Burkina Faso: Gifty Narh - « Le régime du MPP a plongé notre pays dans des crises sociales interminables »

20 Octobre 2020
interview

Elle fait partie des éminences grises du parti, puisqu'elle a participé à l'élaboration du projet de société et du programme de développement de l'Union pour le progrès le changement (UPC).

Gifty Narh, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, est membre du bureau politique du parti depuis juillet 2018, au poste de 3e adjointe au secrétariat national chargé des études, de la prospective et de la coordination des experts.

Physicienne de formation, Gifty Narh est Directrice et associée gérante de l'Agence CORADE.

A travers l'interview qu'elle a bien voulu nous accorder le 18 octobre dernier, à Ouagadougou, cette "lionne" s'est prononcée sur l'engagement des femmes en politique, les chances de son parti de remporter l'élection présidentielle du 22 novembre prochain, les démissions au sein de son parti et les griefs formulés contre le président, Zéphirin Diabré, etc.

Tout en disant respecter chacun des candidats, Gifty Narh estime qu'« il n'y a pas de doute, le lion est le roi incontesté de notre faune politique ». Pour elle, le régime du MPP a plongé notre pays dans des crises sociales interminables. Lisez plutôt !

On sait que les femmes sont moins engagées en politique. Qu'est-ce qui vous a poussée à vous engager en politique ?

Je vous remercie pour l'honneur que vous me faites de partager avec les lecteurs de votre auguste journal, l'actualité de mon parti en cette période de précampagne électorale où toutes les formations politiques se préparent à aller à la conquête du suffrage de nos concitoyens.

Pour répondre à votre question, je dirais que cette assertion mérite d'être nuancée. Les femmes sont, en général, très actives sur la scène politique. Toutefois, dans de nombreuses situations, elles sont des tremplins pour l'accession des hommes au pouvoir.

Le problème se pose plus en termes de positionnement des femmes sur les listes électorales et des atouts dont elles disposent pour se faire élire : résilience à l'agressivité du milieu politique, capacité financière, etc.

Personnellement, je me suis peu intéressée à la politique avant 2014, concentrant l'essentiel de mon énergie, à faire vivre et grandir mon bureau, aux côtés de mon associé.

C'est à la faveur des manifestations contre la modification de l'article 37 de la Constitution, que je me suis investie de façon active pour la cause politique en participant aux marches organisées par le Chef de file de l'opposition politique (CFOP).

Après l'insurrection, estimant avoir joué ma partition, je suis retournée à la politique passive, suivant l'actualité politique à travers les médias.

Ma décision de m'engager activement en politique est née de mon refus d'assister impassible à la tragédie que vit notre pays depuis l'avènement du MPP au pouvoir : crise sociale, drame sécuritaire, mal gouvernance ont rythmé notre quotidien cinq longues années durant.

J'ai décidé de rejoindre sur le terrain de l'action, des frères et sœurs engagés dans le combat pour sortir résolument notre pays de la trajectoire funeste dans laquelle l'a engagé le régime sortant.

Pourquoi avoir choisi l'UPC ?

J'ai naturellement porté mon choix sur l'UPC au regard de la combativité et de l'exceptionnel charisme du Président Zeph, la qualité et l'engagement des hommes qui animent la vie de ce parti et sa doctrine socio-libérale qui répond le mieux aux besoins de réforme de notre économie et de reconstruction des fondements de notre vivre-ensemble.

Nous sommes pratiquement à un mois des élections couplées du 22 novembre 2020. Comment l'UPC se prépare-t-elle ?

L'UPC se prépare à entrer dans ces élections avec la détermination et la sérénité du lion.

Nous avons aujourd'hui à la tête du parti, l'homme capable de ramener notre Nation sur la voie dont elle n'aurait jamais dû s'éloigner : celle fondée sur les valeurs de patriotisme, d'intégrité, du travail et de l'équité.

Nous avons également aujourd'hui le programme politique qui offre les solutions les plus créatives et innovantes pour ramener la sécurité et relancer notre économie.

Quelles sont les chances de votre parti de remporter ces élections ?

Le régime du MPP a plongé notre pays dans des crises sociales interminables, les scandales financiers plus rocambolesques les uns que les autres, le deuil quasi permanent, le déplacement massif de nos concitoyens qui, traumatisés, ont tout laissé derrière eux pour sauver l'essentiel, leur vie.

