Cote d'Ivoire: Les promesses déçues dans le pays

20 Octobre 2020

Dans le quartier défavorisé de Doukouré à Abidjan, les habitants manquent de tout et ne croient plus aux promesses des politiques. Reportage.

Lors de la dernière élection présidentielle, le président Alassane Ouattara avait fait de la lutte contre la pauvreté un des grands chapitres de son programme. A cette époque, près d'un tiers de la population ivoirienne vivait avec moins de 1,90 dollars par jour. Cinq ans plus tard, la Banque mondiale n'a pas de nouveaux chiffres sur la pauvreté dans ce pays mais celle-ci persiste, en particulier dans les zones rurales. Les centres urbains ne sont pas non plus épargnés.

Julien Adayé, notre correspondant à Abidjan, s'est rendu dans le quartier de Doukouré, dans la commune de Yopougon.

Il y a notamment rencontré Hamed Koné, un couturier qui vit ici depuis 2010. Son activité est au ralenti depuis le début de la pandémie de coronavirus.

" J'ouvre à sept heures du matin et je ferme à 19 heures. Ça ne marchait pas bien déjà avant. Et voilà que le coronavirus est venu tout amplifier. A cela, il faut ajouter l'opération de déguerpissement qui est annoncée pour les prochains jours. Tout cela contribue à ne pas faire marcher les affaires dans le quartier."

Le quartier Doukouré est l'un des quartiers les plus pauvres d'Abidjan. Pendant la crise postélectorale de 2011, 41 personnes sont mortes et de nombreuses autres ont fui les violences.

Des élus qui déçoivent

Daouda Traoré, un jeune du quartier, nous montre l'endroit où la fosse commune a été creusée pour enterrer les victimes. Depuis cette époque, les promesses des ONG et des hommes politiques ont été nombreuses. Mais selon lui, elles n'ont jamais été respectées.

"A chaque fois, c'est nous qui payons les pots cassés. Lorsque les politiciens ont besoin de faire du remplissage quelque part, ils viennent nous blaguer en nous faisant des promesses. D'autres, quand ils sont candidats, nous disent qu'après leur élection ils nous trouveront des emplois ou nous donneront de l'argent. Mais après leur élection, ils ne reviennent plus nous voir et les promesses tombent à l'eau. Franchement, on souffre et les gens profitent de notre misère. On souffre vraiment et ça ne va pas du tout."

Ce quartier manque de tout. Pas d'éclairage public de routes bitumées ou de centre de santé. A défaut d'aires de jeux, les enfants jouent dans des allées insalubres.

Pauvreté et richesse côte à côte

Pour lutter contre la pauvreté dans ce quartier, chacun tente d'exercer une petite activité :

"On vit à huit à la maison. Je suis commerçante. Et c'est dans l'argent du commerce que je prends 2.000 francs par jour pour faire le marché. Souvent je ne gagne pas les 2.000 francs. Pour manger c'est un parcours du combattant. Ici, on vit très mal. Lorsqu'il pleut par exemple, on n'est pas du tout à l'aise. Les routes sont impraticables lorsqu'il pleut. On est parfois obligé de laisser l'eau s'infiltrer dans le sol avant de pouvoir sortir. Il n'y a pas de route et on ne peut pas continuer à vivre dans ces conditions."

Les inégalités sociales d'Abidjan s'illustrent sur les bordures de Doukouré. Celui-ci jouxte en effet les quartiers de Sadiguiba et Terminus 40, deux zones privilégiées où se dressent des bâtiments et appartements modernes avec des routes bitumées et des moyens de déplacement réguliers.

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