Sénégal: Statistiques agricoles - Un processus de collecte fastidieux et complexe

16 Octobre 2020

Les statistiques agricoles font souvent l'objet de polémique au Sénégal. Avec l'hivernage pluvieux et les bonnes récoltes qui s'annoncent, la question risque de revenir au cœur du débat. Alors, comment se fait la collecte, le traitement et la diffusion de ces données ? « Le Soleil » a essayé d'en savoir un peu plus.

L'hivernage 2020 restera sans doute l'un des plus pluvieux de ces dernières années. Cette bonne pluviométrie suscite des espoirs de bonnes récoltes pour les paysans mais aussi pour les pouvoirs publics qui ont misé sur l'agriculture pour booster l'économie nationale.

Des échos de rendements meilleurs commencent à monter des champs. Reste à les confirmer par des données statistiques ; ce qui est du ressort de la Direction de l'analyse, de la prévision et des statistiques agricoles (Dapsa), « la seule structure au Sénégal habilitée à collecter, à traiter et à diffuser des statistiques agricoles », précise son directeur, Dr Ibrahima Mendy.

Cette précision de M. Mendy n'est pas fortuite. Elle se comprend à l'aune des remises en doute, de temps à autres, des chiffres avancés par le ministère de l'Agriculture par certains acteurs.

Régulièrement, des personnes contestent la fiabilité des statistiques agricoles dévoilées, après chaque campagne, par la Dapsa. « Pour contester une donnée statistique, il faut quand même faire le même processus que nous et utiliser des méthodologies semblables.

Certaines personnes sortent d'autres chiffres sans préciser la méthodologie utilisée. C'est un manque de respect pour nos enquêteurs sur le terrain et pour nous les techniciens », regrette le Dg de la Dapsa.

Alors, qu'est-ce qui permet de dire qu'entre 2012 et 2019 le riz est passé de 500 000 tonnes à 1 155 000 tonnes ? Si l'on se fie aux explications d'Ibrahima Mendy, on peut dire que les chiffres émanent d'un processus de collecte de données fastidieux et complexe. De prime abord, il faut comprendre que tout repose sur un bon planning qui permet « d'élaborer des documents de planification efficaces et proches de la réalité », dit-il.

Pour faire l'enquête agricole, la Dapsa dispose d'un échantillon de 6300 ménages agricoles. Cette liste, fournie par l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), est issue du dernier Recensement général de la population et de l'habitat, de l'agriculture et de l'élevage.

Dr Mendy de signifier que c'est un échantillon de « tirage à deux degrés ». « Sur cette liste des ménages agricoles, l'Ansd nous tire 900 districts de recensement. Le nombre de districts de recensement dépendra de la zone agroécologique et de l'importance des cultures dans la zone.

Cela veut dire que le nombre de districts qu'on tire dans le département de Nioro ne peut pas être le même dans celui du département de Rufisque, parce que Nioro est un département par excellence agricole. Une fois qu'on a ces districts de recensement, on tire sept ménages par district de recensement ; ce qui fait un total de 6300 ménages agricoles sur lesquels porteront l'enquête », explique-t-il.

Dans le questionnaire, on trouve, à la fois, des aspects quantitatifs et qualitatifs liés aux parcelles, à leur mesure, aux rendements, à la quantité de semences utilisée, qu'elle soit subventionnée ou pas, au type de culture, à l'utilisation ou non de matériel agricole, qu'il soit subventionné ou pas. Tous ces indicateurs et les informations qui en émanent sont agrégés pour déterminer la production.

Pour faire ce travail de fourmi, la Dapsa s'appuie sur un dispositif de près de 200 personnes parmi lesquels 158 enquêteurs répartis dans tout le Sénégal. Ce personnel utilise des motos acquis grâce à la Fao, il y a deux ans, pour sillonner les champs-cibles. Tout cela se fait sur la supervision des services du ministère de l'Agriculture décentralisés, à savoir les Directions régionales de développement rural (Drdr) et les Services départementaux de développement rural (Sddr).

