Guinée: Election présidentielle - Qu'espérait donc Cellou Dalein Diallo !

Une femme vote dans un bureau dans le quartier Camayenne. Le 18 octobre 2020.
analyse

De quoi cette journée de lundi et, plus généralement, cette dernière semaine d'octobre seront-elles faites en Guinée ?

En effet, le pouvoir a réquisitionné l'armée pour le maintien de l'ordre, tandis que l'opposition appelle à des manifestations dans tout le pays dès aujourd'hui. C'est dans cette situation tendue où pouvoir et opposition se regardent en chiens de faïence qu'est arrivée hier dimanche, en mission de diplomatie préventive, une délégation conjointe de la CEDEAO, de l'Union africaine et des Nations unies. Que pourra-t-elle faire pour éviter une déflagration générale ?

C'est connu, sans surprise, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé samedi dernier la victoire du président sortant, Alpha Condé, au grand dam de Cellou Dalein Diallo qui, depuis lundi, s'est proclamé vainqueur de l'élection présidentielle.

On prend donc les mêmes et l'on continue le feuilleton dramatique d'une crise politique qui n'en finit pas d'endeuiller la Guinée depuis de longs mois. Ainsi, 18 nouveaux macchabées sont venus alourdir le passif de 97 victimes tuées par balles depuis qu'Alpha Condé s'est abonné au jeu de massacre de l'alternance politique, en tripatouillant la Constitution pour s'ouvrir les portes d'un troisième mandat. L'opposition a eu beau crier à la forfaiture démocratique, et mettre la rue à contribution, rien n'y fit : Alpha Condé tient sa victoire en un coup K.-O. avec un score respectable de 59,51% des suffrages exprimés selon les chiffres officiels de la CENI.

La légalité est sauve ! Pour ce qui est de la légitimité, il faudra repasser. De fait, du référendum constitutionnel controversé au retrait de 2 commissaires de la CENI des travaux de centralisation des résultats du scrutin du 18 octobre en passant par le non-accès des représentants de l'opposition aux procès-verbaux de comptage des suffrages dans les bureaux de vote, il y a assurément beaucoup d'eau dans le gaz du processus électoral guinéen. On pêcherait donc contre l'esprit à soutenir que la démocratie se porte bien au pays de Sékou Touré. A qui la faute si ce pays tangue dangereusement entre stigmatisation communautariste et violences politiques meurtrières ?

A Alpha Condé, pour sa boulimie du pouvoir mais aussi à Cellou Dalein Diallo pour son radicalisme et sa propension à l'anarchie. Et si Alpha Condé, l'opposant historique au régime des généraux et autres officiers sans génie républicain, a été incapable de s'élever à la hauteur des espoirs de bon démocrate qu'il avait suscités, Cellou Dalein Diallo abuse des manifestations de rue, où il sacrifie des vies innocentes sur l'autel de ses ambitions présidentielles. C'est d'un. De deux, il manque de cohérence dans sa stratégie politique, si bien qu'il donne à douter de la consistance de ses projets pour la Guinée. Ainsi, plus d'un observateur se demande pourquoi son parti, UFDG, a fait scission d'avec le Front des partis les plus représentatifs de l'opposition (FNDC) pour participer à l'élection présidentielle. Pourquoi s'est-il précipité pour s'autoproclamer vainqueur de ce scrutin ? Pourquoi appelle-t-il à manifester dans la rue tout en annonçant qu'il déposerait un recours devant le Conseil constitutionnel ? Pourquoi appelle-t-il la communauté internationale à la rescousse, lui qui l'accuse, notamment la CEDEAO, d'être complice des dictateurs africains ?

Autant de questions qui mettent en exergue les ambiguïtés de la personnalité ambivalente de l'opposant emblématique guinéen. Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. Cellou Dalein Diallo s'est montré un piètre stratège en participant à une élection jouée d'avance. Qu'il boive jusqu'à la lie la coupe de ses choix controversés mais qu'il épargne aux Guinéens de verser encore et encore leur sang dans de vaines manifestations insurrectionnelles.

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