Sénégal: Tour du Sénégal des stades - Un tableau peu reluisant à Thiès

20 Octobre 2020

Malgré un semblant de dynamisme au plan sportif vu de l'extérieur, les sportifs thiessois connaissent beaucoup de difficultés sur le plan infrastructurel.

Du football au basket, en passant par l'athlétisme, les acteurs décrivent un tableau peu reluisant de la situation. Ce qui plombe le sport de façon générale dans la capitale du Rail.

En dehors de Dakar, Thiès peut se targuer d'être la troisième région du Sénégal, après Kaolack (1975, contre Maroc) et Ziguinchor (1995, contre Tunisie) à avoir accueilli des matches officiels de l'équipe nationale du football. C'était le 23 mars 2019.

Le stade Lat Dior, pour la première fois, abritait la rencontre entre le Sénégal et Madagascar comptant pour la 6ème et dernière journée des éliminatoires de la Can « Égypte 2019 ».

Depuis, la ville de Thiès est devenue la « capitale du football » au Sénégal. En attendant la réouverture des stades Léopold Sédar Senghor et Demba Diop, Lat Dior, malgré ses imperfections, est devenu le nouvel antre des « Lions » du football.

Mais, dans un cadre plus global, la commune de Thiès fait face à un déficit criant d'infrastructures sportives. Qu'il s'agisse du football, de l'athlétisme, du handball, du basket, etc.

Pour ce qui est de la région, elle comptait en 2012, selon l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), 84 infrastructures sportives qui sont inégalement réparties car le département de Thiès abrite les 43%, soit 36 unités.

En ce qui concerne le football, Thiès ne compte que deux stades : Lat Dior et Maniang Soumaré pour six clubs : un en ligue 1, trois en ligue 2, deux clubs de national 1 ; sans oublier le football féminin. Le stade Lat Dior est fermé aux clubs de division régionale.

Seuls les clubs de Ligue 1 et 2 y ont accès. Et cette faveur leur est accordée après une farouche lutte. « Thiès n'a pas encore les équipements sportifs pouvant permettre le rayonnement de son football au plan national.

On a essayé de refaire le stade Lat Dior, mais jusqu'à présent, il ne répond pas aux normes Fifa.

Je ne sais pas comment les gens ont fait pour qu'il soit accrédité par la Caf, mais il manque beaucoup de choses », estime Oumar Badji, entraîneur de foot et reporter sportif à la radio Dunya.

Refaire les terrains de quartier

Lors de la cérémonie de pose d'un gazon synthétique au stade Maniang Soumaré au mois d'août dernier, le président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf) avait lui-même reconnu qu'il y avait un déficit d'infrastructures dans la capitale du Rail. «Thiès souffre d'un manque d'infrastructures pour la pratique du football notamment pour les « navétanes ».

Cela a duré plusieurs années. Par la force des choses, le stade Lat Dior est la seule infrastructure qui reçoit les grandes compétitions du football sénégalais, et Thiès est l'une des ligues qui montre le plus de vitalité dans notre football.

Ainsi, il a été décidé de réhabiliter ce stade pour le mettre à la disposition de tous ces jeunes », avait déclaré Augustin Senghor.

Lancés maintenant depuis près de deux mois, les travaux n'ont pas encore pris forme. « Jusqu'à présent, nous n'avons pas encore aperçu la couleur du gazon synthétique, et il était dit que les travaux allaient durer quatre mois.

On a déjà perdu deux mois », a provoqué M. Badji. Selon lui, la ligue de football amateur compte lancer son championnat le 5 décembre, et il a été décidé que le stade Lat Dior ne peut pas accueillir les clubs de national 1.

« Où est-ce que ces clubs vont recevoir ? », s'interroge-t-il. Le directeur du stade Maniang Soumaré donne la réponse.

« Nous en sommes toujours aux études topographiques. Les techniciens y vont lentement mais sûrement. Je rassure les Thièssois que les délais fixés seront respectés », affirme Doudou Sow.

Pour Ousmane Diop, président de l'Organisme départemental de coordination des activités de vacances (Odcav), il y a non seulement un déficit d'infrastructures, mais celles qui existent sont dans un état de dégradation très avancé.

Sur le plan départemental, Thiès compte 382 Asc dont 90 dans Thiès commune. Ces Asc, divisées en 9 zones, se partagent le stade Maniang Soumaré et le Champ des courses et très souvent dans des conditions extrêmement difficiles à jouer, selon le président de l'Odcav.

« Comme il y a des projecteurs, on joue en diurne et en nocturne. Mais avec deux stades, nos compétitions tirent en longueur. C'est pour cela qu'on nous reproche souvent de déborder jusqu'en fin décembre », justifie-t-il.

« Si le stade Lat Dior disposait d'un gazon synthétique, on pourrait jouer très souvent là-bas, mais c'est du gazon naturel qui ne peut pas supporter deux matches par jour.

Pour le moment, nous n'avons que deux stades pour 90 Asc ; c'est extrêmement difficile », déplore Ousmane Dop, qui plaide pour une augmentation de l'offre infrastructurelle.

L'athlétisme, le parent pauvre

À Thiès, le déficit d'infrastructures sportives n'est pas seulement le propre du football. Il touche toutes les disciplines. C'est le cas de l'athlétisme. La Ligue de Thiès rencontre d'énormes difficultés.

« Il n'y a pas d'infrastructures dans la capitale du Rail. On ne peut pas comprendre que Thiès, qui devait être la deuxième ville à avoir une piste synthétique, soit encore à l'ère de la cendrée.

