Congo-Kinshasa: Angèle Makombo - « L'adresse du président de la République à la Nation marque la rupture de la coalition FCC-CACH et un nouveau départ pour la RDC »

opinion

Le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo est apparu plus présidentiel que jamais lors de son adresse à la nation retransmis par la Radio Télévision Nationale RTNC le vendredi 23 octobre dernier.

Le pays tout entier était tenu en haleine, en particulier la capitale Kinshasa, siège des institutions, où circulaient toutes sortes de rumeurs : « Le Palais du peuple est scellé ! », « La Primature est scellée ! », « Risques de troubles dans la ville : restez chez vous ! ». « Ekoyinda », disait-on!

L'effervescence est montée d'un cran lorsque plusieurs medias ont relayé l'information selon laquelle l'Ambassade américaine avait publié un communiqué indiquant que « Le Président Tshisekedi devrait prononcer un discours pour faire une annonce majeure. Des développements politiques comme ceux-ci ont provoqué des manifestations dans le passé. Le personnel US est invité à faire preuve d'une vigilance accrue ».

Au vu de ces informations peu rassurantes, des fonctionnaires et des employés de divers établissements, institutions et administrations publics avaient demandé de quitter leurs postes de travail plus tôt ce jour-là.

Heureusement, eyindaki te !

L'adresse du Président de la République était annoncée pour 20 heures, mais peu de Congolais, y compris moi-même, croyaient à ce timing tellement que nous sommes habitués à ce que les interventions du Chef de l'Etat nous parviennent nuitamment. Ensuite de nombreux Congolais, y compris moi-même, s'attendaient à une adresse d'une trentaine de minutes.

Eh bien non, le Président a « déjoué » tous les plans, prenant les Congolais de court. Il s'est adressé à la nation vers 20 heures et pendant 6 minutes seulement. C'est probablement l'adresse présidentielle la plus brève dans l'histoire des annales de notre pays. Aux historiens d'apprécier... .

Les Congolais s'attendaient à des propos musclés de la part du Chef de l'Etat dans lesquels il aurait annoncé sans ambages la dissolution de l'Assemblée nationale, la révocation du Premier Ministre et la formation d'un nouveau gouvernement ! Des propos musclés qui auraient certainement exacerbé les tensions dans le pays et auraient bafoué plusieurs dispositions de la Constitution.

Mais en lieu et place de propos musclés (souhaités ou voulus par beaucoup), nous avons eu droit à des propos mesurés du Chef de l'Etat au cours desquels il a regretté que près de deux ans après la signature d'un accord de coalition entre le Front Commun pour le Congo (FCC) et le Cap pour le Changement (CACH), des divergences persistantes au sein de la coalition « plombent les ailes de l'espoir de notre envol vers le développement » ; divergences portant sur les grandes questions d'intérêt national. Etant donné l'importance de ces questions, le Chef de l'Etat est convaincu qu'elles « ne doivent être laissées à la merci d'un seul groupe politique, elles nécessitent un large consensus national ».

Apparaissant plus présidentiel que jamais, le Chef de l'Etat a rappelé son rôle de Représentant de la nation et Symbole de l'unité nationale et de garant du fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions ainsi que de la continuité de l'Etat. Telle une profession de foi, Le Président de la République a déclaré qu'il ne laisserait aucun engagement politique de quelque nature que ce soit primer sur ses prérogatives constitutionnelles et sur l'intérêt supérieur du peuple congolais. « Je ne transigerai jamais avec les intérêts supérieurs de la nation. Je ne céderai jamais la moindre portion de notre souveraineté nationale. Je ne ménagerai aucun efforts pour préserver la paix et l'unité nationale ». La question de Minembwe et la controverse sur la prestation de serment des trois juges à la Cour Constitutionnelle ne sont certainement pas étrangères à cette profession de foi renouvelée du Chef de l'Etat.

Afin de préserver le salut du peuple, le Président Tshisekedi a annoncé qu'il entamera dès cette semaine, des consultations avec les leaders politiques et sociaux les plus représentatifs en vue de la création d'une union sacrée de la nation.

Ce message fort empreint de solennité marque la rupture de la coalition FCC-CACH, (rupture salutaire avec une coalition contre nature), ainsi qu'un tournant dans le mandat du Président Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et surtout un nouveau départ pour la République Démocratique du Congo.

Mais de nombreux compatriotes ont eu du mal à comprendre ce message. J'ai entendu diverses réactions du genre « Qu'est-ce que le Président a dit au juste ? » ou « mais il n'a rien dit ! » ou « tout ce suspens pour ça seulement? ». Ces réactions provenaient pourtant de congolais familiers avec la langue de Molière ! A cet égard, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à ces millions de compatriotes non versés dans la langue française qui, pour certains, s'étaient agglutinés sur les terrasses de Kinshasa pour suivre l'adresse du Président Tshisekedi à la nation devant des postes de télévision de fortune, comme ils suivraient un grand match de football. A ce propos, il est à signaler que la SNEL, encore une fois ce soir-là, nous a fait défaut avec des coupures intempestives et prolongées d'électricité, obligeant les chanceux à actionner leurs groupes électrogènes pour pouvoir suivre l'adresse du Chef de l'Etat. Les moins chanceux ne disposant pas de groupes électrogènes n'avaient pas d'autre choix que d'aller dormir... .

En français facile et entre les lignes, l'essentiel de l'adresse du Chef de l'Etat à la nation signifie que la coalition FCC-CACH, c'est fini, et cela à cause de divergences persistantes empêchant le Président de réaliser sa vision pour le Congo, dont la consolidation de la paix et de l'unité nationale et l'instauration de l'Etat de droit. A force de tirer sur la corde, le FCC a fini par rompre la corde qui le liait au CACH.

L'adresse signale aussi que dès cette semaine, le Président va entamer des consultations avec les leaders politiques et sociaux les plus représentatifs pour composer une nouvelle majorité parlementaire et réaliser la formation d'un nouveau gouvernement. Ce qui veut dire qu'il tend la main même à ceux qui le conspuaient hier. Nous devons donc nous attendre à ce que de nombreuses personnalités se bousculent au portillon... .

Angèle MAKOMBO

Présidente Nationale de la Ligue des Démocrates Congolais (LIDEC)

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