Egypte: L'entourage d'un journaliste égyptien visé par les autorités, "un odieux moyen de pression"

communiqué de presse

Deux collaborateurs du journaliste égyptien Khaled Elbalshy, puis son frère, ont été jetés en prison, officiellement pour "appartenance à un groupe interdit" et "diffusion de fausses nouvelles". Reporters sans frontières (RSF) dénonce un odieux moyen de pression : en s'en prenant à ses proches, c'est clairement ce journaliste reconnu et engagé qui est visé.

Son seul tort est d'être de la même famille qu'un éminent journaliste. Le 20 septembre dernier, l'Egyptien Kamal Elbalshy a été repéré dans la rue par des agents des forces de l'ordre. Ce patron d'une entreprise touristique est alors identifié comme le frère du fondateur du site d'informations Darb Khaled Elbalshy et est immédiatement conduit en prison. La justice vient d'ouvrir une enquête sur lui pour "attroupement", "diffusion de fausses nouvelles", "appartenance à un groupe interdit" et "abus d'usage des réseaux sociaux". Elle l'accuse d'avoir pris part à des manifestations pour commémorer le premier anniversaire de protestations antigouvernementales survenues en 2019, connues sous le nom de "événements du 20 septembre".

Avant de progressivement resserrer l'étau autour de la famille de Khaled Elbalshy, les autorités égyptiennes ont ciblé ses collègues de Darb, dont le site est bloqué dans le pays depuis avril dernier. D'abord la contributrice Shimaa Samy, qui avait publié sur Darb un article sur le blogueur Alaa Abdel Fattah, emprisonné depuis ces mêmes protestations antigouvernementales de 2019, puis le reporter Islam Al-Kalhy, envoyé à Gizeh le 9 septembre pour couvrir des manifestations ayant éclaté à la suite de la mort d'un habitant en détention. Les deux ont été placés en détention pour "appartenance à un groupe terroriste" et "diffusion de fausses nouvelles", respectivement en mai et en septembre dernier.

Depuis plusieurs mois déjà, Khaled Elbalshy fait l'objet d'une campagne de diffamation dans les médias locaux. Des dizaines d'articles l'accusent d'être un "agent des Frères musulmans", organisation considérée comme terroriste dans le pays, et lui reprochent des dénonciations "mensongères" sur le harcèlement du gouvernement à l'égard des journalistes.

"Ces emprisonnements, ciblés et répétés, qui affectent directement l'entourage de Khaled Elbalshy sont une façon manifeste de lui faire payer ses écrits engagés pour les droits humains, dénonce la responsable du bureau Moyen-Orient à RSF, Sabrina Bennoui. S'en prendre aux proches d'un journaliste est un moyen de pression aussi odieux qu'indigne et totalement contraire au droit international. Tout doit être mis en oeuvre pour faire cesser ces pratiques."

Ce n'est pas la première fois que les autorités égyptiennes ciblent la famille d'un journaliste. En septembre 2019, le fils du rédacteur en chef du quotidien Al-Mashhad Magdy Shendy avait été emprisonné avant d'être libéré quelques jours plus tard. En juillet dernier, les autorités ont emprisonné la soeur de Alaa Abdel Fattah.

L'Egypte occupe la 166e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

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