Sénégal: Un peu plus d'un mois après son déclenchement - Orsec «patauge» toujours dans les eaux de pluies

24 Octobre 2020

L'hivernage 2020, conformément aux prévisions météorologiques, a été très pluvieux en Afrique de l'Ouest et particulièrement au Sénégal. Dans notre pays, les fortes pluies enregistrées le week-end du samedi 5 au dimanche 6 septembre dernier ont semé tristesse et désolation avec leurs lots d'inondations, de dégâts matériels et infrastructurels couronnés par des pertes en vies humaines dans plusieurs localités.

Face à l'ampleur de la catastrophe, le président de la République, Macky Sall, a donné instruction au ministre de l'Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, chargé de la Sécurité publique, de déclencher le Plan national d'organisation des secours (Plan Orsec). Une enveloppe de 10 milliards de FCFA a été annoncée, dans l'immédiat, pour venir à bout de ces inondations, dont une somme de 3 milliards destinée à l'appui direct aux victimes, sous le rapport des autorités au niveau des différentes localités, et 7 autres pour accompagner les services de l'ONAS, d'Ageroute et des Sapeurs-pompiers sur le terrain. Un peu plus d'un mois après, force est de constater que le Plan Orsec peine à soulager effectivement des sinistrés qui sont encore nombreux à attendre de voir la couleur de l'argent des «cash transferts» promis après leur recensement. Retour sur les zones inondées à Keur Massar, Saint-Louis, Diourbel et Ziguinchor.

PLAN ORSEC A KEUR MASSAR : : L'Opération «Fendi» pas encore effective dans les Parcelles Assainies

Quelques jours après le déclenchement du Plan Orsec, le gouverneur de Dakar, Al Hassan Sall, a lancé l'Opération «Fendi» pour assécher les zones inondées de la capitale qui comptait déjà 7 300 déclarations de sinistre dans sa base de données, le lundi 21 septembre 2020. Doté d'un budget de 300 millions de F CFA, ce budget est évolutif, «Fendi» avait pour finalité d'évacuer rapidement les eaux des zones sinistrées, notamment à Keur Massar. Seulement, un mois après, dans cette dernière localité plus affectée par les inondations dans la banlieue, les dernières pluies du 13 octobre ont réduit à néant tous les efforts consentis jusque-là et ayant permis la libération auparavant de 228 maisons inondées entre Unité 3 et Camille Basse ; compromettant du coup le retour programmé de 2300 personnes chez eux.

L 'Etat du Sénégal a déployé des moyens pour lutter contre les inondations dans la zone de Keur Massar, commune la plus sinistrée par les fortes pluies, avec la mise en œuvre du Programme de gestion des eaux pluviales, mais ces ouvrages n'ont pas pu contenir le trop plein des eaux de ruissellement cette année. Il y a des zones qui sont dépourvues d'ouvrage de drainage des eaux de pluie, c'est le cas des Parcelles Assainies vendues par la Société nationale des habitations à loyer modéré (SN-HLM), sans assainissement des cités. Une situation qui a accentué le calvaire des populations qui continuent de pointer du doigt la SN-HLM qui «est responsable» de tous leurs maux. Le lancement du Plan Orsec, suite aux fortes pluies du week-end du samedi 5 au dimanche 6 septembre, a suscité beaucoup d'espoir chez les populations de la commune de Keur Massar où plusieurs maisons ont été envahies par les eaux. Quelques quartiers sont tirés des eaux ; par contre beaucoup d'autres familles et ménages sinistrés continuent de vivre le calvaire des eaux de pluie.

DES SINISTRES QUI REFUSENT DE QUITTER LEURS MAISONS DE PEUR D'ETRE CAMBRIOLES A LEUR INSU

Les autorités administratives ont procédé, avec l'appui des délégués de quartiers, au recensement des personnes qui veulent quitter de leur propre gré leur maison dans le but de regagner le camp de sinistrés créé pour la circonstance. Plusieurs rotations ont été effectuées par les zodiaques pour extirper les plus vulnérables au fond des cités (Camille Basse, PA-Unité 3... ) submergées par les eaux qui peuvent atteindre 1,50 m pour les ramener au rivage. Des tentes ont été érigées à Jaxaay et à l'arrêt 54 de Keur Massar, devant abriter les sinistrés. Par contre, bons nombre de sinistrés, plus sceptiques, ont opté de rester et de vivre avec les eaux dans leurs maisons. Pour les maisons en étages, les habitants quittent le rez-de-chaussée pour aller s'entasser dans les niveaux supérieurs. «On ne peut pas quitter nos étages et aller dans les tentes en laissant nos meubles et autres bagages dans la maison, sans sécurité. On préfère rester dans les eaux pour surveiller nos bagages car on ne peut pas les déplacer. Il y a des voleurs qui peuvent démonter le matériel la nuit ; on vole les compteurs électriques en ces situations», à laisser entendre un père de famille sinistré qui évoque le problème des zones inondées et des sinistrés. Cette situation, les populations de la banlieue submergée par les eaux de pluie l'ont vécu dans certaines zones où les voleurs profitaient du calvaire des populations délogées pour démonter les disjoncteurs, des ardoises et autres poutres qu'ils revendaient sur le marché. Il arrive qu'on déplore des cas d'électrocutions de voleurs dans des maisons inondées. Le déplacement des personnes qui n'ont pas regagnées les sites de recasement se faisait avec l'aide des zodiaques, des fois des radeaux de fortune.

