Libye: Les Européens craignent la prise en otage de la formation des garde-côtes libyens par des Turcs

Il s'agit d'un projet phare des Européens, la formation et l'équipement des garde-côtes et de la marine libyenne. Celle-ci risque de tomber à l'eau. Les Turcs en ont pris possession.

A Bruxelles comme à Rome, l'affaire est suivie avec attention. Partie intégrante de l'accord conclu par les Turcs avec le gouvernement libyen d'El Sarraj (reconnu par la communauté internationale), la formation de la marine et des garde-côtes libyens a démarré, à en croire le ministère turc de la Défense.

« Grâce à la coordination avec les éléments locaux, une formation des garde-côtes a commencé à être dispensée aux soldats libyens », indique le communiqué.

Des « formations SAS ont également été données aux soldats libyens » au centre de formation navale interarmées de Homs, ajoute-t-il. Ces formations sont données « dans le cadre de l'accord de formation militaire, de coopération et de conseil ». Cette annonce est une douche froide pour les Européens.

A cause de leurs investissements, en temps et en argent visant à recréer, soutenir, former et équiper la garde-côte libyenne. Quelque 46,3 millions d'euros ont été débloqués en 2017-2018 par la Commission européenne en soutien à un programme mené par l'Italie.

Il y a eu également un effort important d'équiper et d'accompagner la montée en puissance de la garde-côte libyenne de la zone de secours et de sauvetage (SAR) et du MRCC libyen (le centre de coordination du secours en mer).

Une douzaine de vedettes ont ainsi été fournies à Tripoli. Elles servent aujourd'hui aux Turcs pour entraîner les Libyens. Des formations ont aussi été assurées. L'opération maritime de l'UE (EUNAVFOR Med Sophia) a formé plus de 400 garde-côtes.

Un point « important » pour les Européens, comme l'a confirmé, le porte-parole du haut représentant Peter Stano. « La coopération de l'Union européenne avec la garde-côte libyenne, c'est important pour nous ».

Cependant, depuis plusieurs mois, les Libyens battent froid les Européens. Dès juillet, la formation des garde-côtes libyens a été stoppée, depuis l'arrivée de l'opération Irini.

« Nous n'avons pas commencé dans le cadre de l'opération Irini car [... ] les partenaires libyens ne sont pas prêts à continuer cette coopération pour des questions logistiques et opérationnelles », a déclaré le porte-parole de la Commission européenne, sans autre précision.

En Italie, on parle de « gifle » pour le pays car Rome considère le sujet des garde-côtes libyens comme une question stratégique.

Toutefois, l'UE reste prudente. Considérant que ce genre de communication publique pourrait être une mise en scène. Malgré deux éléments de fond.

A savoir la coopération entre Turcs et Libyens au niveau maritime, qui fait partie des accords scellés, et la coopération entre la garde-côte libyenne et les Européens, qui a été suspendue de façon quasi-simultanée. Cette coopération ne ressort pas du seul objectif militaire pour les Turcs.

Elle a un objectif politique. Le risque étant désormais de voir les Turcs se servir de la garde-côte libyenne comme « d'un nouveau robinet (ou verrou) d'immigration vers l'Europe, selon sa volonté ».

Une menace « " hybride" non négligeable dont Ankara s'est servi subtilement pour faire pression sur les Européens afin d'éviter toute mesure trop forte. Deux des trois principaux courants d'immigration (Est et Centre de la Méditerranée) seraient ainsi directement ou indirectement sous contrôle turc ».

Plus de: Les Dépêches de Brazzaville

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