Cameroun: Manassé Aboya Endong - « C'est une occasion de méditation sur le vivre-ensemble »

interview

Professeur, quelle est la symbolique de la commémoration d'une journée de deuil national comme celle qui a été décrétée pour samedi en mémoire des enfants assassinés à Kumba?

Les sociétés humaines rythment et organisent leur animation autour des liturgies politiques qui leur permettent, en fonction des circonstances et des expériences qu'elles sont appelées à connaître à un moment ou un autre, d'effectuer un travail mémoriel sur les moments forts et épisodes tristes de leur histoire.

Or, la célébration d'un événement heureux et la commémoration d'un moment triste ne se vivent pas de manière identique ; ce d'autant plus qu'il s'agit des événements qui marquent et déterminent leurs différentes interactions et leurs dynamiques sociales propres.

La symbolique de la commémoration d'une journée de deuil national fait partie de l'organisation rituelle de la vie politique.

En effet, un deuil national est toujours consécutif à un décret signé par le président de la République pour marquer solennellement un hommage de la Nation à des personnes décédées dans des circonstances marquantes.

C'est donc le moment où une nation s'organise à travers des rites de commémoration pour témoigner sa solidarité, montrer sa compassion et son affliction, voire exprimer son indignation.

Il s'agit de faire d'un événement malheureux et triste une occasion de méditation sur le vivre-ensemble et un marqueur du sentiment d'appartenance nationale.

Au-delà des drapeaux en berne, quelles peuvent être les autres manifestations au cours de cette journée de deuil national ?

En dehors de la traditionnelle mise en berne du drapeau dans les édifices publics, la journée de deuil national peut être une occasion de recueillement et de grande méditation, ponctuée par des célébrations religieuses et œcuméniques pour confier les âmes des disparus à la divine félicité.

Ce travail mémoriel peut aussi être effectué à travers la systématisation des minutes de silence en hommage aux disparus à l'entame de toute manifestation publique, la méditation et la condamnation des causes du malheur dans la perspective de l'expiation du « mal ».

Il est aussi possible d'intégrer dans le rituel de commémoration l'évocation des souvenirs des concitoyens disparus dans les circonstances identiques, mais dont l'écho de leur disparition n'avait pas connu une ampleur ou des conséquences conduisant à une commémoration de portée nationale.

Les activités de tous genres se déroulent-t-elles normalement ce jour-là ?

Une journée de deuil national n'est pas forcément un jour férié sauf si le décret l'instituant le mentionne expressément.

En principe, c'est un jour ordinaire qui est cependant consacré à la commémoration d'un événement douloureux pour la Nation.

De ce point de vue, la journée de deuil national est une journée exceptionnelle du fait de la commémoration pour laquelle elle est dédiée.

Il s'agit de rendre hommage à des personnes décédées dans des circonstances graves et marquantes.

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