Guinée: Médiation sur un champ de bataille

Cellou D. Diallo

La mission a été tenue : tous les acteurs et observateurs de la scène politique guinéenne savaient que le plus important dans la présidentielle du 18 octobre dernier était moins la tenue du scrutin que les jours d'après.

De ce point de vue, ils n'auront pas eu tort. Conakry et les autres villes offrent depuis une semaine l'image d'un véritable champ de bataille où tout est sens dessus dessous : barricades dressées, voitures et maisons calcinées, tout cela sur fond de quadrillage sécuritaire et de tirs sporadiques.

La compilation des résultats terminée, maintenant ce sont les morts qu'on compile. Des morts dont le sang versé sépare encore un peu plus le vainqueur désigné de la présidentielle, Alpha Condé, de ses adversaires au premier rang desquels Cellou Dalein Diallo qui s'est autoproclamé avant même que la CENI ne donne le verdict des urnes et qui appelle depuis ses partisans à ne pas laisser voler leur victoire.

Hier, le FNDC (Front national pour la défense de la Constitution) avait d'ailleurs lancé un appel à manifester, un appel que l'impressionnant dispositif militaire a quelque peu contrarié.

C'est dans cette ville en quasi état de siège que les émissaires de l'ONU, de l'UA et de la CEDEAO ont débarqué pour tenter de ramener le calme ; ce chassé-croisé diplomatique avec la CENI, la majorité présidentielle, l'opposition, on se demande bien s'il ne relève pas de la mission impossible tant le fossé est devenu abyssal entre le locataire de Sékhoutouréya et ses adversaires.

Quels résultats peuvent bien donner ces bons offices quand on sait que le leader de l'UFDG tient ces missi dominici, particulièrement la CEDEAO, en suspicion légitime ?

L'organisation sous-régionale, il est vrai, a toujours été perçue comme un simple syndicat de chefs d'Etat dont il défend les intérêts au détriment de ceux des peuples et aurait toujours fait le jeu d'Alpha Condé.

Avec un tel degré de confiance, on a bien peur que cette mission s'apparente à une virée touristique, même si aujourd'hui, Conakry n'est pas le meilleur endroit au monde où prendre des vacances.

D'ailleurs, sur quoi peut-on négocier ? L'élection a eu lieu dans des conditions de transparence assez douteuses ; le président sortant, qui aurait dû faire valoir, à 82 ans, ses droits à la retraite politique, a été sans surprise déclaré vainqueur et, sans surprise encore, les recours de Cellou Diallo seront déclarés non fondés et les grands juges apposeront donc leur sceau de légalité et de légitimité sur ce 3e mandat à problèmes.

Ses contempteurs verraient bien le scrutin annulé et repris dans de meilleures conditions d'organisation, mais sauf si le chaos devait s'installer définitivement et obliger le Professeur à battre en retraite, il y a tout lieu de penser qu'il va boire jusqu'à la lie la coupe de la forfaiture.

Plus de: L'Observateur Paalga

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