Angola: Vague de répression contre la presse lors d'une manifestation

Le photographe Santos Samuesseca arrêté par la police lors de la manifestation, le 24 octobre 2020.
communiqué de presse

Reporters sans frontières (RSF) dénonce l'inquiétant recul en matière de liberté de la presse après les arrestations et agressions de journalistes lors d'une manifestation. RSF demande aux autorités de ne pas recourir aux méthodes de prédation de l'information qui rappellent les heures sombres de la dictature.

Alors qu'ils couvraient la manifestation du 24 octobre organisée à Luanda, la capitale de l'Angola, pour dénoncer la corruption, le chômage et le report des élections locales qui auraient dû avoir lieu cette année, trois journalistes, Suely de Melo et Carlos Tomé de la radio locale Rádio Essencial, leur confrère photographe Santos Samuesseca du journal Valor Económico ainsi que leur chauffeur Leonardo Faustino ont été arrêtés et détenus sans motif par des policiers, avant d'être libérés 48 heures plus tard.

A l'occasion de cette manifestation, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes, Domingos Caiombo et Octávio Zoba, journalistes à TV Zimbo, la première chaîne de télévision privée du pays, ainsi qu'Osvaldo Silva, un photographe de l'AFP, ont également été détenus puis libérés quelques heures plus tard, après avoir été contraints de supprimer les images et photos qu'ils avaient recueillies.

Joint par RSF, Osvaldo Silva a rapporté avoir été giflé puis frappé à coups de bâton et à coups de pied par des policiers. Au même moment, son collègue Georges Nsimba, un autre photographe de l'AFP, a été interpellé par la police et forcé d'effacer ses images pour ne pas subir le même sort.

"En couvrant cette manifestation, ces journalistes ne faisaient rien d'autre que leur travail, déclare le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. Cette vague d'arrestations et d'agressions constitue un recul inquiétant qui rappelle les heures sombres de la dictature. Trois ans après la chute du président José Eduardo dos Santos, la liberté de la presse reste une conquête largement inachevée en Angola. Si les autorités veulent sincèrement tourner la page des années de prédation de l'information, elles n'ont d'autre choix que de condamner ces actes et de sanctionner leurs auteurs."

En octobre, RSF avait déjà documenté les graves menaces et attaques visant plusieurs médias et journalistes angolais pour leur couverture de l'affaire Edeltrudes Costa, le chef de cabinet du président de la République soupçonné d'avoir détourné plusieurs dizaines de millions d'euros d'argent public à des fins personnelles. Le site d'information indépendant Correio Angolense, ainsi que le journaliste freelance et ancien correspondant de RSF Siona Casimiro, avaient été la cible de cyberattaques, et le journaliste économique Carlos Rosado avait été censuré par plusieurs chaînes avec lesquelles il collaborait alors qu'il avait l'intention de parler de ce scandale.

L'Angola occupe actuellement la 106e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.

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