Sénégal: Décès du ministre Moctar Kébé, ancien journaliste au « Soleil » - Une figure de l'histoire politique et de la presse s'en va

21 Octobre 2020

Décédé dans la nuit du lundi 19 au mardi 20 octobre à l'âge 84 ans, Moctar Kébé, ancien journaliste au quotidien national «Le Soleil», plusieurs fois ministre dans le gouvernement socialiste, était reconnu pour sa rigueur et son sens élevé des responsabilités.

Les éloges funèbres qui ont suivi le décès de Moctar Kébé, dans la nuit du lundi à mardi, en disent long sur le caractère singulier d'un homme qui avait choisi de vivre utile.

Un digne fils de la Nation qui s'est fortement investi pour son peuple. Moké, comme l'appelle ses proches, a apporté sa pierre à la construction de sa jeune nation.

Le Sénégal venait de boucler une décennie de souveraineté internationale. Il y avait une profusion d'enjeux et de défis dans presque tous les domaines.

Engagement et abnégation en bandoulière, après des études secondaires au Lycée Maurice Delafosse-Lycée Van Vollenhoven de Dakar, il intègre l'Institut supérieur de la formation des journalistes de l'Université de Strasbourg en France.

A l'obtention de son diplôme, quelques années plus tard, le natif de Kolda en 1936, de retour au Sénégal, choisit d'exercer ses talents au ministère de l'Information, puis à celui des Affaires étrangères.

Mais, l'amour qu'il portait pour le métier du journalisme était tel qu'il a renoncé momentanément à la Fonction publique pour le quotidien national «Le Soleil».

Au milieu des années 70, Moké débarque à «l'astre» de Hann, toujours avec la même détermination, la rigueur et le sens élevé des responsabilités faisant son identité. Il y est resté jusqu'au début des années 80. «C'était un grand journaliste, compétent, affectueux et généreux.

Il était toujours à la pointe de la nouvelle», se souvient Alioune Dramé, ancien Président-directeur général du «Soleil» et actuel président du Conseil d'administration de la Maison de la presse.

M. Dramé a travaillé avec le défunt journaliste qui fut son chef de service au desk «Etranger» du journal.

Il garde de lui le souvenir d'un «grand-frère» qui l'a accueilli avec beaucoup de générosité dans cette entreprise de presse de service public. «Il corrigeait nos papiers, nous envoyait en reportage. C'est un homme plein de qualités», renchérit-il.

Carrière de syndicaliste

Latyr Diagne, ancien du quotidien national, a vécu aussi cette époque. De l'homme, il retient un journaliste «talentueux», un «homme d'Etat» qui avait toujours le sourire aux lèvres.

M. Diagne raconte que quand on a voulu le décorer du chevalier de l'Ordre national du mérite à l'époque où Alioune Dramé était Pdg du Soleil, Moctar Kébé, ministre de l'Information qu'il a été, en voyant son nom sur la liste, a changé pour le récompenser de l'Ordre national du Lion.

Cette petite anecdote traduit le rapport particulier et affectif que Moké entretenait avec les travailleurs, ceux qui s'engagent de nuit comme de jour pour servir leur pays.

Après «Le Soleil», Moctar Kébé retourna au ministère des Affaires étrangères et occupa le poste du directeur du Service de presse avant de rejoindre l'ambassade du Sénégal à Banjul (Gambie) en qualité de conseiller.

Rédacteur en chef de «L'Unité», M. Kébé a dirigé l'Association nationale des journalistes sénégalais (Anjs) et l'Union des journalistes africains. Il a été l'un des négociateurs de la Convention nationale des journalistes du Sénégal.

En plus de son engagement politique, c'était aussi un syndicaliste qui s'est investi pour le bien-être, l'amélioration des conditions de vie et de travail des journalistes.

Sur plan politique, M. Kébé a été un militant actif du Parti socialiste. Dans son fief à Kolda, révèle Alioune Dramé, il s'est toujours battu pour obtenir la majorité lors des différentes élections.

«Son oncle était son principal adversaire politique. C'était difficile, mais il s'est toujours débrouillé pour avoir une majorité», soutient-il.

Cet engagement politique sur le terrain justifie les différentes responsabilités politiques qu'il a eu à occuper dans le gouvernement socialiste.

Moctar Kébé a été ministre délégué à la Protection de la nature en 1988, ministre du Travail et de la Formation professionnelle en 1990, ministre de la Communication en 1991.

Dans sa carrière politique, il fut le secrétaire général de la coordination communale de Kolda, puis maire de Kolda avant d'être secrétaire adjoint du bureau politique, chargée de la communication et de la presse en 1990.

Le parcours du journaliste reste aussi marqué par sa carrière diplomatique. Pour être en retrait du champ politique, il occupa le poste d'ambassadeur du Sénégal à Banjul entre 1993 et 1995.

Malade depuis des années, Moctar Kébé quitte ce monde avec le sentiment du devoir accompli.

Sa trajectoire politique et professionnelle en fait un digne exemple pour la génération actuelle et la postérité.

Moké est parti pour le royaume de l'éternité. Une page de l'histoire politique et de la presse du Sénégal se referme.

Plus de: Le Soleil

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.