Sénégal: Délivrance de la reprise du trafic routier sur la trans gambienne

20 Octobre 2020

Qui des usagers ou des véhicules ont le plus souffert du contournement de la Gambie, depuis l'instauration du couvre-feu au pays de Adama Barrow le 19 mai dernier ? Chaque acteur et chaque catégorie d'engin roulant en a eu pour son grade.

De la basse Casamance à Dakar en passant par la région de Tambacounda située à l'extrême du pays, le trajet est long, fastidieux et onéreux en termes de frais de route, de galère, de risque de rechute pour les malades convalescents et même d'accidents ou de pannes.

La différence fait plus de 550 km, comparativement à la transgambienne, entre la capitale et le Sud. Le baromètre est installé pour appréhender le seuil de galère. Un nouveau départ !

La levée des restrictions sur le trafic routier en Gambie, vendredi dernier 16 octobre, a sonné comme une délivrance chez les usagers de la transgambienne.

Ce soulagement se justifie par la galère vécuep six (6) mois durant, avec l'obligation qui leur était faite de rallier le Centre, l'Ouest ou le Sud du Sénégal en passant par la région de Tambacounda.

Pour les passagers qui quittent Sédhiou à destination de Dakar par Tambacounda, ils sont soumis à une distance de 760 kilomètres à parcourir (Sédhiou Tamba 310 km et Tamba Dakar 450 km) et pour 12 heures de trajet en moyenne, selon des renseignements recueillis par le système de géolocalisation.

Le même passager qui se rend à Dakar, par la transgambienne, fera une distance de 370 km pour 4 heures en moyenne.

L'amplitude indique un écart de 390 km et une différence de 8 heures entre la voie de contournement et le passage par la Gambie. La note est encore plus salée avec ceux qui quittent ou partent pour l'extrême sud du pays à savoir la région de Ziguinchor.

Pour ces dernières destinations, les usagers et transporteurs font presque le double (ou plus pour ceux qui vont dans les zones de Bignona ou Oussouye) de la distance Dakar/Ziguinchor qui est d'environ 450 km via la transganbienne.

En termes de coût également, les usagers déboursent, selon le rythme et le type de carburant, une somme comprise entre 70.000 F CFA à 100.000 F CFA pour éviter de tomber en panne sèche.

Ce qui représente le double pour certains, le triple et même au de-là pour d'autres dont la voiture est vorace en consommation.

A cela s'ajoute les frais de réparation et les nombreux accidents liés à la longue distance et à la chaleur surtout pour des véhicules en mauvais état.

L'AFFRANCHISSEMENT DES ACTEURS MANIFESTE !

Le président du Regroupement des transporteurs de la gare routière de Sédhiou, Modou Fall Samb, confirme ces contraintes liées à la mobilité par Tambacounda et ajoute qu'«au de-là même des frais, c'est une véritable lassitude au volant et pour les passagers quelques fois même nerveux avec la longue distance, la chaleur, la soif et la faim pour certains.

Parmi eux se trouvent des gens souvent pas très bien portants. Vraiment, c'est difficile», a notamment déclaré Modou Fall Samb.

Son collègue et président de la gare routière de Madina Wandifa lui emboîte le pas, relevant que «franchement le voyage par Tambacounda est pénible.

Outre les frais de carburant, la fatigue, ce sont les voitures elles-mêmes qui ne tiennent plus avec la chaleur.

Les moteurs se lassent, les pneus aussi et les frais de réparation absorbent toutes les recettes issues de ce long périple», a indiqué Bécaye Diarra Ndiaye, le président.

De même, Abdoulaye Massaly, un voyageur fréquemment sur l'axe Sédhiou/Dakar ne cache point sa satisfaction. «Cette levée de la fermeture de la route de la Gambie me soulage beaucoup. Je dépense trop et j'arrive fatigué et quelques fois même malade.

Je supporte difficilement ce trajet ; mais je n'ai pas le choix car je fais du commerce et je ne peux pas laisser quelqu'un d'autre faire ce travail à ma place. C'est plus compliqué avec le port des masques durant le voyage.

Certains s'étouffent et n'hésitent pas à se débarrasser de leur masque, advienne que pourra», fait-il observer avec une glaire manifeste.

LA PHASE DE LA RESILIENCE ECONOMIQUE ET SOCIALE ENGAGEE

Dans le domaine de la prise en charge sanitaire, nombreux sont des malades qui voient hélas leur santé se dégrader sur ce long trajet (Casamance/Dakar via Tamba et vice versa), selon les indiscrétions d'un transporteur affligé de constater une situation pénible.

«Un jour, après avoir quitté Tambacounda en provenance de Sédhiou, un de mes passagers s'est effondré et nous dûmes nous rapprocher d'un poste de santé pour des soins primaires.

C'était une dame qui avait la tension artérielle élevée, mais elle a déclaré n'avoir pas fait une telle pression auparavant. Peut-être la chaleur et la position assise pendant longtemps y étaient pour quelque chose», a-t-il expliqué.

D'autres qui font dans le petit commerce de résilience familiale ont préféré abandonner leurs activités, en raison des charges du transport.

Fatou Bintou Cissé, trouvée à la gare routière de Madina Wandifa, dit avoir repris ses activités depuis le surlendemain de la réouverture des frontières avec la Gambie.

«C'est vraiment dur car avec la Covid19, nos maigres économies se sont volatilisées et sans vraiment de stratégies conséquentes de résilience. Au diable ce coronavirus !»

LA VIGILANCE DOIT RESTER DE RIGUEUR, SELON L'AVIS MEDICAL

Cependant, ce déconfinement total décrété par le président de la Gambie, Adama Barrow, ne doit pas faire perdre de vue l'existence et surtout la persistance de la maladie à coronavirus dans les deux pays voisins.

Les techniciens de la santé et à toutes les échelles de la région de Sédhiou recommandent le respect des mesures barrières pour éviter toute rechute dans la contamination à cette pandémie virale. «Certes, Sédhiou n'a plus aucun cas déclaré de coronavirus ; mais la vigilance s'impose à tous.

Voyager aussi par la transgambienne est plus facile, mais gardons les yeux ouverts sur les consignes de sécurité sanitaire», a prodigué un médecin.

La veille sentinelle recommande la poursuite de la sensibilisation des populations en faveur des bonnes pratiques comme le lavage systématique des mains et le port des masques.

En tout état de cause, l'espoir renait très progressivement chez les populations astreintes de «vivre avec le coronavirus» tout en développement les capacités d'adaptation à moindre risque, le temps que le congrès des scientifiques trouve enfin le remède contre ce mal du siècle qui assiège les esprits, mais jusqu'à quand ?

Plus de: Sud Quotidien

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