Guinée: Crise post-électorale au pays d'Alpha Condé - Faut-il désespérer ?

20 Octobre 2020

La réponse du berger à la bergère ne s'est pas fait attendre. En effet, c'est une véritable volée de bois vert que le président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), candidat à la succession du président Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, a pris sur le dos après qu'il a revendiqué la victoire à l'élection présidentielle du dimanche dernier.

Et le premier à jeter la pierre à l'irréductible opposant d'Alpha Condé, est la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour laquelle l'UFDG s'est mise « en dehors de la démocratie ».

Le chef du groupe alimentaire au pouvoir, embouchant la même trompette, n'a pas hésité à monter au créneau pour montrer les crocs en menaçant « d'engager des poursuites judiciaires » contre le vainqueur autoproclamé.

Dans la même veine, le ministre d'Etat, secrétaire général de la Présidence, dénonce une « attitude antirépublicaine et anti-démocratique » à travers une « déclaration irresponsable et dangereuse » qui, selon la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'Union africaine (UA) et l'Organisation des Nations Unies (ONU), n'est « pas de nature à préserver le calme qui a globalement prévalu » au cours du vote.

On peut aussi se demander si l'attitude du pouvoir n'a pas poussé l'opposant à la faute

Et comme si toutes ces vitupérations ne suffisaient pas, le domicile de l'opposant a été encerclé par les forces de sécurité, donnant nettement l'impression d'un embastillement.

Si l'on ne peut nier le fait que Cellou Dalein Diallo s'est mis en porte-à-faux de la loi électorale, l'on peut aussi se demander si l'attitude du pouvoir n'a pas poussé l'opposant à la faute.

Et pour cause. L'opposition n'a cessé de dénoncer, depuis le début du processus électoral, l'inféodation des institutions chargées de l'organisation des élections.

Elle n'a d'ailleurs pas été la seule à émettre des réserves vis-à-vis de l'indépendance de la CENI.

On se souvient que l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avait dû plier bagage en Guinée, en raison des nombreuses irrégularités et défaillances techniques qui entouraient le processus.

Sans excuser Cellou Dalein Diallo, on ne peut lui en vouloir, dans un processus dévoyé depuis la base, de se doter de moyens propres pour compiler les résultats des votes et de revendiquer la victoire si les données en sa possession lui permettent de le faire.

L'on peut d'autant plus comprendre l'attitude de l'opposant qu'il s'est toujours senti dépossédé de sa victoire lors des consultations électorales précédentes, sans véritablement trouver une oreille attentive à ses récriminations.

La sagesse africaine fait dire au chien que « c'est se terrasser à tour de rôle qui rend le jeu intéressant ». Et l'on peut légitimement donc comprendre que le leader de l'opposition guinéenne ne veuille pas toujours être par terre.

Cela dit, l'affolement du thermomètre politique consécutif à l'auto-proclamation de Cellou Dalein Diallo comme vainqueur de l'élection présidentielle, participe de la stratégie du pouvoir visant à préparer les esprits à un passage en force.

On ne peut plus échapper à une crise postélectorale

On sait, en effet, que le président Alpha Condé ne s'est pas aventuré si loin, marchant, au passage, sur les cadavres de ses concitoyens et transformant sa légende de combattant pour les libertés démocratiques en Afrique, en un vulgaire conte du loup qui a pris les apparences de l'agneau pour entrer dans la bergerie, pour finalement reculer en acceptant les résultats d'une élection qui lui seraient défavorables.

Et tout cela donne finalement raison à son challenger qui s'est empressé de devancer les résultats que les officines sécrètes du pouvoir sont en train de fabriquer pour parachever la sordide manœuvre qui a démarrée depuis le tripatouillage de la loi fondamentale du pays pour ouvrir le boulevard du troisième mandat à Alpha Condé.

L'on peut se demander, en effet, si l'opposant guinéen avait un autre choix dans ce pays où c'est le pouvoir qui décrète les normes démocratiques et ne les utilise que pour labéliser ses propres faits et gestes.

Dans tous les cas, l'attitude des deux camps prouve que l'on ne peut plus échapper à une crise postélectorale qui promet d'endeuiller à nouveau de nombreuses familles en Guinée.

Les trois morts qu'annonce l'UFDG à la suite des heurts qui ont accompagné la revendication de la victoire de son président, sont les signes avant-coureurs de l'éruption meurtrière que promet le volcan guinéen.

Le pire peut cependant être évité si la communauté internationale se donne les moyens de mettre la pression sur le pouvoir en place afin que les résultats des élections soient conformes à la vérité des urnes.

Mais l'on peut bien douter de la sincérité de certains acteurs de cette communauté internationale qui ressemblent à des pêcheurs eaux troubles.

Et au nombre de ces derniers, il faut compter en premier la CEDEAO. L'on peut, en effet, mettre à l'index le jeu trouble de l'organisation communautaire dans cette crise guinéenne.

Car, c'est elle qui, en effet, a donné son quitus au processus électoral malgré les cris d'orfraie de l'opposition et les réserves de l'OIF.

Pire, elle vient condamner l'attitude de Cellou Dalein Diallo après avoir fait la sourde oreille face aux plaintes de ce dernier. La CEDEAO donne ainsi l'impression d'avoir un parti pris qui vient confirmer les critiques virulentes qu'elle essuie.

Elle ne semble outillée que pour mater des putschistes et se plaît à montrer du zèle à aider les auteurs des hold-up électoraux à transporter et sécuriser les fruits de leur butin.

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