Sénégal: Magatte Wade, maire de Ngaye Mékhé - « Le développement de l'inter territorialité est un préalable à l'émergence»

21 Octobre 2020
interview

Le Maire de Mékhé, Magatte Wade, souhaite travailler dans de grands projets avec ses collègues du département de Tivaouane. Pour lui, avant l'État, il appartient aux élus de travailler en étroite collaboration.

Le 22 octobre prochain, les élus locaux sénégalais feront face au Président de la République dans le cadre de la journée nationale de la décentralisation. Quelles sont vos attentes ?

Ce que j'attends tout d'abord de mes collègues maires et présidents de Conseil départemental, c'est la réaffirmation de notre engagement à l'exécution des programmes du Pap2A pour le développement des territoires et particulièrement sur la volonté de renforcer l'interterritorialité.

Je voudrais que les élus puissent comprendre que le renforcement de nos relations et le développement de l'interterritorialité est un préalable à l'émergence de nos territoires. Parce que cela nous permettra de faire des projets d'envergure, de développer des programmes cohérents.

La deuxième chose que j'attends de l'exécutif, c'est l'équité territoriale. J'entends par équité une rationalisation de la gestion du territoire et un équilibre de la répartition. Il est vrai qu'on a fait des communautés rurales des communes, parce que nous sommes d'égale dignité.

Mais nous ne sommes pas d'égale dignité face à la répartition géographique. Des villes ou communes anciennes qui ont plus de cent ans se voit confiner dans des territoires très limités.

Une commune comme Mékhé qui reste confinée sur 4 kilomètres carrés avec 33 000 habitants, c'est inacceptable. Et nous sommes un poumon du développement économique et de la croissance parce que nous sommes la capitale de l'artisanat.

Nous sommes une vieille ville commerciale ayant une position géostratégique ouvert sur la mer, sur Touba et entouré de quatre chefs-lieux de département.

Je pense qu'on devrait accélérer le processus de gestion des territoires en termes de surface, de population, de capacité économique et de contribution à la croissance. D'ailleurs, le Chef de l'État en a donné les orientations, il ne reste que la volonté politique.

Mais il faut qu'on ait un suivi beaucoup plus méticuleux et beaucoup plus accéléré pour que cette équité se fasse.

L'autre chose, c'est remercier le Chef de l'État parce qu'aujourd'hui nous sommes sur la rampe du développement économique et social. Nous le remercions pour la répartition de la croissance.

De même, il a fait preuve d'une grande capacité de résilience face à la Covid-19. Cette résilience a été transformée en élan pour la relance de l'économie de notre pays. Nous devons tous l'encourager à faire face aux défis.

Est-ce que votre commune Ngaye Mekhé a pu bénéficier des programmes tels que le Pudc, Promovilles, etc. ?

J'apprécie bien ce qui a été fait jusque-là par ces programmes. Mais on peut faire plus.

Dans le département de Tivaouane, compte tenu du potentiel du département, on peut avoir des Petites et moyennes industries pour la transformation des matières premières.

Mais pour le développement du département, il nous faut une approche holistique et des efforts sont en train d'être faits avec les moyens que nous avons.

Maintenant, si nous avons un programme de développement cohérent, avec la solidarité, nous pouvons faire de bonnes choses.

Nous ne devons pas attendre toutes les ressources de l'État. Il faut aller vers des projets d'envergure et recourir à des partenaires financiers.

L'État ne fera qu'accompagner ce genre d'initiative. J'ai une lecture beaucoup plus globale de la situation économique parce que le Sénégal n'est pas uniquement Ngaye Mekhé encore moins le département de Tivaouane, ni la région de Thiès.

Votre commune est géographiquement bien positionnée. C'est aussi la capitale de l'artisanat au Sénégal. Est-ce que vous avez essayé de valoriser ce potentiel ?

Ce que nous demandons à l'État, c'est d'accélérer les réformes, de les approfondir, parce qu'au niveau de Ngaye Mekhé, on est en train de développer un cluster Artisanat, comme cela se fait en Tunisie, en France et ailleurs.

Nous avons la chaîne des valeurs cuir, la chaîne de valeurs poterie, la chaîne de valeurs vannerie, la chaîne de valeurs agricole. Il faudrait que Mékhé soit un cluster qui bouge et, en plus d'être un cluster, qu'il soit une destination touristique.

Aujourd'hui, ce que nous demandons à l'État, avant d'arriver à notre ambition de créer une Zone économique spéciale (Zes) avec un cluster artisanat et un port sec, c'est demander l'accompagnement de l'État.

Nous ne pouvons pas développer la chaîne de valeurs cuir sans avoir une maîtrise sur les peaux brutes. Un arrêté avait été pris pour interdire l'exportation des peaux brutes.

Aujourd'hui, dès qu'on sort de la réunion et que le président demande de signer l'arrêté, nous allons gagner 30% de la mise en valeur de notre politique parce qu'aucune peau brute ne sortira du pays et sera destinée à la transformation et à la production.

Nous avons des réformes urgentes à faire, à savoir comment coordonner la collecte des peaux en donnant accès au financement aux femmes tanneuses pour préfinancer les couches.

Les peaux sont collectées par des magnats internationaux qui ont la capacité de financement car ils déposent l'argent auprès des bourses.

Les femmes tanneuses ne peuvent pas avoir accès à ces ressources. Il faudrait également précéder à la rationalisation et à la mise en place d'un fonds spécialement dédié au financement de l'artisanat.

Le président a beaucoup mis au niveau de Ngaye Mekhé en construisant le Site d'exposition et de commercialisation artisanale (Seca), il y a un stock de matériel. Nous avons deux usines modernes de maroquinerie, nous avons un nouvel abattoir.

Nous avons aussi une nouvelle zone de fourrière et, aujourd'hui, nous avons réalisé plus de 90 projets et programmes en six ans et Mékhé est fier d'être une vitrine de ce que sera le Sénégal en 2024.

Vous êtes un maire très porté sur les questions d'environnement. Aujourd'hui, qu'est-ce qui a été fait concrètement dans votre commune ?

La première chose pour l'environnement, c'est la sensibilisation, la conscientisation et le changement de mentalité.

Ce sont les trois éléments qui permettent de changer de paradigme dans la prise en compte de la gestion de l'environnement.

Cela nous a permis d'avoir avec l'Union européenne et une ville française un grand projet de gestion des déchets sur trois ans évalué à plus de 300 millions de FCfa.

Maintenant, nous allons travailler avec les populations pour la valorisation des déchets. Nous avons un très grand projet de centre de formation en peau et cuir et nous avons des espaces verts qui sont en train d'être construits.

Avec l'appui de partenaires tels que la Rse de la Sonatel, nous sommes en train de reboiser de manière permanente pour que Mékhé soit un poumon environnemental. Nous sommes en train d'encourager le micro-jardinage et l'agriculture périurbaine comme cela se fait dans les grandes villes du monde comme Paris.

Plus de: Le Soleil

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