Afrique: Assassinats de journalistes - Les donneurs d'ordre toujours en liberté

communiqué de presse

A l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) lance une campagne mondiale pour dénoncer ceux qui ordonnent les crimes contre les journalistes mais demeurent impunis, ainsi que pour exhorter les gouvernements à prendre des mesures urgentes afin d'en finir avec l'impunité et protéger la liberté de la presse.

Selon les rapports de la FIJ, 998 journalistes ont été tués ces dix dernières années, dont 30 depuis le début de l'année 2020. La plupart d'entre eux étaient des journalistes locaux. Depuis 1990, 2644 reporters ont perdu la vie.

Ces chiffres accablants sur les assassinats de journalistes constituent la preuve concrète des efforts massifs déployés par les personnalités influentes dans le monde pour dissimuler la vérité et terroriser ceux qui osent la révéler.

Ces homicides ne mettent pas seulement fin à la vie des journalistes : ils nuisent aussi fatalement au droit fondamental d'être informé et de connaître la vérité. 2644 reporters tués, ce sont des milliers de récits jamais racontés : la démocratie en est gravement affectée.

De plus, les victimes obtiennent rarement réparation et justice leur est peu souvent rendue - seul un crime commis contre des journalistes sur dix est résolu.

Les responsables restent libres et conservent leur position d'influence, tandis que d'autres sont utilisés comme boucs émissaires. Du sang sur les mains, mais toujours en poste.

Par ailleurs, la FIJ rappelle le nombre écrasant d'agressions physiques et verbales perpétrées contre des professionnels des médias qui demeurent impunies, cyber harcèlement compris.

La fédération tient également à souligner la vague d'intimidation et d'abus qui s'est abattue sur les journalistes durant la pandémie de coronavirus pour les réduire au silence.

Cette année, la FIJ met l'accent sur cinq pays où le niveau d'impunité demeure considérablement élevé et menace la liberté des médias : le Yémen, la Russie, le Mexique, la Somalie et l'Inde.

On appelle souvent le conflit qui se déroule au Yémen depuis 2015 une guerre « oubliée ». La faible couverture médiatique internationale de la situation au Yémen s'explique par les efforts colossaux déployés par les parties en conflit pour faire taire les professionnels des médias.

Alors que de nombreux journalistes ont fui le pays, certains y sont restés et continuent de risquer leur vie pour tenter de rappeler au monde l'existence de cette guerre.

Entre 2010 et septembre 2020, 44 journalistes ont été tués au Yémen, tandis que vingt professionnels des médias ont été, et sont toujours, portés disparus.

Le journalisme critique peut s'avérer dangereux en Russie, où 17 journalistes ont été tués ces quinze dernières années.

La plupart d'entre eux étaient des reporters russes, dont un grand nombre enquêtait sur des affaires de corruption, d'atteintes aux droits de l'homme ou de violations des droits des citoyens par les autorités ou la police.

Malgré l'ouverture de quelques procès et le prononcé de plusieurs verdicts, la FIJ considère la majorité de ces homicides comme impunis, puisque les commanditaires demeurent en liberté.

C'est notamment le cas du meurtre de la journaliste Anna Politkovskaya en 2006 : bien que cinq personnes aient été condamnées à des peines de prison, le véritable donneur d'ordre de l'assassinat reste à ce jour en liberté.

Le Mexique demeure l'un des pays les plus dangereux pour les journalistes. La FIJ a déjà recensé neuf assassinats en 2020, qui s'ajoutent à la centaine (161 au moment de la publication de ce communiqué) de meurtres de journalistes commis depuis 2006, année où a débuté ce que l'on appelle la « guerre de la drogue ».

La Commission nationale des droits humains du Mexique a reconnu que 90% des crimes commis contre les journalistes restaient impunis. Dans ce pays également, on dénombre des centaines de cas où des politiciens corrompus sont impliqués dans ces crimes et demeurent au pouvoir.

La Somalie constitue l'un des pays africains les plus dangereux pour les journalistes. Ce pays présente l'un des plus lourds bilans morbides concernant les professionnels des médias, et l'impunité y règne en maitre : 57 journalistes y ont été tués depuis 2010, et seulement quatre personnes ont été punies.

En plus d'agresser physiquement les professionnels des médias, de les torturer et de les tuer, les autorités somaliennes ferment arbitrairement les médias et arrêtent les journalistes qui travaillent sur des sujets sensibles pour ostensiblement tenter de les intimider.

Du côté de l'Inde, un rapport d'étude a révélé que quarante journalistes avaient été tués entre 2014 et 2019 et que, pour 21 de ces meurtres, un lien direct avec le travail journalistique de la victime avait été confirmé.

Par ailleurs, d'après les recherches de la FIJ, de nombreuses personnes accusées d'avoir participé à des meurtres et des agressions de journalistes appartiennent à des agences gouvernementales, aux forces de l'ordre, à des partis politiques, à des sectes religieuses, à des groupes d'étudiants, des gangs criminels ou encore à la pègre locale. Souvent, le pouvoir politique et l'instance chargée d'appliquer la loi sont étroitement liés, ce qui débouche sur des niveaux d'impunité élevés.

Le Président de la FIJ Younes M'Jahed a déclaré : «Nous ne pouvons rester silencieux lorsque le niveau d'impunité dans le monde reste terriblement élevé et que les donneurs d'ordre se maintiennent au pouvoir car ils peuvent échapper à la justice.

La démocratie requiert que les coupables de crimes et d'intimidation soient jugés et payent le prix pour avoir réduit au silence ceux qui se battent pour révéler la vérité.

Nous appelons tous nos affiliés et la communauté internationale à nous rejoindre dans notre lutte pour la justice et à envoyer une lettre à leur gouvernement et à celui des pays concernés pour réclamer la fin de l'impunité concernant les crimes commis contre les professionnels des médias.

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