Maroc: Fintech - Quatre questions à l'économiste Badr Boussabat

interview

Rabat — Ces dernières années, on a assisté à l'émergence de toute une génération de start-ups technologiques offrant des services financiers et bancaires diversifiés et utilisant des modèles opérationnels et économiques innovants.

Dans un entretien accordé à la MAP, l'économiste et expert en intelligence artificielle basé en Belgique Badr Boussabat revient sur les opportunités qu'offre la Fintech pour l'économie nationale ainsi que sur l'évolution de cet écosystème en Afrique, particulièrement au Maroc, tout en suggérant des pistes permettant de promouvoir ce secteur d'activité.

1-Qu'est ce que la Fintech?

Une Fintech est un domaine qui a pour ambition d'améliorer les activités financières par la technologie. Les fintechs travaillent tantôt de manière indépendante, tantôt en collaboration avec les banques pour améliorer leurs activités.

2- Quelles sont les opportunités qu'offre cet écosystème à l'économie nationale?

Les opportunités sont illimitées. Dans un système cognitif prépondérant, il est inenvisageable de considérer la transformation du secteur financier sans la complémentarité des fintechs. Dans le cas contraire, un décalage très important pourrait émerger entre les attentes des agents économiques, dont les particuliers, et l'offre du secteur financier.

Les opportunités sont, également, importantes dans l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA). De plus en plus d'acteurs y ont recours pour mieux maitriser leurs activités et, in fine, prendre de meilleures décisions d'affaires.

En effet, l'IA doit être généralisée dans le secteur financier, non pas pour augmenter la performance de trading, mais d'abord pour améliorer la capacité d'une entité financière dans la gestion des risques.

La gestion des risques est le champ d'action le plus prometteur grâce à l'intelligence artificielle. Elle permettra de protéger davantage les clients du risque de fraude qui est encore existant partout dans le monde.

Ce risque constitue un coût très important, tant pour la banque que pour le client. Il s'agit in fine d'accroître le rapport de confiance entre ces deux parties prenantes, car la confiance est le facteur majeur pour pérenniser les échanges commerciaux et les activités économiques. D'innombrables économistes, dont Keynes, l'ont démontré à maintes reprises.

Comme décrit dans mon livre, la confiance est une condition sine qua non pour continuer à transformer le secteur financier et heureusement, l'intelligence artificielle entre en jeu avec une possibilité extraordinaire d'agir en ce sens.

L'IA a la particularité d'utiliser la donnée pour nous fournir de l'information, cette dernière étant primordiale pour rassurer les agents. D'ailleurs, les crises financières sont généralement dues à une crise de confiance ou à une information trop opaque.

3- Comment trouvez-vous l'évolution de la Fintech en Afrique, et plus particulièrement au Maroc?

L'évolution de la Fintech en Afrique est très impressionnante. Grâce aux smartphones, le taux de bancarisation a connu une croissance historique parmi les populations. Cela démontre une tendance positive qui va amener l'Afrique à être également au rendez-vous dans les années futures.

De surcroît, bon nombre de startups utilisant l'intelligence artificielle s'accumulent dans les rangs pour soutenir les banques dans l'octroi de prêts aux entreprises et aux particuliers. L'IA a donc des effets positifs suivants:

- Augmentation du taux de bancarisation, fondamentale pour accélérer les échanges;

- Renforcement de la confiance entre les parties prenantes en les sécurisant, par exemple en diminuant le risque de fraude ou de blanchiment. Ce qui doit mener vers une "gestion augmentée des risques";

- Création d'opportunités de développement par l'octroi plus efficace de prêts en vue de relancer l'économie.

4- Comment peut-on promouvoir l'écosystème de la Fintech au Maroc?

Le développement de cette sphère doit inévitablement fonder sa réussite sur une stratégie macro. Celle-ci doit pouvoir dégager un ensemble de mesures favorisant la création de "fintech champions" qui accompagne le secteur financier à améliorer sa gestion du risque pour garantir une stabilité robuste au niveau national et international.

Ces "fintech champions" doivent avoir, en T+2, une ambition bicéphale. Il s'agit d'une part de créer des centres de partage en "AI knowledge" pour favoriser la formation en la matière pour les jeunes diplômés désireux de travailler dans le secteur financier. Une telle structure devrait accentuer le partage d'un savoir-faire qui sera décisif pour accélérer l'adoption des technologies, dont l'IA, dans le secteur financier.

D'autre part, il est question de travailler étroitement avec les autorités publiques et gouvernementales pour constituer une stratégie de long terme visant à embrasser une gestion augmentée des risques.

La crise sanitaire actuelle démontre que les agents financiers maîtrisent parfaitement les rouages de la performance. Mais il existe un manque à gagner considérable dans la gestion de l'incertitude par l'intelligence artificielle. C'est là le plus grand défi des fintechs et du secteur financier au niveau mondial.

Par ailleurs, au travers de mes missions économiques en Chine ou encore en Corée du Sud pour rencontrer des leaders dans le secteur, j'ai observé cette tendance importante dans la collaboration étroite entre le privé et le public afin de généraliser l'IA dans la gestion des risques. Une tendance qui démontre déjà pas mal de succès par l'entremise des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi).

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