LA PREMIERE PHASE DE POMPAGE REUSSIE

Avec près de 62 hectares occupées par des eaux de pluie, les autorités ont déployé des moyens pour le pompage. Avec une électropompe de 3000 m3/heure installée entre Camille Basse et l'Unité 3, qui constitue l'épicentre des inondations causé par sa position de bas fond, même si l'Unité a bénéficié de 3 circuits d'ouvrage pour drainer les eaux vers le versant de la forêt classée de Mbao, on a noté une petite accalmie, dans la première (1ère)phase de pompage. Il ne restait plus qu'à lancer une deuxième (2e) opération qui consistait à installer de petites motopompes dans les différents quartiers pour évacuer les petites flaques d'eau pour ensuite pouvoir progresser dans les quartiers des autres unités, distants de plus de 2 km à l'intérieur. Après avoir constaté et apprécié l'effort des Sapeurs-pompiers, avant la période du 13 octobre, le délégué de quartier a soutenu : «on a libéré le poste électrique, deux (2) écoles privées, deux (2) daaras, les 228 maisons inondées qui abritait 2300 habitants. Et il était possible de circuler librement, les populations pouvaient vaquer à leurs occupations et la vie avait repris. Le niveau des eaux qui étaient de 150 cm est descendu jusqu'à 10 cm. On a pompé 930.000 m3 d'eau à l'unité 3», a indiqué El Hadj Daouda Mbaye, le délégué de quartier de l'Unité 3 de Parcelles Assainies de Keur Massar. Mais cette victoire sur les eaux de pluies occupant les concessions ne sera que de courte durée.

LES AVERSES DU 13 OCTOBRE ANNIHILENT LES EFFORTS DE POMPAGE

Dans la nuit du 12 au 13 octobre, alors que ces populations pensaient avoir fini avec l'hivernage à Dakar, les fortes pluies qui se sont abattues dans la banlieue ont plombé tous les efforts consentis pour le pompage ; les opéra tions de retours programmés sont vouées à l'échec. Tous les quartiers environnants de l'Unité 3 sont devenus des réservoirs d'eau. La pluie a complètement bouleversé la donne dans ces quartiers où le retour des sinistrés se préparait. L'Unité 3 a renoué avec «sa vocation» de réceptacles des eaux de pluies des autres localités comme Aladji Pathé, Cité Serigne Mansour Sy, Keur Madiabel, les Unités 9 ; 14 ; 25 ; 27 ; 5 et 6 des Parcelles Assainies. De même, les Sapeurs-pompiers, qui avaient commencé à plier bagages, ont redéployé le dispositif d'antan pour tenter d'assécher les zones impactées. De l'avis du délégué de quartier, M. Mbaye, les efforts ne concernent qu'une partie de la commune. «Le pompage se limite à Aladji Pathé, Unité 3. Aucune motopompe n'est opérationnelle au niveau de l'Unité 15 ; on a juste pré-positionné quelques camions hydro cureurs qui sont impuissant devant ce tropplein d'eau. Au niveau des Unités 25 ; 23, etc. c'est la même situation», déplore ce dernier qui renseigne que seules les unités qui font face à la route principales sont concernées par le pompage à savoir les Unités 3 et 9. La situation est loin d'être gérée comme il le faut. Pis, actuellement, dans ces zones, les populations commencent à être infestées par les eaux stagnantes.

LA DEMOGRAPHIE GALOPANTE ET L'EVOLUTION DES CONSTRUCTIONS, LES AUTRES RACINES DU MAL

La situation de l'expansion démographique de la commune de Keur Massar est remise sur la table. Avec une population qui avoisine les 590.000 habitants (hbts), sur une superficie de 25 km2 pour 133 quartiers, Keur Massar a une densité qui dépasse de loin celle de la capitale, avec 23.600 hbts/km2 alors que la région de Dakar fait 6000 hbts/km2. La démographie galopante et l'évolution des constructions causent de sérieux problèmes de pénétration des eaux pluviales au niveau de la nappe. Le ruissellement dépasse de loin l'infiltration, ce qui est un facteur accentuant les inondations. «Il urge de créer des systèmes de canalisations sans quoi cette localité vivra difficilement dans les années à venir. On sollicite beaucoup du Programme décennal de lutte contre les inondations et nous comptons sur le démarrage du Projet de canalisation des phases 2 et 3 du Progep (Programme de gestion des eaux de pluie, ndlr) qui sont les seuls issues pour sauver les populations de cette importante banlieue qui tend à être érigé en département», a indiqué le délégué de l'Unité 3.

Plus de: Sud Quotidien

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