Les Burkinabè ont réalisé la grave erreur qu'ils ont faite de confier leur destin à un régime qui a navigué à vue cinq années durant et conduit ainsi le navire Burkina dans une véritable tragédie.

Les Burkinabè ont hâte de corriger cette erreur monumentale pour redonner un nouveau souffle à notre pays.

Notre parti qui a été la locomotive du combat héroïque de notre peuple contre la modification de l'article 37, a montré sa constance et sa fidélité à notre Nation depuis sa création.

Le peuple burkinabè sait que le Président Diabré ne trahira pas la confiance qu'il lui accordera le 22 novembre prochain. Pour conclure, si Dieu qui est maître de tout pouvoir, l'agrée, notre parti remportera les prochaines élections couplées, législatives et présidentielle.

Dans une interview accordée au journal « Le Pays », un de vos camarades disait que l'UPC va remporter la présidentielle au 1/8e de tour. Cela est-il toujours d'actualité au regard de l'envergure des candidats qui sont dans les starting-blocks ?

Vous savez, j'ai un grand respect pour chacun et chacune des 14 candidats et candidates qui sont sur la ligne de départ pour la course au scrutin présidentiel. Mais vous savez, il n'y a pas de doute, le lion est le roi incontesté de notre faune politique.

Le plus important à retenir de la déclaration de ce frère du parti dont je salue la clairvoyance, c'est qu'elle traduit l'état d'esprit qui règne dans la tanière : confiance, sérénité et détermination.

Votre parti vient d'enregistrer des démissions et pas des moindres. Vous attendiez-vous à ces départs ?

Vous savez, tous les partis abordent l'établissement des listes des candidats pour des élections législatives et municipales, avec beaucoup d'appréhensions.

Car, généralement, les frères et sœurs qui ne sont pas retenus ou qui sont mal positionnés sur les listes, plient bagage et vont voir ailleurs.

C'est ce qui est arrivé récemment avec les démissions enregistrées chez nous. Cela arrive en général lorsque l'accession aux postes est l'élément essentiel qui fonde l'engagement de ces personnes en politique.

Mais d'une manière spécifique, concernant l'ex- SG du Kadiogo, M. Nathanaël Ouédraogo, cet échec aux primaires du Kadiogo aurait dû marquer un temps d'introspection sur sa gestion de la section depuis son élection en 2018.

Il aurait compris que les frères et sœurs du Kadiogo lui reprochent de n'avoir pas réussi, ni à asseoir son leadership, ni à rassembler les militants sortis divisés de son élection en 2018.

Certains faits et gestes qui ont jalonné sa gestion du parti, ont même fini par convaincre certains militants, qu'il a entretenu et alimenté les clivages. Il me paraît important de donner aux Burkinabè l'information juste sur ce qui s'est réellement passé.

« Nathanaël n'était en fait qu'un SG en sursis. Le bilan de sa gestion du Kadiogo présageait de son échec aux primaires de la province »

Justement, qu'est-ce qui s'est réellement passé pour qu'un militant comme Nathanaël quitte le navire UPC?

Il y a une crise dans la section du Kadiogo depuis un an. Elle est bloquée parce que Nathanaël était contesté. Le Président Diabré a dû, par moments, intervenir dans les « affaires du Kadiogo » pour ramener la sérénité et appeler à l'unité.

Malgré plusieurs rencontres de conciliation, la crise a empiré. Comme solution provisoire, un comité spécial a été mis en place pour gérer le Kadiogo jusqu'aux élections.

Ce comité est présidé par le président Diabré lui-même et comprenant les vice-présidents Denis Nikièma, Dah Nicolas et Henriette Zoumbaré. Vous comprenez bien que le frère Nathanaël n'était en fait qu'un SG en sursis.

Le bilan de sa gestion du Kadiogo présageait de son échec aux primaires de la province.

Concernant le mode de vote aux primaires, la directive du parti dit que ce sont les participants aux primaires, qui décident du mode de vote : bulletin secret ou main levée.

Lorsqu'on a voulu démarrer les votes, le président de séance a demandé à l'assemblée de décider si on vote à main levée ou à bulletin secret.

Comme Nathanaël se sentait battu, il a voulu créer un incident pour avoir un motif de quitter la salle. Il a demandé que l'assemblée fasse d'abord un vote à bulletin secret, pour décider si on doit voter le candidat par vote à main levée ou par bulletin secret.

