Sénégal: Mbour / Emigration clandestine, un mal aux causes multiples - Propositions pour couper les racines du mal

28 Octobre 2020

La Petite-Côte est sous les feux de l'actualité de l'émigration clandestine. Depuis quelques semaines, les nombreux arraisonnements, par les Forces de sécurité, de pirogues chargées de centaines de candidats à l'émigration clandestine quittant le département de Mbour, ont poussé à faire des investigations sur ce phénomène. Selon des individus interrogés, le constat est d'une tristesse sans égal. Certains quartiers et villages côtiers de la Petite-Côte sont vidés de leur force de travail. La révision de la politique de pêche et des alternatives, en cas de raréfaction de la ressource, sont proposées comme remèdes.

Dans la commune de Mbour, des foyers de pêcheurs ont fini par répondre aux appels de l'espoir ou de la mort («Barça ou Barsaax»). Faute de trouver des moyens de survie, ils se tournent vers d'autres alternatives. La tentation de quitter leur terroir se justifie, pour eux, par le manque de poissons, les difficultés de joindre les deux bouts après des parties de pêche infructueuses, l'endettement chronique auprès des fournisseurs de carburant pour aller en mer et d'autres personnes donnant toute la logistique nécessaire aux «marins pêcheurs» partant pour des randonnées lointaines.

Avec la raréfaction de la ressource, ils rentrent bredouille. Par conséquent, certains gardent leur mal en patience avec des dettes se chiffrant à des millions de francs Cfa. Face à ce désespoir, et en manque d'interlocuteurs pour des solutions, ils baissent les bras et se tournent vers les sirènes de l'espoir ou de la mort, en bravant les flots, au prix de leur vie. Alors que l'on s'interroge encore, force est de constater que des jeunes pêcheurs des quartiers de Téfess et Golfe à Mbour partis pour l'Europe, et particulièrement les iles espagnoles des Canaries au large du Maroc, se comptent par dizaines et par centaines. Pour eux, le risque se justifie : «le métier de pêcheur ne nourrit plus son homme. Les mises à terre sont aléatoires». Et en périodes fastes de mise à terre, la mévente oblige au déversement des captures en bordure de mer, un gâchis et une source de pollution du littoral.

MENACE SUR LES PECHERIES, LES MAREYEURS, LE MARCHE LOCAL, LES EXPORTATIONS ET L'ECONOMIE

Selon nos sources, la journée dans les plantations d'agrumes aux Canaries (espagnoles) se chiffre à 40 000 francs Cfa, un revenu sans commune mesure avec les maigres sommes acquises au prix de mille efforts, après des semaines de dur labeur dans les pêcheries. A en croire Abdoulaye Ndiaye, les menaces actuelles sont réelles et plus profondes pour le secteur de la pêche et l'économie nationale. Pour des mareyeurs, si tout ne revient pas à la normale, avec les «marins pêcheurs» continuant à partir, les conséquences vont être catastrophiques. Le niveau des mises à terre et les exportations de poissons vont baisser. Cela va se ressentir au niveau du marché local, en plus d'une répercussion sur le Produit intérieur brut (PIB) avec la chute du chiffre d'affaires. Abdoulaye Ndiaye, bien connu dans le monde de la pêche à Mbour et ayant longtemps travaillé avec des programmes de résilience pour fixer les jeunes pêcheurs dans leurs contrées, dénonce la faillite et l'absence d'une politique de pêche efficiente pouvant nourrir son monde, à tout moment. A l'en croire, le regard sur le nombre de pirogues avec des sennes tournantes en cale sèche est effarant. Ces embarcations dont le coût estimatif tourne autour de 25 millions de francs Cfa reviennent à quai les cales presque vides. Suffisant pour qu'en guise de conclusion, il interpelle l'Etat sur la cogestion de la pêche.

LES ACCORDS DE PECHE, LES BATEAUX-USINES ET LES RESPONSABILITES DE L'ETAT ET DES ACTEURS

Selon lui, les accords de pêche, la présence de bateaux-usines aux passages racleurs et dévastateurs des océans, l'absence de moyens de résilience et d'alternatives pour soutenir les «marins-pêcheurs», les querelles intempestives entre fédérations faîtières, etc. ont fini par augmenter les maux de la pêche et de ses acteurs. Pour Abdoulaye Ndiaye et certains professionnels, l'heure est à la révision de la politique de pêche. Des chambres froides pour la conservation des captures, la valorisation des excédents de capture par la transformation, et la formalisation de l'informel dans le secteur sont du reste souhaité. Au chapitre des remords des pêcheurs, il est conseillé la valorisation davantage de la sardinelle, avec la mise en place d'usines de production de sardines. Ils en appellent aussi à des alternatives comme la formation à des activités comme le maraîchage et l'aviculture. Des pêcheurs déplorent la surpêche et la surexploitation des pêcheries. D'autres souhaitent la vulgarisation de la politique aquacole, avec l'installation de bassins piscicoles pour intéresser les gens et leur permettre d'avoir du poisson.

Dans le passé, le pêcheur traditionnel cultivait la terre en hivernage, correspondant à la période de repos biologique, et se consacrait après en saison sèche à la pêche proprement dite. D'autres en demandent à la fin des frustrations par rapport aux retombées du secteur plus prolifiques et prospères pour les étrangers que les nationaux. Des acteurs de la sous-région versés dans le commerce des produits halieutiques se retrouvent avec des bénéfices exorbitants. Les pêcheurs confrontés au risque gagnent des miettes.

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