Ile Maurice: Centrale thermique à Pointe-Monnier - Le trio CEB-BWSC-PAD CO à nouveau soupçonné de corruption

Alors que le scandale de la centrale SaintLouis continue d'alimenter l'actualité, une autre affaire de corruption fait surface. Il s'agit de l'extension de la centrale thermique de Pointe-Monnier, à Rodrigues. Selon les enquêteurs de l'ICAC, le même modus operandi adopté pour l'allocation du contrat de la centrale de Saint-Louis a été appliqué.

Il semble que le Saint-Louis Gate soit une véritable boîte de Pandore. Les enquêteurs de l'Independent Commission against Corruption (ICAC) sont tombés sur des éléments compromettants qui pourraient déboucher sur une autre affaire de corruption, impliquant une nouvelle fois le Central Electricity Board (CEB), la firme de construction PAD CO et la société danoise Burmeister & Wain Scandinavian Contractor (BWSC). Il s'agit de l'extension de la centrale thermique de Pointe-Monnier, à Rodrigues.

Le contrat avait été alloué à BWSC en 2011 pour la somme de Rs 500 millions, à savoir 8 995 679 €, en plus de Rs 122 786 378. D'après nos renseignements, le modus operandi adopté pour l'allocation du contrat pour l'extension de la centrale thermique à Pointe-Monnier est le même que pour la centrale de Saint-Louis, ont conclu les enquêteurs de la commission anticorruption.

Au cours de l'enquête dans l'affaire Saint-Louis, ces derniers sont tombés sur une «documentary evidence», donnant des indications selon lesquelles l'appel d'offres aurait été taillé sur mesure. Ils soupçonnent également qu'il y a eu fuites d'informations. D'ailleurs, ils ne sont pas les seuls. Quand un soumissionnaire malheureux avait saisi l'Independant Review Panel (IRP), l'instance avait évoqué la «breach of confidentiality» .

Les enquêteurs sont d'avis que les informations confidentielles proviennent du CEB, afin de favoriser la société danoise BWSC par l'intermédiaire de la société PAD CO - sous la direction de Philippe Alain Hao Thyn Voon - pour les travaux à Pointe-Monnier. L'ICAC est en présence de preuves démontrant qu'une stratégie aurait été mise en place afin que BWSC obtienne le contrat du CEB pour les travaux à Rodrigues. L'enquête de la commission anticorruption devra confirmer si l'exercice d'appel d'offres a effectivement été taillé sur mesure.

Les enquêteurs de l'ICAC devraient convoquer, prochainement, des anciens du CEB, ceux toujours en poste, ainsi que ceux qui étaient responsables de la préparation des documents de l'appel d'offres. Ils se penchent en outre sur les avantages qu'aurait tiré la firme danoise à travers l'axe PAD CO-CEB concernant tous les gros contrats octroyés durant ces deux dernières années.

La genèse de ce projet remonte au 15 janvier 2010, quand le Central Procurement Board avait lancé un exer- cice d'appel d'offres international. À cette époque, Chavan Dabeedin était le directeur général du CEB, mais il avait quitté son poste en novembre de la même année, après des allégations à son encontre concernant l'achat d'ampoules économiques. Nous l'avons contacté au téléphone, mais un de ses proches, qui a répondu à l'appel, nous a fait savoir qu'il ignorait tout de cette affaire.

Par la suite, c'est Shyam Thannoo qui prit les rênes du CEB. Ce dernier non plus n'a pas répondu à nos appels.

Le premier exercice d'évaluation critiqué par l'IRP

Violationde confidentialité ou encore un comité mal constitué pour évaluer les offres. Tout comme dans le cas de Saint-Louis, le projet de Pointe-Monnier avait fait l'objet d'une contestation devant l'IRP en 2010. Le consortium Man-Sotravic avait saisi cette instance après qu'un Bid Evaluation Committee (BED) chargé d'évaluer les offres pour le compte du CEB avait désigné la société danoise BWSC pour effectuer des travaux au coût de 8 995 679 € en plus de Rs 122 786 378. Toutefois, après avoir écouté les parties concernées, les responsables de l'IRP, à ce moment-là le Dr Moussa Allybokus (président) et ses deux assesseurs, Denis Vellien et Esther Hanoomanjee, ont été très critiques, demandant même un nouvel exercice d'évaluation des offres.

Dans un premier temps, la mauvaise constitution du BED a été pointée du doigt. Sur les cinq membres de ce comité, il y avait trois cadres du CEB sans compter la présence de son consultant, un certain D. Bingham. «There is nothing which prohibits the designation of an engineer from the Central Electricity Board to sit in the Evaluation Committee. But the designation of three engineers out of five members coupled with the assistance of the consultant of the Central Electricity Board on the project undoubtedly constitute in our view serious deficiencies in the evaluation process», avaient écrit les trois membres de l'IRP.

Un peu plus loin, l'IR devait ajouter que la position du CEB démontrait qu'il y a eu un manquement. «It is therefore not surprising in the light of the above that the Central Electricity Board most probably after legal advice upon the impropriety of the composition of the Committee and the significant role assigned to Mr D. Bingham in the evaluation process took the decision not to object to a reevaluation with a different composition of the members of the Committee. This resembles more to an admission by the Central Electricity Board of the existence of deficiencies in the composition of the Evaluation Committee set up by the Central Procurement Board», avait-il conclu.

Un rapport d'évalua- tion ou des notes personnelles concernant l'exercice d'évaluation en possession d'un avocat et des membres du BED avait également été critiqué par les membres de cette instance, qui avaient jugé que c'était une violation de confidentialité. MAN-Sotravic avait fait une proposition initiale de 8 320 000 € en plus de Rs 135 000 000. Le consortium avait saisi cette instance en s'appuyant sur plusieurs points, jugeant que son offre n'avait pas été évaluée convenablement. De plus, le soumissionnaire malheureux avait jugé les procédures d'évaluation des offres «injustes» car elles l'avaient placé dans une position désavantageuse. Finalement, le CEB avait mal ajusté sa proposition.

Plus de: L'Express

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