Afrique Centrale: Rwanda-Burundi - Vers une sortie de la crise ?

Kigali — Après plus de cinq ans de relations à couteaux tirés, de défiance et d'accusations mutuelles, le Rwanda et son voisin le Burundi ont surpris tout le monde en annonçant "l'ouverture d'un nouveau chapitre" entre les deux pays et le lancement d'un "processus de normalisation".

Alors que les tensions entre les deux pays des Grands lacs ont redoublé d'intensité au cours des derniers mois, les ministres des Affaires étrangères rwandais et burundais ont tenu la semaine passée une réunion inattendue à la frontière commune de Nemba-Gasenyi. Au terme d'une heure de discussions à huis clos, les deux diplomates ont confirmé un changement de cap.

Depuis le déclenchement de la crise politique et sécuritaire au Burundi en 2015 après l'annonce par le président de l'époque, Pierre Nkurunziza, de son intention de briguer un 3ème mandat controversé, les deux pays s'accusent mutuellement de soutenir et donner refuge aux groupes rebelles hostiles à leurs gouvernements réciproques.

L'arrivée au pouvoir du président burundais Evariste Ndayishimiye, en mai dernier, après le décès de son prédécesseur Pierre Nkurunziza, avait suscité des espoirs de rétablissements des relations entre les deux voisins. Mais quand le président rwandais Paul Kagame avait invité son homologue burundais à tourner la page des relations exécrables, affirmant que son "pays était disposé à vivre en harmonie avec les pays voisins, dont le Burundi, dans l'intérêt de tous", celui-ci n'avait pas semblé réceptif jusqu'à présent.

Fin août, les chefs des services de renseignement militaires du Rwanda et du Burundi se sont réunis au poste-frontière de Nemba parallèlement avec le début du rapatriement volontaire au Burundi, sous les auspices du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), de milliers de Burundais réfugiés au Rwanda. La réunion des deux responsables avait été perçue comme un premier signe d'ouverture.

Mais la rencontre tenue le 20 octobre entre les chefs de diplomatie des deux pays semble ouvrir une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays. Les deux ministres se sont en tout cas engagés à avancer vers la paix et la stabilité.

Lors d'un point de presse à l'issue de cette réunion, les deux ministres ont exprimé leur volonté de résoudre leurs différends, soulignant que "les questions de fond ne sont pas résolues, mais il y a une volonté de trouver des solutions".

Pour Andre Gakwaya, chercheur en questions sécuritaires en Afrique des Grand lacs, ce réchauffement des relations entre Kigali et Gitega est dû, en partie, à la réussite du processus de rapatriement volontaire des burundais réfugiés au Rwanda.

Interrogé par la MAP, M. Gakwaya a indiqué que "le rapatriement des burundais réfugiés au Rwanda a été perçu par les autorités burundaises comme un signe de bonne foi envoyé par Kigali au régime au pouvoir au Burundi, qui a toujours affiché une grande méfiance vis-à-vis de ses voisins".

Il s'agit de la plus grande vague de retours de Burundais réfugiés au Rwanda depuis la crise politique de 2015, qui avait fait fuir des dizaines de milliers de Burundais, a-t-il fait observer, notant que depuis le mois d'août, plus de 3.000 réfugiés burundais du camp de Mahama au Rwanda sont rentrés au Burundi, et 8.000 autres se sont inscrits en vue d'un départ prochain.

D'autre part, poursuit l'analyste, le nouveau président burundais ambitionne de consolider son image dans la région des Grands lacs et surtout face à l'opinion internationale, ajoutant que le dirigent veut faire sortir le Burundi de son isolement en s'ouvrant sur ses voisins.

Selon le chercheur, la crise entre le Rwanda et le Burundi a contribué à affaiblir la région des Grands lacs, en particulier, et la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est (EAC), en général, en provoquant une baisse des échanges économiques et commerciaux.

La réouverture du dialogue de haut niveau entre les deux pays signifie-t-il la fin d'une crise de cinq ans entre les deux voisins ? Rien n'est garanti, mais les autorités des deux pays affichent un optimisme sans précédent quant à une normalisation prochaine des relations bilatérales.

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