Nigeria: Médias incendiés, journalistes agressés, la liberté d'informer gravement menacée

President Muhammadu Buhari.
communiqué de presse

Reporters sans frontières (RSF) est extrêmement préoccupée par les graves attaques perpétrées contre les journalistes et médias nigérians en marge d'importantes manifestations dans le pays.

L'organisation demande aux autorités de mettre fin aux violences contre les reporters et de garantir leur sécurité.

Une partie des studios et plusieurs véhicules de la chaîne d'information en continu nigériane TVC News ont été incendiés mercredi 21 octobre lors des manifestations contre le président Muhammadu Buhari et les violences policières "#EndSARS" à Lagos, la capitale économique du pays.

Au même moment, des hommes armés à moto envahissaient le siège de The Nation, l'un des journaux privés les plus populaires, avant de mettre le feu à sa façade.

Les deux médias sont liés à un ancien gouverneur de l'Etat, Bola Tinubu, également dirigeant national du Congrès progressiste (APC) au pouvoir.

Selon les informations obtenues par RSF, au moins trois autres médias audiovisuels, Channels Television, Africa Independent Television et Ray Power radio, ont également été forcés d'interrompre leurs activités après des attaques similaires à Lagos et à Benin City.

Depuis le début de ces importantes manifestations en marge desquelles plusieurs dizaines de personnes ont été tuées, de nombreux journalistes ont également été agressés, aussi bien par des manifestants violents ou des policiers.

Le 11 octobre dernier, Gimba Kakanda, le journaliste du Daily Trust a été interpellé puis brutalisé au poste de police d'Abuja, la capitale du pays.

Selon son témoignage, les policiers ont crevé les pneus de sa voiture puis jeté son téléphone par terre avant de menacer de le tuer. Depuis le début du mouvement, RSF a déjà recensé 12 cas d'attaques contre les journalistes.

"Les graves violences commises contre les journalistes et médias nigérians nous font craindre le pire, déclare le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger.

Les autorités ne peuvent pas attendre que les journalistes qui couvrent ces manifestations viennent allonger la liste des victimes.

Nous leur demandons de mettre fin aux violences contre les reporters et d'assurer leur sécurité lorsqu'ils sont pris à partie.

Il n'est pas normal que le Nigéria demeure, années après années, l'un des seuls pays d'Afrique de l'Ouest où les journalistes risquent leur vie dès qu'ils couvrent d'importantes manifestations."

En 2019 et 2020, deux journalistes, Precious Owolabi et Alex Ogbu, avaient été tués par balles dans l'exercice de leurs fonctions lors de manifestations au Nigeria. Les auteurs n'ont jamais été identifiés.

Le Nigeria occupe la 115e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2020.

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