Sénégal: Aveux et dénégations lors du procès des 26 jeunes arrêtés pour «actes contre nature» - Le parquet requiert 2 ans ferme, le verdict fixé au 6 novembre

24 Octobre 2020

Les personnes supposées être des homosexuels arrêtées par la Police de Dieuppeul, le week-end dernier, à la célébration d'un mariage à Sacré-Cœur, ont fait face aux juges du Tribunal des flagrants délits de la Cour d'appel de Dakar. Placées sous mandat de dépôt, le 21 octobre dernier, elles ont donné leur version des faits hier, vendredi 23 octobre. Le Procureur a requis 2 ans de prison ferme à leur encontre. Le Tribunal tranchera le 6 novembre prochain.

Présentées hier, vendredi 23 octobre, aux juges du Tribunal des flagrants délits de la Cour d'appel de Dakar, les personnes arrêtées pour «actes contre nature», ont nié les faits, mis à part Alassane Thiandoum et Matar Diaw. Ce dernier est le principal prévenu dans l'affaire. La quasi-totalité des détenus a dit que c'est lui qui les a invités à un anniversaire nocturne à Sacré-Cœur. Alassane Thiandoum et Matar Diaw ont assumé leur penchant sexuel devant le parquet et les policiers enquêteurs.

A la barre du Tribunal, Matar Diaw a dit avoir entretenu des rapports sexuels à deux reprises avec son conjoint, Yakhiya Ndiaye, qu'il était sur le point d'épouser le jour des faits. D'ailleurs, Matar Diaw a aussi dit qu'il a loué l'appartement par l'entremise d'un ami, Moussa Seck. Ce dernier, assistant social dans une structure sanitaire de la place et actuellement en fuite, est le maître d'œuvre de la cérémonie. Il a assuré la location de l'appartement et la décoration.

Alassane Thiandoum a, quant à lui, soutenu qu'il est venu à Sacré-Cœur, accompagné de son ami Abdoulaye Fall que Matar Diaw aurait invité à l'évènement. Face aux dénégations des prévenus qui soutiennent s'être déplacés pour répondre à une invitation pour un anniversaire, la présidente du Tribunal a insisté sur le fait que les mis en cause n'ont pas été intrigués par la présence masculine à la soirée qui, pourtant, a démarré à une heure avancée de la nuit. Elle a aussi réfuté les dires des accusés qui ont soutenus n'être présents sur les lieux que pendant un court instant, avant l'arrivée des éléments de la Police de Dieuppeul, saisis par un témoin inquiété par les va-et-vient de jeunes hommes aux allures féminines. Il a alerté les habitants du quartier qui ont par la suite surpris les fêtards dans un appartement de deux chambres-salon loué, selon le Procureur pour la célébration d'un «dahira».

C'est cette thèse que l'organisateur de l'événement a servi au bailleur pour disposer des clés. Matar Diaw a loué la maison pour 24h, ce qui explique, selon le représentant du ministère public, que les mis en cause devaient y passer la nuit. Et une fois arrivés sur les lieux, ils ont commencé à changer d'accoutrement afin de mieux être dans la peau de l'objet de la convocation. Une parmi les personnes arrêtées et présentées à la barre dit avoir une épouse. La présidente du Tribunal, se rapportant aux dires de l'accusé principal, Matar Diaw, a dit que celui-ci a dû utiliser un code pour cibler ses invités. A la question de la présidente du Tribunal de savoir comment le mariage allait être célébré, Matar Diaw est resté aphone. Une attitude qui justifie, selon le juge, que ce mariage est un «acte contre nature», car la norme au Sénégal, c'est un mariage entre un homme et une femme.

LE PARQUET REQUIERT 2 ANS FERME

La représentante du parquet a demandé à ce que les mis en cause soient condamnés à 2 ans de prison ferme. Pour elle, l'acte contre nature est établi. Les lubrifiants, des lingettes féminines, les tests VIH et la banderole avec l'écriture «Heureux Ménage» trouvés sur place lors de la descente policière, sont entre autres des preuves qui démontrent avec aisance que les personnes arrêtées s'adonnaient à une pratique bannie par la société. Mieux, selon le Procureur, ces individus étaient habillés en femmes et avaient des téléphones portables avec des images pornographiques. A l'arrivée des hommes du Commissaire de Dieuppeul, les personnes arrêtées étaient sur des lits, collées les unes aux autres, a soutenu le Procureur. Pour elle, il ne souffre d'aucun doute que les inculpés étaient dans l'appartement pour célébrer un mariage. Matar Diaw devait célébrer son union avec Yakhiya Dia ou Moussa Seck qu'importe le choix du conjoint, le mariage devrait avoir lieu.

Les prévenus ont aussi déclaré qu'ils ne savaient pas que dans l'une des chambres, il y la décoration «Heureux Ménage» ; ce qui est impossible, trouve le parquet. Car, a son avis, 26 personnes ne peuvent pas être dans un appartement de trois pièces pour une fête sans se rendre compte de ce qui se passe dans l'une des chambres. Le Procureur a aussi jugé que le fait qu'ils soient tous de la banlieue et qu'ils aient été obligés de se déplacer jusqu'à Sacré-Cœur pour un anniversaire est suspect. Mieux, a-t-elle ajouté, si ce n'était qu'un simple anniversaire, Matar Diaw, le principal prévenu, n'aurait pas dû tenir la cérémonie ailleurs qu'aux Parcelles Assainies, son lieu de résidence. «Ils voulaient se réfugier dans une zone où ils ne seront pas reconnus», avance-telle.

LES AVOCATS PLAIDENT LE RELAX ET SE DÉCHARGENT SUR LA SOCIÉTÉ

Ils étaient presque une dizaine à se constituer pour défendre les accusés. Selon Me Moussa Cissé qui a assuré la défense de Mouhamed Diop, la justice ne devrait pas être tentée de faire prévaloir le moral plus que le droit. Il s'est dit choqué par l'attitude de son client et de sa bande parce que les valeurs de la société sont mises à l'épreuve, mais la justification du comportement des accusés est à chercher dans la société, juge-t-il. Il demande au Tribunal de ne pas se fier aux éléments trouvés sur place pour établir le délit d'actes contre nature.

Il ajoute qu'aucune peine ne pourra égaler le châtiment déjà infligé aux accusés qui seront désormais stigmatisés. Il sollicite, de ce fait, la relaxe pur et simple. Me Anta Mbaye a demandé au Tribunal de ne pas laisser la clameur publique toquer sur les consciences. Mieux, dit elle, il ne doit pas tomber dans le piège de juger sans se baser sur les faits, mais sur le regard de la société. Selon elle, l'acte contre nature tel que défini par les textes juridiques est fondamentalement sexuel. Ce qui ne peut être démontré dans le cas d'espèce.

Pour Me Aly Ndiaye, il n'y pas de matières pour condamner les prévenus. Me Abdoul Daff a pour sa part soutenu qu'il n'y a pas de preuves contre les mis en cause. Il a demandé au Tribunal de ne pas juger en se basant sur l'influence du public. Mieux, il a répondu aux détracteurs de leur constitution pour la défense des accusés. Pour lui, ils sont devant un Tribunal des flagrants délits, non devant des juges de la morale. Les juges ne sont non plus dans un Tribunal de la religion. Donc la relax s'impose, at-il conclu. Selon Me Mbaye Sall, le parquet n'a pas apporté des preuves qui peuvent assoir son réquisitoire.

A La Une: Sénégal

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.