Madagascar: Cours des changes - L'ariary reste au point mort

Le marché interbancaire des devises, affiché hier par la Banque Centrale de Madagascar ne présage rien de bon pour la monnaie nationale.

Un euro s'achète précisément quatre mille six cent quarante et un ariary tandis qu'un dollar vaut près de quatre mille unités de notre monnaie locale. Comparé aux cours des changes en début d'année, l'ariary semble n'enregistrer aucune progression face aux deux monnaies pivot.

« Cette dépréciation relativement importante de l'ariary confirme en tout cas la projection de la Loi de finances rectificative qui, dans son exposé des motifs, fait état d'une dévaluation de 2,3% le long de cette année. Une dépréciation consécutive notamment à la dépendance de l'économie vis-à-vis des aides extérieures, et au creusement persistant de la balance commerciale. En effet, malgré une offre relativement importante provenant des recettes de la filière vanille, la Grande île continue d'importer beaucoup, notamment du carburant. On assiste également à une hausse importante des biens de consommation qui continue de peser sur cette balance commerciale, défavorable pour Madagascar » détaille un des membres du cercle des économistes de Madagascar (CREM).

Ainsi, après un bilan peu reluisant de l'année dernière, l'ariary continue sa descente effrénée. Selon ses analystes, le meilleur moyen de renverser la tendance en matière de cours des changes, et voir ainsi l'ariary s'apprécier par rapport aux devises de référence que sont le dollar et l'euro, est d'améliorer la productivité agricole et industrielle.

Par ailleurs, la perturbation des chaînes d'approvisionnement mondiales, notamment en provenance de la Chine, entraîne une paralysie des échanges internationaux. Dans ce contexte, le niveau des exportations et importations est amené à baisser drastiquement. Compte tenu de leurs poids sur la balance des biens et services, les importations en valeur subiront une contraction plus importante que celle des exportations.

Gaps

« Avec la crise sanitaire, la balance commerciale a enregistré des gaps considérables. Les exportations ont subi d'importantes baisses de régime pour ne mentionner que le secteur minier qui constitue un des piliers de ces mouvements. D'un autre côté, notre volume d'importation reste quasi incompressible dans la mesure où la majeure partie des produits que nous consommons est d'origine étrangère. Le secteur touristique, grand pourvoyeur de devises est aussi à l'arrêt. Ce qui impacte largement notre réserve de devises » a expliqué Andrianantenaina Ramarifeno, coordonateur national du Cercle des économistes de Madagascar en début des périodes de confinement.

Ainsi, cette dévaluation de l'ariary commence à inquiéter sérieusement le milieu économique. Celui-ci s'attend à une inflation galopante dans les semaines à venir, dans la mesure où cette forte dépréciation de l'ariary présente des impacts considérables sur le pouvoir d'achat des consommateurs malgaches en ces temps de pandémie.

Pourtant, une certaine couche de la société arrive à tirer son épingle du jeu. « Plus l'ariary se dépréciera, plus cela tourne à notre avantage du fait que nos prestations en externalisation de services sont généralement rémunérées en euro », explique un travailleur indépendant dont la majeure partie des clients réside en Europe. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. L'expression n'a jamais aussi bien pris son sens.

Plus de: L'Express de Madagascar

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