Madagascar: Déclaration du Pape François - Le cardinal Tsarahazana évoque un montage

Face à la polémique qu'entraîne la présumée position du Pape sur l'union civile des homosexuels, la Conférence des évêques de Madagascar monte au front. Par la voix du cardinal Tsarahazana, elle fait une mise au point.

Faire dire au pape ce qu'il n'a pas dit. C'est par ces mots que le cardinal Désiré Tsarahazana, président de la Conférence des évêques de Madagascar (CEM), dément l'attribution au pape François des propos favorables au mariage civil des personnes homosexuelles.

Dans une déclaration diffusée, hier, l'archevêque de Toamasina a « apporté des explications », sur le sens et le contexte des propos du souverain pontife, de la semaine dernière. Le président de la CEM a affirmé sans ambages que l'information martelée par la presse étrangère, depuis quelques jours, « est absolument fausse ». Les mots du pape auxquels le cardinal Tsarahazana fait référence ont été dits dans un film documentaire diffusé au festival du cinéma de Rome, mercredi.

La séquence de 21 secondes a déchaîné les passions à travers le monde, et même à Madagascar. En approbation et indignation, l'ampleur prise par le sujet, dans la Grande île, a amené la CEM à prendre la parole par le biais de son président. Ceci pour clarifier les choses et « apaiser les esprits, surtout ceux des fidèles catholiques ». Dans ce débat des extrêmes, l'église est, en effet, prise entre deux brasiers.

Traduits en français, les propos du pape dans le documentaire diffusé à Rome, mercredi, s'énoncent comme suit, « les personnes homosexuelles ont le droit de faire partie d'une famille, ils sont des enfants de Dieu, ils ont le droit à une famille. Personne ne peut être expulsée d'une famille, ni vivre une vie impossible à cause de cela. Ce que nous devons faire, c'est une loi de cohabitation civile, ils ont le droit d'être légalement couverts, c'est ce que j'ai défendu ».

Tolérance

Le film diffusé à Rome, aurait repris ces propos d'une interview du pape par un journaliste mexicain, il y a dix-huit mois. Le documentaire reprend de multiples citations et portions d'interview exclusives du souverain pontife sur différents sujets, notamment, l'homosexualité. Pour la CEM donc, « le montage », serait dans l'option « d'une manipulation médiatique ».

En référence à la séquence du film ayant fait polémique, l'archevêque de Toamasina, dans sa sortie d'hier, a par ailleurs, soutenu que « des propos en espagnol [dits dans l'interview citée ci-dessus] ont été délibérément déformés dans sa traduction en italien, lors de la diffusion du documentaire ». Pour rassurer les fidèles catholiques et l'opinion, le président de la CEM ajoute alors, que le pape François a toujours mis l'accent sur la conception du mariage selon le dogme de l'église.

« Il ne doit pas y avoir de confusion entre la famille désirée par Dieu qui est l'union entre un homme et une femme ouverte à la procréation, et tout autre type d'union », précise le Cardinal Tsarahazana, hier. Effectivement, le pape François a toujours souligné le caractère indiscutable du mariage, selon la conception de l'Église. « Disons les choses comme elles sont, le mariage c'est un homme et une femme », a-t-il déclaré dans un livre d'entretiens publié en 2017, réalisé par Dominique Wolton, un sociologue français.

Seulement, dès ses débuts en tant que souverain pontife et même du temps où il était encore le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, en Argentine, il a également mis l'accent sur la tolérance vis-à-vis et entre « tous les enfants de Dieu ». Dans un vol retour de son premier voyage pontifical, en 2013, au Brésil, il avait notamment, déclaré, « si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ».

Évitant la polémique de l'acceptation ou non de l'union civile des homosexuels, des observateurs internationaux, religieux et laïcs, lisent dans les mots du Pape « un appel à la tolérance, un refus de l'exclusion et le respect des droits fondamentaux qu'importe le choix de vie d'une personne ». À Madagascar, le sujet a, cependant, réveillé des opinions extrêmes. Sur sa page Facebook, un député a même affirmé son intention d'édifier une proposition de loi « pour punir », et assimiler à l'attentat à la pudeur, tout agissement homosexuel en public.

Plus de: L'Express de Madagascar

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