Congo-Kinshasa: Enjeux de l'heure - Félix Tshisekedi entre dissolution du Parlement et nomination d'un informateur

On l'avait prédit, la cérémonie de prestation de serment des trois juges constitutionnels, le 21 octobre, en l'absence des présidents des deux chambres du Parlement, du Premier ministre ainsi que des parlementaires et ministres du Front commun pour le Congo (FCC), allait faire tâche d'huile.

Aujourd'hui, la crise est ouverte entre les deux principales forces politiques de la coalition au pouvoir. Entre le FCC et Cach, rien ne sera désormais plus comme avant d'autant plus que tous les ingrédients sont réunis pour une déflagration aux conséquences incalculables.

Au FCC où l'on perçoit le coup de force de Félix Tshisekedi à la fois comme un affront et une provocation, l'on réfléchit déjà comment tempérer ses ardeurs dans un contexte où son ancrage populaire va en se consolidant. En effet, dans l'imaginaire collectif, c'est un véritable coup de boutoir que Félix Tshisekedi a assené à ses partenaires de la coalition en recevant le serment des trois juges constitutionnels nonobstant les accusations de violation de la Constitution lui imputées. Le FCC qui n'est pas prêt à subir l'humiliation entend rebondir en surfant, s'il en faut, sur une mise en accusation éventuelle du chef de l'Etat pour haute trahison.

Dans les milieux kabilistes, le scénario est de plus en plus évoqué pour recadrer, en tant que majorité parlementaire, un partenaire politique qui prend de plus en plus des ailes avec ces relents dictatoriaux manifestes.

Conscient des enjeux et, surtout, du remue-ménage provoqué par la prestation de serment controversé des trois juges constitutionnels, Félix Tshisekedi, en tant que garant du bon fonctionnement des institutions, a intérêt à jouer la carte de la tempérance. Ce 23 octobre, il va s'adresser à la nation, à en croire un communiqué de son directeur de cabinet, Eberande Kolongele. Que va dire le chef de l'Etat à la lumière de la crise qui secoue actuellement la coalition FCC-Cach ?

En tout cas, les spéculations vont bon train. Pour maints observateurs, il n'est pas exclu qu'après avoir désillusionné le FCC, que Félix Tshisekedi reste dans sa logique combative, en forçant cette fois-ci le départ du Premier ministre pour insubordination, quitte à nommer un informateur pour identifier la nouvelle majorité. Les relations entre le chef de l'Etat et le Premier ministre n'étant plus au beau fixe, ce dernier ayant plus d'une fois donné la preuve de sa redevabilité à son autorité morale, le sénateur Joseph Kabila, il est plus que temps de mettre fin à cette pseudo collaboration bâtie sur du sable mouvant, indique-t-on.

Entre-temps, les plus extrémistes veulent pousser Félix Tshisekedi à dissoudre carrément le Parlement conformément à l'article 148 de la Constitution. Un pari tout de même risqué pour lui, étant donné qu'une telle perspective exige l'organisation des élections législatives dans soixante jours avec le risque de faire sombrer le pays dans un cycle infernal d'incertitudes sans oublier la procédure que requiert l'application d'une telle disposition constitutionnelle.

Très attendu, le message de Félix Tshisekedi de ce vendredi donnera un aperçu du niveau de la crise qui secoue la coalition FCC-Cach. Soit qu'il joue au sapeur-pompier en rappelant aux uns et aux autres le sens de leurs engagements, juste pour tenter de racoler les morceaux d'une alliance au bord du chaos, soit qu'il pousse la tension à l'extrême en surfant sur un triomphalisme susceptible d'exacerber une tension déjà perceptible. Les prochaines heures nous en diront davantage.

Plus de: Les Dépêches de Brazzaville

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