Guinée: Crise politique chaotique - Abdarahmane Wone déballe ses vérités à Confidentiel Afrique

interview

"Ce qui est regrettable, c'est que Condé est aujourd'hui prêt à marcher sur des cadavres de Guinéens, pour rester au pouvoir"

Confidentiel Afrique: L'élection présidentielle guinéenne du 18 octobre 2020 avec deux résultats victorieux opposés proclamés par les deux challengers ( Alpha Condé, Président sortant et Cellou Dalein Diallo, chef de l'opposition) cristallise l'attention de la Communauté internationale. Peut-on parler d'une confiscation de la volonté populaire et d'une forme avérée et transparente de putsch électoral ?

Abdarahmane WONE : Les observateurs avertis avaient déjà déploré le fait que le président sortant Alpha Condé ait eu à se présenter à la présidentielle pour une troisième candidature.

En soi, le troisième mandat est une violation de la constitution guinéenne. Y prétendre uniquement pour soi est encore plus inacceptable. Tenir vaille que vaille à briguer un troisième mandat renseignait déjà sur la volonté du prétendant de confisquer la volonté populaire.

Ceux qui ont, ne serait-ce qu'une petite connaissance de la Guinée et de la gestion des affaires du pays par Alpha Condé, ne sont pas surpris par la situation qui y prévaut depuis le 18 octobre 2020.

La mise en place d'une Commission comme la CENI, favorable au président sortant, avait fait redouter le putsch électoral qui se tramait en amont du scrutin et se déroule sous les yeux de tous, depuis la proclamation des résultats du vote.

Ce qui est regrettable, c'est que Condé est aujourd'hui prêt à marcher sur des cadavres de Guinéens, pour rester au pouvoir.

Confidentiel Afrique : La Guinée est assiégée par les militaires. Plus d'une trentaine de morts. Sommes-nous dans une répression légalisée par le régime d'Alpha Condé ?

Abdarahmane WONE : Oui. Alpha Condé profite du fait d'avoir l'armée et l'appareil répressif d'État sous ses ordres, pour réprimer sauvagement de pauvres citoyens civils. Au premier rang de ses victimes, les partisans de son chalenger Cellou Dalein Diallo. Le Président sortant a même fait couper l'internet pour limiter les dénonciations et continuer les exactions contre son peuple en général, la communauté Peul en particulier.

Confidentiel Afrique : Comment expliquez-vous que la communauté internationale (Nations Unies, Union africaine, Cedeao , UE) soient restées jusqu'ici aphones sur ce désastre humain ?

AW : C'est une situation à déplorer. Prions simplement que ces organisations puissent agir vite, car les nouvelles qui parviennent de la Guinée ne sont pas rassurantes. Toutes les grandes villes du pays sont assiégées. Des militaires tirent à balles réelles sur des populations civiles jeunes et désarmées ; des opposants sont confinés en résidence surveillée.

Alpha Condé n'est pas prêt à abandonner. Mais, entre sa détermination à marcher sur des cadavres pour rester au Pouvoir et la volonté du peuple à se débarrasser de son tyran, les Africains et la communauté internationale doivent intervenir pour arrêter le bain de sang qui sévit en ce moment en Guinée.

La communauté internationale ne doit pas fuir devant ses responsabilités en se cachant derrière le concept creux de la non-ingérence. C'est au nom de la non-ingérence et du silence complice de certains, que plus d'un million de personnes ont été lâchement abattues au Rwanda.

Confidentiel Afrique: La CPI devrait-elle s'auto-saisir du cas guinéen ?

AW: Ce serait la honte pour Condé et pour la CEDEAO. Au stade actuel, ce qui importe le plus, c'est de sauver la vie des jeunes Africains que Condé est prêt à tuer comme des mouches. Et face à une telle situation, le plus important est qu'on vienne sauver la vie des pauvres manifestants qui ne cherchent qu'à vivre dignes et heureux dans leur pays, la Guinée.

Confidentiel Afrique : En tant que panafricaniste engagé pour les causes de justice politique et sociale, que préconisez-vous pour arrêter la machine répressive ?

AW : La mobilisation reste la principale réponse. Faire comprendre à la jeunesse de l'Afrique et du monde, l'universalité des droits humains. Aussi et au nom de ce principe, une personne qui souffre à Conakry ou à Labé, victime de la répression d'État dans un contexte électoral comme celui qui se joue en Guinée, doit-elle avoir toute la Communauté internationale à son secours. En faire une simple affaire des seuls Guinéens serait inexplicable.

Restons mobilisés et continuons à traquer des dirigeants comme Alpha Condé, afin que la démocratie et les libertés publiques puissent prospérer en Guinée et ailleurs. La lutte qui ne s'est jamais arrêtée continue.

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