Mali: Attaque GSIM - Quand le diable embrasse, c'est pour mieux étouffer

Ils n'auront même pas eu la décence d'attendre que les effusions consécutives aux échanges de prisonniers de la semaine dernière s'estompent avant de refaire parler d'eux. Une semaine après la libération de Soumaïla Cissé, de Sophie Pétronin et de deux autres otages italiens en échange de l'élargissement de deux centaines de terroristes qui étaient détenus dans les prisons maliennes, le pays a été en effet durement frappé en son centre, avec les cercles de Bankass et de Bandiagara qui ont été pris pour cible dans la nuit de lundi à mardi, causant la mort de 11 militaires et 13 civils.

Et savez-vous qui a signé en lettres de sang ces tueries qui interviennent après plusieurs semaines d'accalmie ? Eh bien, il s'agit ni plus ni moins du GSIM (Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans), qui a revendiqué hier mercredi ces multiples carnages par le biais d'une agence d'agit-prop salafiste, l'un des canaux par lesquels Al-Qaeda au Maghreb islamique signe habituellement ses hauts faits d'armes.

Si on voulait encore avoir la preuve que cette engeance est un ramassis d'hommes sans foi ni loi, eh bien, on l'a. Puisque c'est précisément le même GISM, l'une des succursales d'Aqmi, qui a traité avec les différents intermédiaires pour obtenir la libération de ses combattants qui sèment la mort à tout vent dans la bande sahélo-saharienne, que ce soit au Mali, au Burkina, au Niger ou même en Côte d'Ivoire.

Bien sûr, personne ne croyait que ces prétendus djihadistes allaient remiser au placard roquettes, kalachnikov et autres engins explosifs juste parce qu'il y a eu ce troc. Mais cette revendication montre à souhait qu'Iyag Ghali, le patron du GSIM, négociait le fusil bien caché sous la gandoura.

Comme les récents événements ont eu lieu au centre du Mali, on s'attendait à ce qu'ils portent la marque du Front de libération du Macina (FLM) d'Ahmadou Koufa, qui fait la pluie et le beau temps dans cette partie du Mali, ou de tout autre groupuscule qui aurait voulu montrer dans cette guerre des Katibas qui a court dans la bande sahélo-saharienne qu'il n'était en rien concerné par le deal de Tessalit. Or, voilà que ce sont les mêmes qui négocient le jour dans le septentrion malien et, la nuit venue, deviennent des ogres assoiffés de sang.

Voilà ce que ça coûte de pactiser avec le diable, qui ne se sent jamais tenu par aucun engagement, et on finit toujours par en payer le prix. Quand on pense que les nouvelles autorités maliennes de la Transition caressaient le secret espoir de faire de cette affaire un fonds de commerce politique, les voilà Gros-Jean comme devant. Elles doivent se mordre le doigt aujourd'hui.

On ne pouvait trouver pire marché de dupes. Ils ont récupéré leurs combattants, des stratégies et des rançons en sus ; et les autres n'ont aujourd'hui que leurs yeux pour pleurer. Comme quoi, quand le diable embrasse, c'est pour mieux étouffer. Et les plus malheureux aujourd'hui, ce sont les militaires. Pauvre de nous !

Plus de: L'Observateur Paalga

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