Madagascar: Dadaleba Refotaka - « La France doit restituer à Madagascar le crâne du Prince Ratsimamanga »

Si certains revendiquent les îles Eparses, les autres réclament une tout autre chose, le rapatriement du crâne du prince Ratsimamanga, fusillé le 15 octobre 1896 sur l'ordre du Général Joseph Simon Gallieni.

En effet, après avoir été exécuté par les colonisateurs, le prince Ratsimamanga a été décapité. La décollation avait pour but d'intimider les Malgaches de l'époque, en leur montrant que même leur dirigeant était impuissant face au régime colonial. Aristocrate, oncle de la reine Ranavalona III, le prince Ratsimamanga fut l'un des premiers résistants à l'installation française à Madagascar.

« La France a la tête de ce patriote malgache... Comme elle a remis à l'Algérie les vingt-quatre crânes des résistants algériens décapités au XIXe siècle, j'exige aussi le rapatriement de celui du Prince Ratsimamanga », a imposé Dadaleba Refotaka. Ce gardien de la tradition de l'Imerina suppose que le crâne du Prince Ratsimamanga est en France pour des multiples raisons. Selon Refotaka, « le squelette de la tête de ce haut personnage du XIXe siècle a d'abord été exposé à la Société d'anthropologie de Paris ».

Violence culturelle. La culture est un partage de convictions, de valeurs, de moralités, de coutumes, de traditions, de confiance, d'idées, d'attitudes et de comportements dans lequel les membres d'un groupe coopèrent et opèrent avec l'extérieur. D'une certaine manière, la culture se confond avec le corps humain et partage sa fragilité. Décapiter la tête de l'oncle de la reine est une violence faite à un symbole culturel. Le but était de déraciner les Malgaches. La désacralisation par excellence ! La tête est importante dans la culture malgache. Elle représente le « hasina ». Une dépouille décapitée ne peut être enterrée dans le tombeau familial. C'est le cas du Prince Ratsimamanga, « en principe, il devait être inhumé à Ambohipiara, mais comme le razana n'avait pas de tête, on l'a enterré à Ambohidrapeto », a expliqué Dadaleba Refotaka.

Les deux martyrs, Rainandriamampandry et le prince Ratsimamanga fusillés.

Une stèle pour rendre hommage au martyre. Le prince Ratsimamanga était le frère de Raketaka, mère de Razafindrahety (Ranavalona III) et le fils de Razafinandriamanitra, fille de Rahety, elle-même petite-fille de Ranavalonjanahary, tante d'Andrianampoinimerina. Après le soulèvement insurrectionnel Menalamba et la résistance anticoloniale à la fin du XIXe siècle, il est arrêté en même temps que le ministre de l'Intérieur malgache, Rainandriamampandry, sur ordre du résident général français Joseph Gallieni le 11 octobre 1896, au lendemain du départ de l'ancien résident général Laroche. Il est traduit devant le Conseil de guerre pour rébellion et « fahavalisme ». Le 15 octobre, à l'issue d'une parodie de procès, tous deux sont condamnés à mort et exécutés à titre d'exemple, souhaitant faire « forte impression sur les indigènes ». Un des membres du Conseil de guerre devait confirmer par la suite que les deux accusés avaient été « condamnés sur ordre » de Gallieni. Ce dernier détruit le procès-verbal de l'audience plutôt que de le transmettre aux archives militaires.

Suite à ces événements, Dadaleba Refotaka réclame au gouvernement d'édifier une stèle pour rendre hommage à ce martyr historique. « Des statues des étrangers remplissent nos rues. Nous avons tendances à oublier que bon nombre de personnages historiques méritent d'être glorifiés car ils ont donné leur vie pour le pays. L'année prochaine, nous allons commémorer le 125 ème de l'exécution du Prince Ratsimamanga. Ne mérite t-il pas un buste ? », se pose-t-il la question.

Plus de: Midi Madagasikara

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