Sénégal: Mesmin Koulet-Vickot, Représentant du FMI et la BCEAO - « Les objectifs de croissance économique sont ambitieux mais pas irréalistes ... »

19 Octobre 2020
interview

Nouvellement nommé représentant-résident du Fonds monétaire international (Fmi) au Sénégal, en remplacement de Cemile Sankak, Mesmin Koulet-Vickot, d'origine centrafricaine, a accordé au « Soleil » sa toute première interview dans laquelle il aborde les questions de l'heure.

Koulet-Vickot, vous venez d'arriver au Sénégal dans un contexte marqué par la crise sanitaire et économique née de la Covid-19. Quelle est votre feuille de route ?

J'arrive effectivement dans un contexte difficile où le Sénégal, comme le reste du monde, est confronté à une double crise sanitaire et économique qui menace d'inverser les progrès réalisés au cours des dernières années.

Je note que la riposte rapide du Gouvernement, à travers le Programme de résilience économique et sociale (Pres) doté d'un montant de 1000 milliards de FCfa, a permis de maîtriser la propagation de la maladie, de sauver des vies, des emplois et des revenus.

Le Fonds monétaire international (Fmi) a participé au financement de ce plan en octroyant une aide d'urgence de plus de 260 milliards de FCfa au mois d'avril dernier et en soutenant l'Initiative de suspension du service de la dette du G-20.

À la question de savoir quelle est ma feuille de route, je répondrai qu'un représentant-résident du Fmi n'a pas une feuille de route propre à lui.

Son rôle est de conseiller et d'accompagner le Gouvernement dans la mise en œuvre de son programme de réformes économiques.

Ce programme est décliné dans la stratégie nationale de développement qu'est le Plan Sénégal émergent (Pse).

Comment le Fmi compte-t-il accompagner l'État du Sénégal dans la mise en œuvre de la deuxième phase du Plan Sénégal émergent ?

Notre soutien au programme de réformes économiques s'effectue à deux niveaux. D'abord, dans le cadre de l'Instrument de coordination de politique économique (Icpe) qui est le cadre de dialogue permanent avec le Gouvernement permettant de signaler aux marchés et partenaires au développement les priorités et engagements de réformes du de l'État.

Ensuite, dans le cadre de nos missions d'assistance technique. Plus précisément, le Fmi apporte son concours technique aux actions du Gouvernement visant à promouvoir une croissance économique forte, avec une participation accrue du secteur privé et qui profite à tous, à augmenter les recettes publiques pour que l'État du Sénégal s'appuie davantage sur ses ressources propres pour financer son développement, à améliorer la gestion des finances publiques pour que l'argent du contribuable soit mieux géré, à renforcer la gestion de la dette, mais également à assurer une gestion durable, efficace et transparente des ressources futures du pétrole et du gaz.

Le Sénégal a récemment adopté un plan de relance de l'économie visant à retrouver une croissance de 5,2 % en 2021 ; 7,2 % en 2022 et 13,7 % en 2023. Ces objectifs vous semblent-ils réalistes au vu de la situation actuelle ?

Ces objectifs de croissance économiques sont ambitieux mais pas irréalistes. L'atteinte de ces objectifs nécessiterait que la pandémie de la Covid-19 soit maîtrisée tant au Sénégal que dans le reste du monde, que l'exploitation pétrolière démarre en 2023 et qu'un certain nombre de mesures structurelles soient mises en œuvre pour promouvoir le développement du secteur privé.

Notre scénario de base au Fmi est identique à celui du Gouvernement pour 2021, mais plus prudent pour les années 2022 et 2023 au regard des incertitudes actuelles.

Le Sénégal est plébiscité par de nombreux organismes pour sa gestion de la pandémie. À votre avis, l'économie sénégalaise s'est-elle montrée assez résiliente ?

Il est indéniable que la mise en œuvre du plan de riposte sanitaire du Gouvernement donne des résultats positifs comme le montre l'inflexion de la courbe de progression de la pandémie.

Sur le plan économique, il est aussi indéniable que la réactivité du Gouvernement a permis, comme je le soulignais, de sauver des vies et d'atténuer l'impact économique de cette crise sanitaire sur les ménages et les entreprises.

S'agissant de votre question sur la résilience, les premières indications montrent que l'économie sénégalaise a été plus touchée que celle des autres pays de l'Uemoa en raison de sa plus forte dépendance aux transferts des migrants et à la part importante du tourisme et de l'hôtellerie dans l'économie et, de façon plus générale, sa vulnérabilité à l'évolution de la demande extérieure.

Le Gouvernement a en tiré les leçons et a un plan pour renforcer la résilience de l'économie Sénégalaise. C'est l'un des objectifs du Plan d'actions prioritaires ajusté et accéléré (Pap 2a).

Vous êtes aussi représentant-résident du Fmi auprès de la Bceao. Quelle est votre appréciation de la réaction de cette institution pendant cette crise sanitaire ?

La Bceao a joué également son rôle pour aider à atténuer les répercussions économiques de la crise sanitaire.

Elle a réduit son taux d'intérêt et augmenté l'offre de liquidités aux banques et aux États membres de l'Uemoa.

Elle a encouragé les banques à restructurer les prêts des entreprises et des ménages affectés par la crise, en prolongeant notamment sur leurs échéances sans que ces prêts ne soient déclassés.

Ces actions ont permis d'éviter un resserrement des conditions financières et de maintenir le flux du crédit à l'économie. Le Fmi a une appréciation très positive des mesures prises par la Bceao pendant cette crise.

En quoi la prolongation de six mois de l'Initiative du G20 relative à la suspension du service de la dette peut-elle aider les pays africains à remonter la pente actuelle ?

D'abord, il convient de noter que tous les pays africains ne sont pas éligibles ou partie prenante à cette Initiative. Pour les pays éligibles qui ont décidé d'y participer, cette Initiative constitue une bouffée d'oxygène.

Elle a permis de libérer des ressources supplémentaires pour contenir la pandémie et en atténuer les répercussions économiques.

Le Sénégal a souscrit, en juin dernier, à cette Initiative et va bénéficier de sa prolongation qui permettra d'affecter des ressources supplémentaires au programme de relance.

Le Fmi encourage le Sénégal à poursuivre sa participation et à finaliser les négociations avec ses créanciers pour en tirer profit au maximum.

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