Ce n'est pas normal », avait déploré Fatou Cissoko, ancienne athlète native de Thiès et membre de la Fédération sénégalaise d'athlétisme, lors d'une randonnée pédestre. « Les gens courent sur du sable malgré tout ce que la ville a produit comme champions.

Pour jouer aux compétitions, il faut aller à Mbour ou à Louga pour participer à des championnats régionaux.

Voilà un des problèmes qui plombent l'athlétisme à Thiès. La conséquence est qu'aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup de Thièssois dans l'équipe nationale », avait-elle soutenu.

Le président de la ligue régionale d'athlétisme abonde dans le même sens. « Le développement d'une discipline dépend des infrastructures et des moyens.

Le stade Lat Dior est conçu uniquement pour le football. Rien de plus. Sinon pour une course de chevaux peut-être », ironise le président de la Ligue d'athlétisme de Thiès, Mapenda Diallo.

Les terrains de handball ne manquent pas

Seul le handball semble tirer son épingle du jeu en ce qui concerne les infrastructures sportives à Thiès. Il est rare de voir un collège ou un lycée qui n'a pas de terrain de handball.

« Par exemple au lycée Malick Sy, il y en a deux, au lycée Ahmadou Ndack Seck, un, à la base militaire, un, etc. », liste l'ancien président de la ligue d'athlétisme de Thiès, Matar Samb.

Ces terrains servent même parfois de terrains de football aux élèves à l'heure de la recréation.

Mais cela ne suscite pour autant pas l'engouement escompté. Puisque Thiès ne compte qu'un seul club de handball : l'Union sportive du Rail. Et il n'y a pas de section féminine.

« À Thiès, le handball souffre plus d'un manque de moyens que d'infrastructures. Mais notre plus grande satisfaction est le stadium Lat Dior qui fait la fierté du Sénégal », reconnaît Matar Samb.

Cet ancien président de la Ligue de handball de Thiès rappelle fort opportunément que c'est là où le Sénégal recevait les compétitions internationales avant l'ouverture de Dakar-Aréna.

« Les infrastructures sont aux normes. Il faut maintenant relancer et vulgariser le handball dans les collèges et lycée », plaide-t-il.

Le temps a eu raison des terrains de basket

Thiès dispose de deux salles de basket qui répondent plus ou moins aux normes : le stadium Lat Dior et le Cneps qui héberge la « Seed academy » qui a formé de grandes stars du basket dont Gorgui Sy Dieng.

La ville de Thiès compte aussi près de 20 centres de basket dont les pensionnaires s'entraînent sur des terrains situés dans les lycées et collèges, les camps militaires, brigades de police, etc.

Mais la plupart de ces terrains sont dans un état de dégradation avancé. « Le problème avec ces terrains, ce sont surtout les sols et les cerceaux. On devait procéder au recensement de toutes les infrastructures existantes pour les réhabiliter ensuite.

Certaines sont restées pendant longtemps sans être refaites. C'est le cas du terrain du lycée Malick Sy qui n'a pas été retouché depuis 30 ans », se désole Iba Mar Ndiaye, directeur technique régional du basket.

Pour le directeur du stade Lat Dior de Thiès, il est impossible de développer le basket sans les infrastructures et la formation.

« Un pays comme le Mali a construit des terrains de basket dans chaque localité, c'est ce qui favorise le développement de son basket.

Au Sénégal, l'État est en train de faire de son mieux, mais c'est la fédération qui doit recenser toutes les infrastructures dont dispose le basket afin de les refaire.

Les bonnes volontés devraient aussi pouvoir faire quelque chose puisque cela ne demande pas de moyens conséquents.

À l'image de l'ancien international Kabir Pène qui a réhabilité le terrain de l'Us Rail », estime M. Ndiaye, qui est aussi entraineur de 3e degré. Thiès compte environ 10 clubs de basket. Mais la ville n'enregistre aucun club féminin en première division.

Ce qui, selon Iba Mar Ndiaye, au-delà du déficit en infrastructures, est lié à la dispersion des forces. « Les clubs et les centres devraient pouvoir unir leurs forces pour bâtir une grande équipe de basket féminin », propose-t-il.

De l'avis de l'Inspectrice régionale des sports de Thiès, Madame Marie Pierre Ndiaye, « Thiès région comme Thiès ville souffrent d'une insuffisance d'infrastructures sportives, malgré les efforts consentis par l'État ». Cette situation, fait-elle remarquer, est loin de constituer un frein.

« Cela a été une motivation pour les sportifs qui n'ont ménagé aucun effort pour avoir les résultats que nous connaissons avec le peu qu'ils ont », estime-t-elle.

Cependant, assure-t-elle, « avec la politique sportive en matière d'infrastructures, il y aura des améliorations ». Mme Ndiaye invite tous les acteurs à « s'inscrire dans la même logique et à prendre en compte surtout les disciplines phares ».

Pour l'Inspectrice régionale des sports de Thiès, « les infrastructures, c'est l'État, mais aussi les collectivités territoriales et tous les acteurs et partenaires du sport et intégrer la majeure partie des disciplines ».

L'inspectrice régionale des sports de Thiès préconise l'amélioration de l'existant tel que le terrain disponible au niveau de la Zac et la construction d'autres infrastructures.

Selon elle, « il existe pratiquement dans chaque commune un terrain qui doit pouvoir être amélioré ».

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