Madagascar: Mampiray Solofoniaina - « L'entrepreneuriat culturel pour faire émerger artistes et créativités »

interview

De retour au pays après des études en gestion des industries culturelles et créatives, Mampiray Solofoniaina avance l'idée selon laquelle la culture peut servir de vecteur du développement économique en tant qu'entrepreneur culturel.

-Au sortir du confinement, peut-on vivre de la culture et des arts ?

L'artiste dispose d'une matière première illimitée qui est la création. Il peut proposer la transformation de cette création en un bien destiné à des consommateurs, épris et férus de culture. Une rentrée sous le signe de la professionnalisation de la créativité et de ses porteurs s'annonce. Pour vivre de la culture et des arts en ce moment, il importe de soumettre les créativités à la transformation dans le but de cibler des consommateurs.

-Va-t-on alors faire du génie artistique, une machine à fabrique de marchandises culturelles?

La création de l'esprit n'est pas comparable aux marchandises car elle est unique et authentique. C'est cette dualité singulière qui fait distinguer le produit culturel de tout autre produit vendable. Dans l'entrepreneuriat culturel, il s'agit alors de prévoir un accompagnement de l'artiste dans la mise en valeur du produit authentique et unique. C'est l'originalité qui suscite les flux de consommation mais toujours faut-il qu'elle soit élaborée dans les normes. Le travail consiste alors à attirer l'artiste vers la maison de production qui se chargera de promouvoir le produit culturel.

-Mais être artiste ne signifie-t-il pas voler de ses propres ailes pour atteindre les cœurs et les sensibilités des autres ?

L'autocréation est justement le stade dans lequel restent plusieurs personnes douées de production artistique. Or pour s'émerger, voire se faire connaître pour ensuite vivre d'une création sur le long terme, il faut être pris en charge. Il faut faire la part des choses dans le domaine culturel en laissant l'entière liberté à l'artiste qui assure la création et en confiant à un manager ou à producteur le devoir de concevoir un produit artistique accessible à la consommation.

-Mais l'art n'est-il pas un attribut personnel dont l'unique promoteur ne peut être que son propre auteur ?

C'est en exportant la culture dont la diversité reflète une richesse, que Madagascar peut se développer. La culture américaine a trouvé peu à peu sa place en Europe dans la période d'après-guerre une fois que les États-Unis ont réussi à faire aimer les productions artistiques et culturelles façonnées chez eux. Tout simplement car à côté de l'assistance américaine fournie à l'Europe, il y a une ouverture voire une naissance spontanée du marché de la culture. La culture américaine offrait ce qui se résume à la « nouveauté ».

-Quel rapport y-a-t-il entre l'exportation de la culture et l'auteur d'une production artistique ?

Du moment que la culture a sa place au sein d'une nation, elle est un vecteur de développement. Elle fait vivre son porteur lorsqu'elle véhicule l'originalité. C'est dans l'effort de promotion d'une production artistique que celle-ci crée des revenus. La création de l'artiste stimule alors un besoin chez le ou les fans. Les spectacles, demandons-nous, ne génèrent-ils pas des revenus. L'exemple du milieu cinématographique aux États-Unis, en Inde et au Nigeria montre combien la culture peut créer de la valeur ajoutée pour l'économie du pays lorsqu'elle est prise en considération.

-Insinuez-vous qu'il y ait un délaissement de la culture ?

Il manque une sécurité juridique pour permettre à l'artiste de créer sans se décourager. Le moment est venu pour apporter une véritable œuvre législative en faveur des artistes et des créativités afin de les protéger. La protection juridique des auteurs étant à renforcer, un syndicat des acteurs culturels se proposera d'être l'interlocuteur avec les instances étatiques dans la confection des cadres réglementaires et législatifs pour encourager la naissance et le développement assuré des créativités. Ce syndicat servira de plateforme réunissant les idées disparates qui peuvent être compilées pour assurer une défense efficace de la création et de la production artistique. L'exportation de la culture se facilitera lorsque les garanties internes existent.

-Mais peut-on prétendre à des financements pour entreprendre dans le milieu culturel ?

On ne peut pas estimer la valeur de la création pour qu'elle puisse servir de garantie. Cette valeur ne peut être connue qu'après l'intérêt que les gens ont d'elle. D'où le professionnalisme nécessaire dans la transformation de la création en bien à la portée de tous. C'est le postulat déjà exposé aux jeunes à travers des conférences, initiées dès 2008 à l'Institut supérieur de la communication , de l'administration et du management ou ISCAM avec Dr Sandra Ratsiazo qui y enseigne l'entrepreneuriat. Il s'agit d'une initiative née du constat local lors de mon retour au pays après le cycle de master en gestion des industries culturelles et créatives, à l'Université de la Francophonie à Alexandrie en Egypte.

-Peut-on s'enrichir personnellement grâce à la culture en ce moment ?

C'est en fournissant un travail professionnel que l'on peut mener une activité rémunératrice. C'est le principe de base. Les talents germent partout mais faute d'accompagnement, ils restent cloisonnés. Faire de l'entrepreneuriat culturel ce n'est pas faire du divertissement, c'est œuvrer pour le lancement du produit de l'artiste dans un souci d'occasionner nécessairement de l'intérêt pour ce produit. Une fois que la conviction du consommateur est atteinte par l'œuvre artistique, la consommation apparaît. Entreprendre, c'est alors penser à créer une destination pour une création. Celle-ci mérite une protection immédiate en anticipant les risques. Par exemple, on peut anticiper la censure en énonçant au préalable les interdits dans une création destinée au public. L'expression de la création ne doit pas être sanctionnée a posteriori. Il faut poser les règles admissibles et connues de tous pour éviter une divergence d'appréciation par rapport à la moralité d'une œuvre artistique.

Plus de: L'Express de Madagascar

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