Convenez avec moi que c'est franchement ridicule ! La majorité de la salle a estimé que cette première décision pouvait être prise à main levée. Il faut dire que la directive est muette là-dessus.

C'est pendant que la discussion achoppait sur ce point que Nathanaël a demandé le micro pour annoncer qu'il se désistait au profit du frère Issouf Nikièma, maire de la commune de Komsilga.

Tous ceux qui démissionnent à sa suite, sont ceux qui ont été battus pour les autres postes lors de ces primaires.

Lui-même a été élu SG du Kadiogo en 2018 selon un vote par alignement derrière les candidats. Si Nathanaël avait remporté les primaires, allait-il démissionner ?

Jamais ! Toutefois, la démission du frère a surpris plus d'un. En effet, son attachement supposé, comme tout libéral, aux idéaux de la démocratie, son ancienneté et son rang dans le Parti (vice-président chargé de la région du Centre), ne nous permettaient pas d'imaginer qu'il franchirait le Rubicon.

Cette période est si cruciale pour tous les partis politiques que nous sommes fondés à croire que tout acte de démission de la part d'une personnalité aussi importante du parti, ne peut être mu que par une intention de nuire au parti.

Ces démissions n'affaiblissent-elles pas le parti au point de compromettre ses chances de remporter l'élection présidentielle ?

Tous les grands partis ont enregistré des démissions dernièrement (maire MPP de Gourcy et plusieurs conseillers municipaux, députés MPP du Nahouri et du Kourweogo, etc.) Au CDP, il y a de grands noms comme Mahamadi Lamine Kouanda, Léonce Koné, etc., qui sont partis.

Bref, c'est le printemps des démissions un peu partout. L'UPC n'est donc pas le seul parti qui enregistre des démissions. Enregistrer le départ d'un frère ou d'une sœur est toujours douloureux.

Toutefois, s'ils ont décidé de quitter la barque après avoir été battus aux primaires, le parti ne peut qu'en prendre acte. Toutefois, nous aurions apprécié que nos frères et sœurs assumassent courageusement aux yeux du peuple burkinabè, la raison de leur départ.

Notre conviction est que ceux qui ont été élus par la base, peuvent compter sur cette même base pour conquérir les suffrages des électeurs le 22 novembre.

Après les explications de l'ex- SG UPC du Kadiogo sur les antennes d'une télé privée de la place, vous ne pouvez imaginer le nombre de messages de sympathie que le parti a enregistrés.

Car, quitter ainsi son parti à la veille d'une importante échéance électorale, s'assimile à de la « haute trahison ».

Et pour toutes ces trahisons que le parti a vécues ces dernières années, le peuple burkinabè, attaché à la loyauté, saura nous garder sa sympathie et sa confiance en portant Zéphirin Diabré à Kosyam le 22 novembre prochain.

Donc, si on vous comprend bien, ces démissions sont liées à des frustrations suite au positionnement des candidats sur les listes électorales ?

Oui, évidemment et c'est ce que nous disions plus haut. Croyez-nous, si tous ceux qui ont démissionné avaient été désignés têtes de liste UPC du Kadiogo ou bien positionnés sur les listes, ils ne seraient pas partis, en tout cas, pas maintenant.

Cela achève de convaincre que plus que l'intérêt du parti, ce sont d'abord leurs intérêts personnels qui primaient.

Les ressentiments, on les aura toujours quand il s'agit de faire des choix, quand il s'agit de positionner les militants sur des listes électorales.

Quand on claque bruyamment la porte pour des questions de positionnement sur des listes, cela signifie pour nous qu'on n'y était pas par conviction politique et idéologique.

Comment comptez-vous combler le vide laissé par les militants démissionnaires ?

Vous savez, chacun a sa place dans un parti politique. Chacun est important pour le rôle à lui confié. Mais absolument, nul n'est indispensable, nul n'est irremplaçable.

A l'UPC, ce sont des centaines de cadres et des milliers de militants qui ne demandent qu'à être responsabilisés au sein du parti.

Le vide, si tant est qu'il ait existé, est derrière nous. La question de comment on les remplace ne se pose même pas et elle ne s'est pas posée. Nous avons suffisamment de ressources humaines de qualité au sein du parti.

