Maroc: Le gouvernement appelé à revoir sa copie

L'absence d'une culture managériale nuit à la qualité des nominations des compétences aux postes de responsabilité

Comment le gouvernement compte-t-il concrétiser le discours Royal appelant à «une révision profonde des critères et des procédures de nomination aux postes supérieurs, afin d'inciter les compétences nationales à intégrer la fonction publique et à la rendre, in fine, plus attractive»?. Selon Mohamed El Wafy, de l'Union marocaine du travail (UMT), la question de l'incitation des compétences à intégrer l'administration publique ne date pas d'aujourd'hui, mais rien de concret n'a été entrepris dans ce sens. «Même la dernière mesure qui consiste à relever le seuil des salaires des compétences recrutées n'a pas donné l'effet escompté.

L'Exécutif a donné plutôt l'air de tester les solutions à appliquer,mais sans grands résultats puisque les cadres préfèrent encore intégrer le secteur privé ou aller chercher à faire carrière sous d'autres cieux», nous a-t-il déclaré.Et de poursuivre : «Aujourd'hui, on se demande comment l'Exécutif compte traduire au concret le dernier discours Royal. Compte-t-il mettre en place un nouveau statut pour le recrutement des cadres supérieurs et notamment ceux chargés de gérer les entreprises et les établissements publics?». Une mise en place qui demande, selon notre interlocuteur, davantage de courage, d'innovation et de créativité.«Les fonctionnaires sont pour une réforme de la fonction publique, mais redoutent que cette réforme porte atteinte à leurs acquis sans régler, pour autant, les vrais problèmes de la fonction publique marocaine.

Une équation où tous les protagonistes seront perdants», nous a-t-il précisé. Selon le rapport sur les ressources humaines accompagnant le projet de loi de Finances 2020, l'administration publique marocaine compte 564.549 fonctionnaires civils, soit 16 fonctionnaires civils pour 1.000 habitants, un niveau comparable aux autres pays. Les fonctionnaires représentent moins de 5% de la population active.

La masse salariale de l'Etat s'élevait en 2019 à 11,8 millions de dollars, en progression de 9% par rapport à 2015. C'est l'équivalent de 9,7% du PIB, 31,5% du budget général de l'Etat et 44,3% de ses recettes ordinaires. Une grande partie de l'effectif du personnel civil de l'Etat est concentré dans un nombre limité de départements.En dehors de la région de Rabat-Salé-Kénitra qui dispose d'un taux d'encadrement administratif de 27,8‰ en raison notamment de la présence des services centraux à Rabat, certaines régions se situent sensiblement au-dessus de la moyenne nationale, comme celle de Drâa-Tafilalet qui affiche un taux de 18,3‰.

A l'extrême, les régions du Sud enregistrent les taux les plus élevés, avec 37,7‰ pour la région de Laâyoune-Sakia El Hamra et 26,7‰ à Dakhla-Oued Eddahab. D'autres régions sont, par contre, relativement sous administrées, comme celle de Marrakech-Safi dont le taux d'encadrement d'administratif est de 13,5‰. Près de 82,5%de ces fonctionnaires civils sont concentrés au niveau de quatre départements ministériels.Le département de l'Education nationale est le premier en termes d'effectifs avec 94,4%, suivi des départements de l'Intérieur, de la Santé et de l'Enseignement supérieur avec, respectivement, 20,5%, 8,9% et 4,0%.

De son côté, Hicham Attouch, professeur d'économie à l'Université Mohammed V de Rabat, rappelle également que le dossier de la réforme de l'administration est récurrent et cela date des années 80.«Pourtant, ce sujet n'a pas constitué l'essentiel du dernier discours Royal puisque dans trois discours Royaux, l'accent a été mis plutôt sur le portefeuille public.Un intérêt qu'on trouve également depuis juillet dernier dans le discours du ministre des Finances et dans la lettre de cadrage du PLF», nous a-t-il indiqué. Et de poursuivre : «En Effet, le véritable enjeu de la fonction publique aujourd'hui n'est pas celui des critères ou des procédures de recrutement,mais plutôt de savoir comment lutter contre la corruption multidimensionnelle (clientélisme,favoritisme,rente... ) au sein de l'administration publique et d'instaurer une nouvelle culture managériale.

Notamment dans un contexte marqué, à la fois, parla volonté de l'Etat de remodeler les établissements et entreprises publics (EEP) en les transformant en des organismes regroupés sous des pôles plus spécialisés et plus efficients (industrie, mines, transport et logistique, finances...) et de faire disparaître nombre d'organismes publics dont les missions sont achevées mais qui continuent à engloutir de l'argent public».

Pour notre source, il y a un changement de cap de l'Etat qui assume, aujourd'hui, de plus en plus un rôle stratégique en occupant peu à peu moins d'espace. «Ce nouveau rôle exige une administration dynamique, agile,flexible et proactive. Et cela induit le recrutement de nouveaux profils qui doit être fait sur un seul critère, à savoir la méritocratie», a-t-elle conclu.

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