Afrique de l'Ouest: Sahel - La France déterminée à lutter contre le djihadisme

Les autorités françaises affichent ouvertement cette volonté malgré la récente libération de quatre otages au Mali, dont la Française Sophie Pétronin et l'homme politique malien Soumaïla Cissé, en échange d'une centaine de prisonniers islamistes. Elles estiment que les négociations engagées avec les terroristes restent une question intérieure malienne qui ne les empêche pas de poursuivre leurs objectifs militaires dans la région.

Depuis que les djihadistes ont été relâchés, dont des cadres, capturés par leurs soins et qui pourraient les retrouver bientôt au front, les militaires français n'ont pas caché leur frustration. De plus, les Français et d'autres peuples épris de paix et de liberté ont du mal à contenir leur indignation.

Répondant à toutes ces préoccupations, le gouvernement français, par la voix du ministre en charge de la Défense, Florence Parly, et du chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, affirme que la France dont 5.100 militaires sont déployés au Sahel dans le cadre de l'opération Barkhane ne va pas changer sa politique militaire au Sahel. « Notre détermination est intacte pour continuer la lutte contre le djihadisme et le terrorisme dans la région (... ). Il n'y a aucune ambiguïté de ce côté et nos partenaires maliens et sahéliens le savent », souligne la ministre française des Armées.

« Il y a des propos qui ont été tenus au moment de la libération de Mme Pétronin qui, me semble-t-il, risquent de fausser l'appréciation qu'on doit avoir de la situation au Mali, de l'engagement des armées françaises », estime de son côté le général François Lecointre. « Il doit être très clair pour l'ensemble des familles qui ont perdu des leurs dans le combat que nous menons au Mali depuis des années que nous ne dévions pas de ligne, que notre combat reste le même et qu'il est tout aussi légitime qu'il l'était », soutient-il. Pour ce haut gradé de l'armée française, le combat mené vise notamment « une organisation terroriste internationale » et des groupes terroristes qui ont fait allégeance à Al-Qaida. Il fait référence au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans que dirige Iyad Ag Ghaly.

« La France félicite aujourd'hui le gouvernement. Mais est-ce que tout le monde était d'accord sur le prix à payer ? Je ne peux pas imaginer que Paris soit satisfaite de la libération d'autant de djihadistes », relève, quant à lui, un chercheur français qui a requis l'anonymat, vu la sensibilité du sujet. « C'est évidemment très délicat pour la France car il y a une contradiction », estime-t-il, allusion faite à des voix qui dénoncent la libération de plusieurs djihadistes.

Ag Ghaly, prochaine cible de la force française

La libération de Sophie Pétronin, 75 ans, enlevée le 24 décembre 2016 à Gao (nord du Mali), expose au grand jour une divergence majeure entre Paris et Bamako : le Mali a fait libérer l'otage française en négociant avec les groupes djihadistes, ce que la France, présente militairement au Sahel, s'interdit officiellement de faire. Pourtant, les deux pays sont censés travailler main dans la main, autour de la force française antidjihadiste Barkhane déployée au Sahel depuis 2014 (plus de 5.000 soldats). Ce qui s'avère nécessaire puisqu'ils font ensemble face à une nébuleuse de groupes terroristes liés à Al-Qaïda ou au groupe Etat islamique, qui écument le nord du pays et une zone très vaste entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

Si la récente libération des otages témoigne de ce que les militaires arrivés au pouvoir au Mali ont des discussions permanentes avec les djihadistes, Paris pense que cela ne l'empêche pas de poursuivre la lutte contre ces islamistes. C'est fort de cette volonté qu'en juin dernier la France revendiquait l'exécution du chef historique d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, l'Algérien Abdelmalek Droukdal. Un haut-responsable militaire de Barkhane l'admettait peu après sans détour, soulignant que « la mise hors de combat d'Ag Ghaly serait certainement un plus ».

Michael Shurkin, analyste de la Rand Corporation, un institut américain de stratégie militaire, est convaincu que Ag Ghaly demeure l'objectif numéro un de Paris. « Sa mort constituerait une victoire bien plus significative sur le plan opérationnel que celle de Droukdel. Car Ag Ghaly joue un rôle central dans le maintien de la coalition islamiste et a été de loin le chef de guerre touareg le plus important depuis le début des années 90 », poursuit-il. Quant au fait selon lequel l'actuel gouvernement malien n'a pas coupé les ponts avec le Nord, précisément en matière de négociation, l'Américain rappelle que beaucoup d'accords signés par le Touareg depuis trente ans ont surtout servi les intérêts propres de ce chef djihadiste. « Il n'y a pas de paix à espérer avec lui », assure-t-il.

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