Des données de plus en plus fiables

Au fil des ans, le système de collecte, de traitement et de diffusion des statistiques agricoles a été amélioré, si l'on en croit le directeur de la Dapsa. Par exemple, un logiciel installé dans des smartphones a remplacé le papier. « Aujourd'hui, nous sommes en mesure de savoir, à partir de Google Earth, si l'enquêteur est effectivement allé sur le terrain et a fait le travail qui lui est demandé parce que toutes nos parcelles sont géo-référencées.

C'est vous dire que les statistiques agricoles sont, aujourd'hui, plus fiables », dit-il. Mieux, après leur traitement par la Dapsa, les statistiques agricoles suivent un dispositif de validation piloté par le Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss) et ses partenaires comme la Fao. « Au sein de la Cedeao, il y a un cadre de validation globale des statistiques agricoles dont le garant est le Cilss.

Ses experts passent, chaque année, dans chaque pays pour évaluer et valider ou invalider les données. La Dapsa ne peut pas publier des statistiques sans que cette mission du Cilss ne passe pour les contrôler », insiste Dr Ibrahima Mendy.

Il ajoute qu'il est difficile de tromper la vigilance du Cilss et que cette organisation a comme bras technique Agrimed qui lui fournit des informations météorologiques et satellitaires. « Quand la mission arrive, les experts ont des tableaux issus du satellite qui leur permettent de savoir la progression en termes de rendements de chaque pays par rapport à l'année d'avant », précise-t-il.

L'agriculture sénégalaise au révélateur des chiffres

Tout le monde s'accorde à le dire : depuis 2012, l'agriculture sénégalaise a fait un « grand bond en avant ». Ce saut quantitatif concerne, selon Dr Ibrahima Mendy, toutes les spéculations. Cependant, une culture en particulier se détache : il s'agit du riz, précise-t-il. « Avec le riz, en 2012, on faisait à peine 500 000 tonnes. La campagne passée, on l'a amené à 1 155 000 tonnes », confie-t-il.

Il en est de même de la culture phare, à savoir l'arachide. Sur la même période, les rendements sont passés de 400 000 tonnes à plus de 1,4 million de tonnes. Même tendance pour les céréales qui, globalement, sont passées de moins d'un million de tonnes en 2011 à plus de 2,7 millions de tonnes en 2019, informe le directeur de la Dapsa. La progression est également nette pour les produits horticoles (90 000 tonnes à 1,3 million de tonnes).

Le bassin arachidier reste le poumon de l'agriculture sénégalaise

En termes de contribution à l'agriculture sénégalaise, le bassin arachidier, c'est-à-dire l'axe Kaolack-Nioro-Kaffrine, continue de tenir le haut du pavé, selon Dr Ibrahima Mendy. Cependant, fait-il remarquer, le bassin arachidier est en train de se déplacer vers le sud-est, donc Tambacounda, Sédhiou et Kolda. Autrement dit, les productions d'arachide et de riz sont en train d'augmenter dans ces zones.

Pour le riz, souligne le directeur de la Dapsa, sa culture s'étend de plus en plus sur l'ensemble du territoire national. « Auparavant, quand on parlait du riz, on pensait à la zone sud, au sud-est et à la vallée du fleuve. Mais, depuis 2012, on a constaté une poussée de cette culture surtout le riz de plateau dans le Saloum, particulièrement entre Nioro, Foundiougne, Fatick, et un peu à Thiès », explique-t-il.

Délaissée pendant longtemps, la culture du riz de plateau est donc de plus en plus valorisée. Dr Mendy est persuadé que si elle est développée, il peut contribuer à l'atteinte de l'objectif d'autosuffisance en riz cher aux autorités. « C'est une culture qui n'a pas besoin beaucoup d'eau. On peut le cultiver là où on produisait de l'arachide en utilisant des variétés hâtives comme le nérica 1,2 et 3 », confie-t-il.

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