Madagascar: Fintech - Crypto-monnaie, risque ou opportunité ?

Par rapport aux systèmes de paiement traditionnel, la monnaie virtuelle s'impose peu à peu comme une alternative intéressante compte tenu de contraintes imposées par la situation de pandémie qui prévaut.

Innovation. Face aux monnaies traditionnelles, les crypto-monnaies présentent un certain nombre d'avantages, notamment sur leur simplicité et leur faible coût d'utilisation. En effet, ce type de monnaie permet des transferts entre deux parties extrêmement rapides, de l'ordre de la seconde à la minute, des transferts qui ne sont ni limités géographiquement, ni administrativement par des plafonds, ni supervisés par les banques centrales, mais aussi et surtout des frais de transfert faibles en raison de la quasi-absence d'intermédiaires financiers. Cette absence d'intermédiaire simplifie et amoindrit les coûts sur les mouvements financiers dans le domaine de la cryptomonnaie.

Cependant, cela représente aussi des risques conséquents pour les utilisateurs de ce système. Raison pour laquelle, la banque centrale, dans son rôle de régulateur, s'intéresse au processus de cadrage du domaine de la finance et technologie « FinTech » pour protéger les investisseurs sans brider l'innovation sur les monnaies numériques.

Dans cette tentative de contrôle, la banque centrale de Madagascar a ainsi consulté les promoteurs de la FinTech locale les plus visibles à Madagascar et qui ne sont pas sous la supervision de la Banque. L'objectif étant de présenter aux promoteurs la mission de BFM dans cet environnement en pleine effervescence et de survoler les activités au sein du secteur. Une démarche de consultation qui permettra à la BFM de mieux comprendre la portée et les enjeux de ces initiatives innovantes afin de pouvoir accompagner leur développement dans un cadre plus sécurisé, plus transparent et conforme aux politiques monétaires et aux objectifs de stabilité financière.

La genèse

Vingt ans déjà que le premier système de paiement électronique distribué anonyme a vu le jour. Un système qui, par la suite, donnera naissance aux cryptomonnaies connues de tous à présent et qui sont des monnaies utilisables pour effectuer des paiements en ligne sur un réseau informatique décentralisé à l'instar du fameux «bitcoin». Afin de se mettre en contexte, il est ainsi utile de mentionner que le cours actuel pour un bitcoin est de cinquante millions neuf cent-onze mille six cent-vingt ariary.

Selon wikipedia « Le Bitcoin est une cryptomonnaie autrement appelée monnaie cryptographique. Dans le cas de la dénomination unitaire, on l'écrit bitcoin et, dans le cas du système de paiement pair-à-pair on l'écrit Bitcoin. L'idée fut présentée pour la première fois en novembre 2008 par une personne, ou un groupe de personnes, sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. Le G20 considère que le Bitcoin est un crypto-actif Ce terme « crypto-actif » fait alors référence à « des actifs virtuels stockés sur un support électronique permettant à une communauté d'utilisateurs les acceptant en paiement de réaliser des transactions sans avoir à recourir à la monnaie légale. Le système fonctionne sans autorité centrale, ni administrateur unique. Il est géré de manière décentralisée grâce au consensus de l'ensemble des nœuds du réseau. Bitcoin est la plus importante monnaie cryptographique décentralisée, avec une capitalisation de cent trente milliards de dollars au 1er janvier 2020 »

Tous azimuts

Le bitcoin aura marqué et commencé l'histoire de la cryptomonnaie. Mais depuis ces deux décennies de mise en circulation, d'autres monnaies numériques ont aussi suivi le pas du géant avec, cependant, des objectifs plus modestes et plus ciblés. Notamment avec les crypto monnaies exclusivement dédiée au continent africain ou encore pour les utilisateurs de la langue française entre autres.

Suivant la même tendance du bitcoin, la monnaie virtuelle francophone «Paypite» a été annoncée officiellement à Madagascar récemment. «La Paypite est une crypto-monnaie au même titre que le Bitcoin, la plus célèbre des cryptomonnaies, mais qui s'adresse plus particulièrement aux pays francophones. Via une approche simple et un développement de services adaptés à tous. Notre concept permet au plus grand nombre d'accéder à la crypto-monnaie, de cette façon, la gestion du portefeuille de cryptomonnaie devient presque un divertissement qui permet d'accéder au monde de la finance et du marché boursier», explique Jouber Mayet, directeur national de Paypite à Madagascar. Créée en 2017, la crypto-monnaie francophone observe déjà une progression assez remarquable selon ses concepteurs. Ainsi, il n'est pas exclu qu'un jour, sa valeur puisse être similaire à celle du bitcoin.

