Afrique de l'Ouest: Réelection d'Alpha Condé - Requiem pour la démocratie en Guinée

25 Octobre 2020
analyse

En présence des présidents des institutions républicaines, des candidats ou leurs représentants, des diplomates accrédités en Guinée, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a procédé, le 24 octobre dernier, à la proclamation des résultats globaux provisoires de la présidentielle.

C'était au Palais du peuple, siège de l'Assemblée nationale. A en croire l'institution chargée d'organiser les élections et habilitée à en proclamer provisoirement les résultats, le président sortant, Alpha Condé, remporte le scrutin et cela, dès le premier tour avec 59,49% des suffrages contre 33,50% pour Cellou Dalein Diallo.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce qui devait arriver est arrivé. La surprise n'était donc pas au rendez-vous. En effet, Alpha Condé aura tout fait pour atteindre son objectif principal : s'offrir un 3e mandat, voire un quatrième, puisque la nouvelle Constitution le lui permet.

Et pour y arriver, l'homme a mis en place des institutions pour l'accompagner. L'une d'elles est, de toute évidence, la Commission électorale nationale indépendante. Et l'on ne doit pas s'étonner, au cas où son premier responsable, Kabinet Cissé, viendrait à figurer sur la liste des personnalités à décorer par Alpha Condé.

C'est la démocratie qui est mise ainsi K.-O.

Et pour cause, l'institution dirigée par Kabinet Cissé, aura mouillé le maillot pour qu'Alpha Condé plie le scrutin dès le premier tour. Et le coup K.-O. est une des marques déposées de presque tous les dictateurs d'Afrique et d'ailleurs. Et au-delà du fait qu'ils mettent leurs adversaires K.-O. dès le premier tour, c'est la démocratie qui est mise ainsi K.-O.

Et c'est ce qu'Alpha Condé vient de faire avec brio. Et lorsque l'on entend le Premier ministre guinéen et par ailleurs directeur de campagne d'Alpha Condé, Ibrahima Kassory Fofana, dire que le scrutin que vient de remporter son mentor, est le scrutin, de mémoire d'homme, le plus transparent, l'on ne sait pas s'il faut en pleurer ou en rire.

On peut faire les deux à la fois. On peut, en effet en pleurer car, Alpha Condé et compagnie viennent d'asséner un coup fatal à la démocratie en Guinée. Requiem donc pour la démocratie en Guinée ! Et tant qu'Alpha Condé sera en vie, on ne cessera jamais de célébrer les funérailles de la démocratie en Guinée.

L'on peut également se permettre de rire de la sortie du Premier ministre guinéen. En tout cas, il a du talent pour réussir au cinéma ou encore au théâtre, tant il a des compétences pour susciter l'hilarité de ceux qui l'écoutent. Bref, ce qu'Alpha Condé veut, la CENI le veut.

Et c'est pourquoi, avec le recul, l'on peut se demander si Cellou Dallein Diallo n'aurait pas plus rendu service à la démocratie, s'il avait opté pour le boycott du scrutin. En effet, on ne peut pas battre un dictateur dans les urnes.

L'on peut objecter en brandissant le cas de Yahya Jammeh en Gambie. Et ce cas, justement, est l'exception qui vient confirmer la règle. Les dictateurs ont l'instinct de conservation très alerte.

De ce fait, ils ne prennent jamais le risque d'organiser des élections qu'ils peuvent perdre. Et après la forfaiture de la CENI, l'on s'attend à celle du Conseil constitutionnel.

On peut s'attendre à ce que les manifestations ne mobilisent pas grand monde

Car, cette institution et la CENI sont les deux mamelles de la dictature d'Alpha Condé. Le recours formulé par Dalein Diallo devant cet autre instrument de la dictature « condéenne », est voué à l'échec.

Et l'éternel opposant à Alpha Condé a déjà eu la lucidité de reconnaître qu'il ne se faisait pas d'illusions, lorsqu'il déposait son recours devant cette institution. Son appel aussi à la rue risque de ne pas prospérer pour deux raisons.

La première est que la communauté internationale fera tout pour l'amener à mettre un peu d'eau dans son vin, pardon dans son lait, en l'invitant à composer avec Alpha Condé dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale.

L'autre raison qui peut faire douter de l'efficacité de la rue pour bouter Alpha Condé hors du palais Sekhoutoureya, est liée au fait que les Guinéens et les Guinéennes sont fatigués, peut-on dire, de se faire tuer à chaque consultation électorale à cause des politiciens.

Et ils n'ont pas forcément tort, car la chose la mieux partagée chez les politiciens de ce pays, est leur mauvaise foi et leur manque d'amour pour la Guinée. C'est pourquoi l'on peut s'attendre à ce que les manifestations prévues aujourd'hui par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), ne mobilisent pas grand monde.

Il ne faut pas non plus exclure la défection d'un homme comme Sydia Touré, une des figures de proue de cette coalition, pour éventuellement rejoindre Alpha Condé dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale. Avec les politiciens guinéens, il ne faut jamais jurer de rien.

Et la mission d'apaisement conduite conjointement par l'Organisation des Nations unies (ONU), l'Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et attendue en Guinée de façon imminente, mettra tout en branle de sorte à amener l'ensemble de l'opposition guinéenne à avaler la couleuvre.

En tout cas, elle ne viendra pas en Guinée pour remonter les bretelles au Pr Alpha Condé. Qui oserait d'ailleurs le faire ? Personne, tant Alpha Condé est allergique à toute critique, d'où qu'elle vienne. Cela dit, Alpha Condé a désormais son 3e mandat dans sa besace.

Et l'on peut s'attendre à ce qu'il ait beaucoup de difficultés pour gouverner, tant les Guinéens qui ne sont pas d'accord avec lui, sont loin d'être quantité négligeable.

L'autre difficulté qui se profile pour lui, est liée à l'ampleur des chantiers qui l'attendent. Et sur ce terrain-là, il est difficile de tricher et de frauder pour masquer la réalité.

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