Maroc: Le vaccin antigrippal bientôt dans les officines

Le ministère de la Santé dissipe les inquiétudes

«Nous n'avons encore rien reçu. Il faut attendre Lhajaa », c'est la réponse que Fatima, 63 ans, reçoit ces jours-ci chaque fois qu'elle va chercher le vaccin antigrippal auprès de la pharmacie du quartier. «Je suis diabétique et hypertendue. Et j'ai l'habitude de me faire vacciner chaque début d'octobre comme me l'a conseillé mon médecin. Cette fois-ci, je ne comprends pas ce qui se passe, pourquoi il n'y a pas de vaccins dans les officines ? », s'est-elle demandée. Pourtant, Fatima n'est pas la seule à s'interroger sur le retard relatif au lancement de la campagne de vaccination, beaucoup d'autres sont dans son cas. Ils se demandent s'il y a un problème d'approvisionnement ou de distribution des vaccins.

Des interrogations et des inquiétudes que le ministère de la Santé estime infondées puisque le lancement des opérations de vaccination antigrippale et de promotion de celle-ci seront lancées cette semaine tout en précisant que le vaccin sera disponible en pharmacie et en grandes quantités pour ceux qui souhaitent se faire vacciner. Cette année, la campagne de vaccination ciblera, en priorité, les femmes enceintes, les personnes âgées et ayant des pathologies chroniques. Certaines sources médiatiques ont rapporté que les ramédistes âgés de 65 ans et souffrant de maladies graves bénéficieront gratuitement du vaccin fourni par le département de la santé.

Mais une question s'impose : le ministère de tutelle arrivera-t-il à convaincre les Marocains de se faire vacciner contre la grippe ? En effet, seule une infime partie de la population répond présent aux campagnes de vaccination lancées par l'Etat et que seules 500.000 doses de vaccin sont administrées chaque année, selon des statistiques de l'Institut Pasteur. Souvent, l'Etat se trouve avec plus d'une dizaine de millions de vaccins sur les bras faute de gens qui veulent se faire vacciner.

Pire, le taux de couverture vaccinale de la population à risque reste insuffisant chez les adolescents et les adultes. Les taux de morbidité et de mortalité par les maladies que la vaccination prévient chez les adultes sont élevés, en particulier parmi les populations à haut risque en raison de leur état de santé. Selon des statistiques qui datent de 2010, ce taux ne dépasse pas les 1,5 à 2%; un taux jugé largement inférieur aux 75% exigés par l'OMS comme objectif à atteindre en 2010. Une grande majorité de la population refuse de se faire vacciner sous prétexte que le vaccin surcharge et affaiblit le système immunitaire ou encore qu'il est susceptible de lui inoculer d'autres maladies. Mais la réticence n'est pas l'apanage du seul citoyen lambda, elle est aussi le fait des médecins et des cadres professionnels.

Une situation des plus compliquées puisqu'au Maroc, les chiffres concernant la grippe font défaut. Les statistiques relatives à la population touchée chaque année, aux cas hospitalisés, au nombre de décès et au coût économique engendré par cette maladie manquent cruellement. Pour plusieurs chercheurs marocains, la grippe saisonnière reste une maladie sous-estimée par rapport à sa dangerosité et à sa prise en charge par la santé publique alors qu'elle est extrêmement contagieuse et potentiellement grave puisqu'elle peut représenter un risque sérieux de complications et mettre la vie en danger.

Certains d'entre eux vont plus loin. Ils estiment que cette maladie ne semble pas être la priorité du ministère de la Santé ni de l'opinion publique alors que la vaccination annuelle reste la meilleure protection contre la grippe puisqu'elle induit une réponse immunitaire permettant à l'organisme de développer les anticorps nécessaires pour éviter l'infection et la contamination de l'entourage familial, scolaire ou professionnel. A noter, cependant, que le vaccin contre la grippe protège uniquement contre les virus qui causent l'influenza, souvent appelée grippe et non contre les autres virus et encore moins contre les bactéries qui causent le rhume.

En effet, il existe de nombreux agents infectieux qui sont responsables de la «fausse grippe » qu'il faut distinguer de la vraie. Le vaccin diminue le risque d'infection de 70% chez les jeunes et de 50% chez les personnes âgées. En cas de complication, il diminue de 56% les infections respiratoires, de 50% le risque d'hospitalisation et de 68% celui du décès. Sans oublier qu'il réduit de 43% les jours d'absentéisme pour cause de maladie des voies respiratoires supérieures chez un adulte actif sain. La séroprotection d'un vaccin n'est obtenue que 2 à 3 semaines après l'administration de la dose vaccinale.

Il s'agit là d'un temps nécessaire pour l'organisme pour la production d'AC antivirus grippal. Néanmoins, l'immunité diminue progressivement après la vaccination. Sa durée varie entre 6 et 12 mois et devient faible après 1 an. La vaccination reste contre-indiquée en cas d'allergie à l'un des composants du vaccin (allergie aux œufs, à la néomycine) et elle doit être remise à plus tard si la maladie est fébrile ou aiguë.

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