'importe quelle autre crise depuis 1870. Et elle pourrait entraîner les premières manifestations d'une décennie perdue marquée par "une croissance atone, l'effondrement de nombreux systèmes sanitaires et éducatifs, et le surendettement".

Comme souvent, les populations des pays les plus pauvres souffriront le plus profondément et le plus longtemps de cette crise sanitaire de grande ampleur.

D'ici à 2021, entre 110 à 150 millions de personnes supplémentaires auront basculé dans l'extrême pauvreté, alerte ainsi la Banque Mondiale. En clair, pas moins de 1,4 % de la population du globe pourrait plonger dans une pauvreté extrême sous l'effet conjuguée de la pandémie et de la récession économique.

Sans paraître alarmiste, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva a indiqué, à la veille de ce conclave, que l'économie mondiale, bien que durement affectée par la pandémie, a évolué à un rythme "un peu meilleur que prévu" durant la deuxième moitié de l'année en cours, s'attendant néanmoins à "une difficile ascension" qui sera "longue, inégale et incertaine".

Certes l'évolution constatée s'explique en grande partie par des "mesures exceptionnelles" qui ont empêché l'économie mondiale de s'effondrer. Environ 12 000 milliards de dollars de soutien budgétaire ont été accordées aux ménages et aux entreprises. Et des mesures sans précédent de politique monétaire ont maintenu le flux du crédit, aidant des millions d'entreprises à rester à flot.

Sauf que la capacité de réaction des pays pauvres reste limitée tant en termes de mesures de maîtrise de la pandémie que de relance de l'activité économique.

Les Assemblées du FMI et de la Banque Mondiale se présentent ainsi comme un cadre idoine pour souligner l'urgence de renforcer le soutien aux pays pauvres et en développement, notamment en Afrique afin que le continent puisse accélérer sa longue ascension vers la reprise.

"Les pays émergents ainsi que les pays à faible revenu et les pays fragiles restent dans une situation précaire", prévient à cet effet la dirigeante du FMI dont le leitmotiv est que la pandémie est loin d'être derrière nous et "la longue ascension" vers la reprise sera "inégale et incertaine. Et sujette à des retours en arrière" surtout en cas de forte augmentation des flambées épidémiques.

Sur le dossier de l'endettement, la situation est loin d'être rassurante. Le nombre de pays aujourd'hui plus vulnérables à cause de l'augmentation du niveau d'endettement reste élevé.

"Nous estimons que la dette publique mondiale atteindra un niveau record d'environ 100 % du PIB en 2020", a dit la responsable du FMI ajoutant que "pour presque tous les pays, il y aura un retour en arrière sur l'amélioration du niveau de vie".

Malgré des ajustements internes de grande ampleur, les États africains affichent dans ce contexte des besoins de financement de l'ordre de 1.200 milliards de dollars d'ici à 2023.

La situation est d'autant plus critique que certains pays font face à une lourde charge de la dette qui les oblige à choisir entre le service de la dette et une hausse des dépenses dans le domaine social et sanitaire.

Un nouveau rapport de la Banque Mondiale vient ainsi d'alerter sur le fardeau de la dette extérieure totale des pays les plus pauvres qui a augmenté de 9,5% en 2019 pour atteindre un record de 744 milliards de dollars. D'où l'urgence d'agir pour atténuer le risque croissant de crises de la dette souveraine provoquées par la pandémie de Covid-19.

Les principaux créanciers, dont le G20, seront davantage interpelés pour réduire le fardeau de la dette des pays pauvres, d'autant plus que le moratoire sur le service de la dette reste insuffisant au vu de l'ampleur de la crise.

Outre le Covid-19 et l'endettement, les assemblées annuelles du FMI et de la Banque Mondiale réunissent des acteurs d'horizons divers -- dirigeants du secteur public et du secteur privé, représentants d'organisations de la société civile, experts issus des milieux universitaires autour d'autres grands dossiers mondiaux: lutte contre la pauvreté, développement économique, efficacité de l'aide, changement climatique...

Le FMI qui prévoyait en juin une forte contraction du PIB mondial en 2020, estime aujourd'hui que l'évolution des deuxième et troisième trimestres a été un peu meilleure que prévu, ce qui permet une modeste révision à la hausse des projections mondiales pour l'année en cours et une possible reprise partielle et contrastée en 2021.

Plus de: MAP

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