D'un autre côté, la première cryptomonnaie Africaine baptisée « SimbCoin » a été dévoilée en début d'année à Madagascar par la firme Global Investment Trading (GITM). « C'est le bitcoin de l'Afrique. Il facilite et simplifie les échanges au sein du continent en utilisant une monnaie commune. Les principaux freins au commerce entre Africains sont les coûts élevés des transactions financières internationales pouvant aller jusqu'à 20%, la sous-bancarisation d'une moitié de cette population ou encore la non-convertibilité des monnaies. L'intérêt d'une monnaie commune est de lever ces barrières et de développer une véritable union économique. Créée l'année dernière, la cryptomonnaie est la première monnaie virtuelle qui simplifie les échanges entre les Africains. Basée sur la blockchain, elle permet un transfert d'argent sans frais et quasiment immédiat dans tous les pays du monde. SimbCoin vient proposer un modèle de transaction fonctionnel susceptible de booster le rendement d'un investissement », explique Nicole Rasolonjatovo, manager de GITM.

Enfin et non des moindres, le crypto malgache n'est non plus en reste avec Andrinirina Razafimbelo, jeune entrepreneur dans la vingtaine qui est en train de promouvoir la vulgarisation de la crypto-monnaie malgache à travers une démarche qui a commencé par la conception de cartes servant à alimenter un portefeuille électronique en ligne. Baptisé « Lemurcoin » son produit répond à un besoin coïncidant à un accroissement incessant des activités professionnelles rémunérées par des transactions financières à distance, datant du confinement. « Il y a plusieurs freelancers en ce moment qui se plaignent des modes de paiement en ligne étrangers. Pour être correctement rétribués, ce sont deux-cent trente freelancers qui choisissent maintenant d'utiliser Lemurpay. Prélude à la cryptomonnaie Lemurcoin, la Lemurpay identifie deux mille usagers potentiels. Cette situation justifie la création de la cryptomonnaie pour assurer les échanges et fluidifier les transactions» argue le créateur du Lemurcoin.

Nicole Rasolonjatovo, vice-présidente du Refec (Réseau des femmes de la Cryptosphère) - « La Fin Tech répare une injustice économique »

Elle peut-être considérée comme une pionnière de la Fintech à Madagascar. Elle nous précise les tenants et aboutissants de ce nouvel format de transactions financières bientôt incontournables à l'échelle planétaire. Si ce n'est déjà le cas.

Pourquoi avoir décidé de vous lancer dans la FinTech ?

J'ai toujours été concernée par les problématiques économiques que pouvaient rencontrer l'Afrique, en général et Madagascar en particulier. Toutes les actions que j'engage en tant que femme entrepreneure malgache répondent à un désir de contribuer à solutionner un besoin réel concernant la liberté d'entreprise et de circulation des biens et des capitaux.

Pourquoi la crypto-monnaie africaine ?

Parce que c'est une révolution du système économique et du mode de transaction financière mondiale qui favorise l'Afrique, dont Madagascar. La Fin Tech permet de réparer une injustice économique. Ce domaine vient répondre au problème d'exclusion bancaire. Elle favorise la croissance des petites et moyennes entreprises. C'est également un domaine d'activité qui ouvre de nouvelles possibilités de circulation de biens et de capitaux tout en permettant une concurrence saine aux acteurs du secteur privé.

L'univers des startups de la finance est encore bien trop masculin. Que pensez-vous de cette affirmation ?

Il est bien vrai que c'est un secteur où l'on s'attend peu à voir des femmes opérer, on nous attend souvent dans le domaine artistique, cosmétique ou encore administratif. Les mentalités aiment à penser à tort que les femmes sont des créatures fragiles qui ne peuvent pas occuper des postes à forte responsabilité ou qu'elles ne peuvent pas absorber un certain niveau de pression. Il ne s'agit pas de manque de compétences, je pense simplement que les femmes n'ont pas encore eu accès aux informations qui pouvaient les inspirer pour faire leur entrée dans ce secteur.

Comment qualifierez-vous la place des femmes dans la FinTech ?

Avant de répondre à cette question, je tiens à dire que je crois dans le potentiel de la femme. Les femmes sont sous représentées dans beaucoup de domaines techniques et la FinTech n'y échappe pas mais il faut quand même dire que les mentalités évoluent et il y a un réel désir de changement ressenti. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle «le REFEC a été créé », dans le but de permettre une plus grande visibilité de l'industrie de la FinTech au grand public et, particulièrement, pour accueillir, conseiller et accompagner les femmes qui veulent comprendre et évoluer dans cette nouvelle industrie numérique.

Plus de: L'Express de Madagascar

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