Cote d'Ivoire: Présidentielle - Loin des clivages partisans, les blogueuses donnent de la voix

En Côte d'ivoire, le premier tour de l'élection présidentielle est prévu pour ce samedi 31 octobre et la campagne électorale se termine ce jeudi soir. Un scrutin boycotté par l'opposition qui a lancé un appel à la désobéissance civile pour faire barrage à la candidature d'Alassane Ouattara à un troisième mandat. Un contexte dans lequel les bloggeuses ivoiriennes essayent de faire entendre leur voix loin des clivages partisans pour appeler à l'apaisement.

« Il faut avoir une approche non partisane. Il ne faut pas être équilibriste, mais objectif », c'est le mot d'ordre que s'est fixé Blandine Angbako. Les champs de prédilections de cette bloggeuse ivoirienne sont la politique et la citoyenneté. Depuis trois ans maintenant, son engagement, c'est d'encourager les jeunes à s'intéresser à la vie politique de leur pays. Forcément, cette élection et cette campagne, elle les attendait.

Mais l'enthousiasme de Blandine Angbako a été de courte durée : « La campagne est différente, il y a eu moins d'engouement. Dès le début, on a eu cette impression même avant le boycott de l'opposition. Dans le cadre de mes activités, j'ai parlé avec des jeunes filles qui me confiaient ne pas se reconnaître dans l'offre politique peut importe le parti. »

Une vision que partage la bloggeuse Carelle Goli. Depuis cinq ans maintenant, cette « féministe », comme elle se décrit elle-même, mène un travail autour de la citoyenneté. Un engagement mis à mal avec cette campagne 2020 : « Je suis à la fois déçue et désabusée. On voulait tirer profit de la campagne pour donner de la visibilité aux jeunes et à leurs revendications. Maintenant, ce n'est plus possible. C'est beaucoup de déception. Et puis, cela remet en cause tout notre travail. »

« Tout a une lecture politique »

Et c'est effectivement là toute la difficulté du travail de ces bloggeuses. Elles sont désormais face à un dilemme que résume bien Blandine Angbako : « Pousser les gens à aller voter, c'est une question délicate désormais.

Pendant l'enrôlement, on a fait plein de campagnes pour que les jeunes aillent retirer leur carte d'électeur, pour que les jeunes aillent voter. Mais aujourd'hui, quand tu appelles à aller voter, on va te dire que tu es proche du parti au pouvoir. Donc c'est compliqué. Tout a une lecture politique. Pendant des années, on fait le travail de sensibiliser les jeunes à la démocratie et au moment de poser l'acte ultime, on est dans un dilemme et quel que soit la position que tu vas prendre, ça va être catégorisé. »

Éviter le clivage partisan, c'est donc désormais leur seule motivation pour tenter d'empêcher que la situation ne dégénère. « J'ai des craintes pour ce premier tour. Les positions restent tranchées et radicales dans les deux camps. J'ai des craintes qu'il y ait des violences et que l'on rentre dans le chaos. Sur les réseaux, on a l'impression que les militants sont galvanisés », confie Blandine Angbako.

« Sans paix, il ne peut pas y avoir d'épanouissement »

Une situation qu'a bien senti arriver Fatim Sylla. Cette bloggeuse Ivorienne évolue dans une autre sphère que la politique. Son domaine, c'est l'épanouissement de la femme, son autonomisation. La politique, elle le dit, « ce n'est pas son truc ».

Et pourtant, comme beaucoup de bloggeuses, elle n'a pas pu rester silencieuse sur le sujet. « J'ai dû arrêter la promo de mon livre que j'étais en train de faire dans le pays à cause de la campagne et de l'élection. J'ai estimé qu'en tant que bloggeuse, il fallait porter un message de paix et d'apaisement. Tout cela ne servira à rien si on ne vit pas en paix. Je parle de l'épanouissement de la femme, mais sans paix, il ne peut pas y avoir d'épanouissement. »

Alors elle multiplie les prises de parole, les messages, les vidéos sur les réseaux sociaux. Elle se sert de son statut d'influenceuse pour lancer des appels au calme. « Nous ne sommes pas des partisans de parti, mais nous sommes des partisans de la Côte d'Ivoire, nous sommes des pro-paix. C'est ce que l'on essaye de partager. La toile est en pleine ébullition et je vous assure qu'il y a eu beaucoup de bloggeurs qui ont décidé de parler de la paix. »

Et pour Carelle Goli, les dernières heures de la campagne, les dernières heures avant le vote peuvent encore tout changer. Jusqu'au dernier moment, son but, c'est d'essayer de faire en sorte que ceux qui iront voter et ceux qui n'iront pas, que tous les citoyens soient les mieux informés possible : « Pour ces quelques heures, on essaye encore et toujours d'informer.

On essaye de décrypter le code électoral, de l'expliquer pour prévenir d'éventuels débordements. Par exemple, on insiste bien sur le fait que personne n'a le droit de donner des résultats ou des tendances avant les organismes officiels. C'est important de le savoir et d'en être conscient, ça évite les manipulations. »

Pour Fatim Sylla, c'est aussi le dialogue qu'il faut prôner, jusqu'au bout. « À aucun moment, on ne prend parti. Désobéissance civile ou "ado", le plus important, c'est que vous êtes des Ivoiriens et qu'il faut tout faire pour privilégier la paix et le dialogue. Parce que si on n'arrive pas à dialoguer où allons-nous ? »

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