Afrique: Gestion de la dette dans un contexte de Covid-19 - Une annulation s'impose au profit des politiques de développement, selon Mignane Diouf

Photo d'illustration
17 Octobre 2020

Le séminaire du Laboratoire africain de recherches économiques et monétaires (Larem), organisé ce vendredi, à Dakar, a posé le débat sur la gestion de la dette en période de crise sanitaire. Les intervenants ont préconisé un nouveau profilage du taux et de l'échéance de la dette publique. Il a également été question de plaider pour une annulation qui, « économiquement, socialement et juridiquement », s'impose, selon Mignane Diouf.

« Interrogations sur les stratégies de gestion de la dette en Afrique dans le contexte de Covid-19 ». C'est le thème soumis, hier, à la réflexion d'économistes à l'occasion d'un séminaire co-organisé par le Laboratoire africain de recherches économiques et monétaires. Pour les prévisions de décembre 2020 concernant la dette, le représentant du ministère de l'Économie, du Plan et de la Coopération, Serigne Moustapha Sène, a fait état d'un chiffre de 9176,3 milliards de FCfa. Selon lui, cela dénote de la bonne figure du Sénégal, sur le plan mondial, prouvée notamment par les notations Ba3 de Moody's, mises à jour au mois d'août dernier, avec perspective négative liée à la Covid-19.

Sous l'angle des incidences de la pandémie sur l'économie mondiale, M. Sène a constaté une hausse de la dette publique et du déficit budgétaire. Ceci, d'après le président du Comité d'initiatives pour l'annulation de dette, Mignane Diouf, a impacté les programmes sociaux, sanitaires et éducatifs des pays, en particulier ceux de l'Afrique et du Sud. Le recours au marché étranger, « incontournable » compte tenu des difficultés liées à la pandémie, peut bien avoir les impacts positifs si les ressources mobilisées sont injectées dans des projets performants, de l'avis du directeur de Larem, Seydi Ababacar Dieng. Dès lors, il se pose un impératif de gestion. Cela fait dire à l'ancien ministre du Budget Ibrahima Sall qu'il urge de passer à un profilage de la dette en travaillant surtout sur l'échéance, le taux et l'évaluation des risques. À ses yeux, la devise est tout aussi cruciale. « C'est inconcevable de tripler sa dette pour un problème de monnaie », a-t-il soutenu. Sur la gestion et le profilage de la dette, le directeur du Larem est préoccupé par des taux d'emprunts sur le marché pouvant atteindre 6 % ou 7 %. « Il faut du travail et de la réflexion pour structurer davantage la date », a proposé M. Dieng.

Une annulation qui « s'impose »

La dette est d'une dangerosité extrême en période de pandémie, selon Mignane Diouf. Ainsi, il estime que son annulation s'impose pour plusieurs raisons. Dans son exposé, il a insisté sur l'impact de la crise sur le plan sanitaire et social. « La Covid-19 a tout chamboulé. Tous les Chefs d'État se sont dit être en guerre contre le virus. Le monde est en récession. Ce gros coup à l'économie doit amener à l'annulation de la dette », a-t-il dit. Entre autre raisons évoquées pour plaider l'annulation de la dette, c'est son incompatibilité avec la relance de l'économie, avec des besoins en financement évalués à 1,2 milliard de dollars par le Fonds monétaire international (Fmi). Sans oublier, selon Mignane Diouf, les multiples demandes formulées par des Chefs d'États dont celui du Sénégal ainsi que des organismes, tels que la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). En dehors des arguments sociaux, politiques et économiques, M. Diouf a posé également sur la table les motivations juridiques. « L'obligation morale de rembourser ne peut être évoquée dans une crise qui a bouleversé toutes les prévisions budgétaires. L'état de nécessité est une notion de droit utilisée dans les tribunaux internationaux définis par l'article 25 du projet des Nations unies adopté définitivement le 9 août 2001 par la Commission du droit international », a-t-il plaidé.

Les alternatives à la dette

Le représentant du ministère de l'Économie, du Plan et de la Coopération a abordé la relance post-Covid-19 face à l'équation de la dette. Ainsi, Serigne Moustapha Sène a mis en avant un certain nombre de stratégies ou politiques en cours, tels que l'amélioration de la mobilisation domestique, la restauration de la croissance économique, l'accélération de la modernisation fiscale, l'amélioration du rendement de la dépense, le renforcement des capacités institutionnelles avec le renouveau du Comité national de la dette publique, la poursuite de l'intégration des entreprises du secteur parapublic, le respect des normes de transparence, le profilage du besoin de la dette pour ne pas affecter la notation souveraine, l'innovation dans la perspective de la loi sur le Partenariat public-privé...

DR BABACAR SЀNE, DIRECTEUR DU CREA, SUR LES EUROBONDS AFRICAINS

« Les investisseurs ont confiance au Sénégal »

La pandémie a commencé à s'étendre avec un phénomène de « surajustement », selon le directeur du Centre de recherches d'économie appliquée (Crea), Dr Babacar Sène. À l'en croire, au début de la pandémie, les taux ont considérablement monté sur les marchés financiers, créant, selon lui, un risque pour les pays dont les eurobonds allaient arriver à échéance. Évoquant les eurobonds du Sénégal, l'économiste a indiqué que la moyenne du Sénégal, qui était de 5,17 points en août 2020, est passée à 5,77 en octobre. D'après lui, ceci le place, devant la Côte d'Ivoire, l'Éthiopie et l'Égypte, sur le marché international. « Les investisseurs ont, aujourd'hui, plus confiance aux eurobonds du Sénégal qu'à ceux de ces pays, car plus votre rendement est faible, plus les investisseurs vous font confiance », a expliqué Dr Sène.

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