Comme on le dit en politique, rien n'est à exclure. L'UPC peut-elle envisager une alliance avec le MPP ?

Je vous renvoie à cette affirmation du président Diabré : « Je suis prêt à gouverner avec le MPP à ma droite et le CDP à ma gauche ».

Le président Diabré disait aussi que l'erreur du MPP, c'est de ne pas avoir compris que la vraie transition commençait après leur élection.

Aujourd'hui, notre pays a besoin de la conjugaison de tous ses fils et filles pour faire face à notre premier ennemi : le terrorisme. Quand nous serons au pouvoir, nous construirons cette union sacrée des fils et filles du Burkina.

Que répondez-vous aux griefs faits au président de l'UPC par Nathanaël Ouédraogo ? N'y a-t-il pas une part de vérité dans ce qu'il a dit ?

Vous savez, nul n'est parfait sur cette terre. Mais franchement, sur les griefs portés contre le président Diabré relativement à sa démission, il a tout faux. Quand on respecte son peuple, on lui doit la vérité.

Nous avons suivi les primaires organisées au Kadiogo. Nous avons écouté une radio où il disait que c'est le président Diabré qui a imposé le mode de votation lors des primaires. D'abord, nous disons que ce n'est pas vrai.

Nous prenons à témoin les militants du Kadiogo qui étaient ce jour-là dans la salle du Palais de la culture Jean Pierre Guingané.

Ensuite, admettons même que ce soit vrai. S'il pensait qu'il gagnerait les primaires, pourquoi n'a-t-il pas accepté de se prêter au jeu de l'élection par votation à main levée ?

Du reste, c'est avec ce même mode de désignation qu'il a été élu SG du Kadiogo en 2018.

En outre, il reproche au président Diabré de n'avoir pas respecté les textes du parti dans la procédure de désignation des candidats. Ces contre-vérités sont extrêmement graves et regrettables.

La rencontre du bureau politique qu'il a présentée comme un cadre de validation des candidats, n'était, en réalité, qu'un cadre d'investiture des candidats.

L'amalgame est fait à dessein car, je n'ai aucun doute qu'il sait faire la différence entre une validation et une investiture.

L'essentiel à retenir pour conclure ce chapitre concernant notre frère démissionnaire Nathanaël, est qu'en réalité, sa propre gestion du Kadiogo est à la base de son échec aux primaires. Il en veut au président de ne l'avoir pas imposé !

Attendez, on a tous validé la directive portant désignation des candidats aux élections législatives et nulle part, il n'est écrit ou supposé que le président du parti désignerait d'autorité des candidats.

Je pense que nos hommes politiques doivent comprendre que ce jeu puéril qui consiste à ameuter l'opinion après une démission et de fabriquer des accusations pour accabler le parti et son président, ne les honore pas.

« La vérité est que notre président n'a pas été invité par le président Roch Kaboré à entrer dans son gouvernement. A l'UPC, on n'est pas opportuniste au point d'entrer dans un gouvernement par effraction »

D'aucuns disent que c'est une erreur de la part de votre président de n'être pas entré au gouvernement au lendemain de la victoire de Roch Kaboré en 2015. Partagez-vous cet avis ?

Je ne partage absolument pas cette opinion. La vérité est que notre président n'a pas été invité par le président Roch Kaboré à entrer dans son gouvernement.

A l'UPC, on n'est pas opportuniste au point d'entrer dans un gouvernement par effraction (rires). Notre président a de grandes ambitions pour le Faso, qui transcendent sa personne.

Brève présentation de Gifty NARH

« Je suis Gifty NARH, épouse GUIELLA. J'occupe le poste de Directrice et associée gérante de l'Agence CORADE qui est une entreprise de prestations intellectuelles dans l'ingénierie de projet et la formation, créée en 2005.

Je suis physicienne de formation et titulaire d'un DESS en génie énergétique, d'un master 2 en ingénierie de formation et d'une licence en sociologie. J'ai adhéré à l'UPC en 2018.

Je suis membre du bureau politique du parti depuis juillet 2018, au poste de 3e adjointe au secrétariat national chargé des études, de la prospective et de la coordination des experts et, à ce titre, membre de la commission d'élaboration du projet de société et du programme de développement du parti.

Cette année, j'ai intégré l'Union nationale des femmes, au poste de chargée de l'information et de la communication. »

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