Cote d'Ivoire: Kouadio Konan Bertin aux jeunes - « Venez exprimer votre volonté dans les urnes, arrêtez de brûler » !

23 Octobre 2020
interview

Que retenir de cette première semaine de campagne ?

Chaque fois que je vais vers les Ivoiriens, c'est un accueil chaleureux. Je voudrais les féliciter, mais surtout les remercier, parce que j'ai eu le temps de me rendre compte qu'ils sont mûrs. Après une semaine de campagne, j'ai eu toutes sortes de pressions face au boycott. Mais il faut dire que jamais un seul Ivoirien ne m'a lancé une pierre, ne m'a agressé, même verbalement. Les Ivoiriens veulent savoir la vérité. Ils veulent savoir pourquoi ils sont dans la tourmente depuis plus de 27 ans.

Les Ivoiriens veulent savoir qui va les sortir de là, qui va leur garantir une espérance nouvelle. Les Ivoiriens veulent savoir qui va s'occuper de scolariser leurs enfants sans qu'ils payent des frais, qui va les soigner à nouveau. Nos femmes veulent savoir si elles peuvent aller sans crainte accoucher à la maternité. Les Ivoiriens sont fatigués de la guerre. Mais que les gens appellent au boycott de l'élection présidentielle, en temps normal, c'est un moment de rassemblements de peuples.

Qu'on en soit réduit à brûler un pneu par-ci, à agresser par-là, ce n'est pas cela l'adhésion du peuple. Non. Je salue cette maturité. Partout où je passe, les Ivoiriens me disent qu'ils veulent en finir avec ce régime, qu'ils ne peuvent pas accepter cette candidature d'Alassane Ouattara qu'ils considèrent comme une forfaiture. D'accord, si tant est que cette candidature est une forfaiture que vous ne voulez pas, il n'y a pas de problème ! Il n'y a pas deux façons de faire. Il n'y a qu'une seule façon. Venez dans les urnes, venez voter, exprimer votre désir. On me dira que les dés sont jetés. Non ! Macky Sall a vaincu Abdoulaye Wade qui avait une commission électorale à sa solde.

Laurent Gbagbo a vaincu Robert Guéi en 2000 qui avait et l'armée et la commission (électorale). Rien ne peut freiner la volonté d'un peuple tant que ce peuple est debout et qu'il a une volonté à exprimer. Venez exprimer votre volonté dans les urnes ! Arrêtez de brûler, de mettre la vie des autres en danger ! Ce n'est pas cela l'âme de la Côte d'Ivoire. Ce n'est pas cela l'âme du peuple ivoirien. C'est ma conviction profonde. Je peux me tromper, mais c'est ma conviction. La politique doit se faire autrement. Elle peut se faire autrement. Des hommes pour le faire, il en existe encore dans ce pays. Je ne désespère pas parce que je crois en ce pays. Et je veux incarner une espérance nouvelle pour le peuple de Côte d'Ivoire.

Sur quoi allez-vous mettre l'accent lors de la deuxième semaine de campagne électorale ?

Je veux dire aux Ivoiriens que dans ce pays, sur trois Ivoiriens, deux ont moins de 25 ans. Je veux que les jeunes comprennent que c'est leur temps. C'est leur heure qui est arrivée. Ma candidature est une aubaine pour eux. Ils doivent s'en saisir pour leur propre émancipation parce qu'il faut qu'ils pèsent dans le débat. Pourquoi ils ne se sont pas bousculés pour se faire enrôler sur les listes électorales ? Quand vous les interrogez, ils vous disent que c'est une affaire de vieux. Voilà bientôt 30 ans que ça dure, avec les mêmes visages, les mêmes scènes, les mêmes méthodes. Qu'on se comprenne bien : ce que je reproche à mes adversaires, ce n'est pas leur âge, mais plutôt l'âge de leurs méthodes, de leurs idées.

Ça ne peut plus continuer comme ça dans ce pays. Il faut changer de logiciel politique. Il faut responsabiliser les jeunes, comme Houphouët l'aurait fait s'il était vivant. Houphouët, le visionnaire, l'a fait déjà. Nos jeunes sont pleins de talent, pleins de compétences. Ils ont tous des diplômes. Comment expliquez-vous que dans ce pays qui regorgent de diplômés, de médecins, que ce soit maintenant que la Côte d'Ivoire piétine, qu'elle recule, alors même que nos paysans continuent de produire ? C'est que le pays a mal quelque part. J'ai identifié ce mal : c'est sa classe politique. Il faut soigner la Côte d'Ivoire.

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