Afrique: En toile de fond - Afrique de l'Ouest: l'instabilité au bout des... urnes ?

3 Novembre 2020
analyse

L'Afrique de l'Ouest -par extension le Sahel- a toujours été une zone crisogène depuis plusieurs décennies. À chaque étape de l'évolution des pays de cet espace géographique, des crises sont survenues au point de menacer l'existence de certains États.

Avec la démocratisation, beaucoup de ces pays ont connu une certaine stabilité leur permettant de dérouler des programmes de développement. Mais, depuis quelques années, à côté des crises provenant de l'instabilité sécuritaire, d'autres liées aux élections ont vu le jour.

De la Guinée à la Côte d'Ivoire en passant par le Mali, l'instabilité politique a changé de fusil d'épaule pour venir des élections et non des armes.

Les bruits de bottes militaires ont été remplacés par des contestations pré et post-électorales qui peuvent déboucher sur des périodes d'instabilité.

Pour preuve, la nouvelle situation au Mali, avec la prise de pouvoir par des militaires, a pris départ avec les dernières élections législatives dont les résultats n'ont pas agréé tous les acteurs du jeu politique malien.

C'est après cet épisode, et l'enlèvement en pleine campagne électorale de l'opposant Soumaïla Cissé, que la situation socio-politique s'est détériorée dans ce pays.

L'élection qui est un moment normal et naturel de la démocratie est ainsi devenue une sinon la principale source de tension en Afrique de l'Ouest, ces dernières années.

La Côte d'Ivoire et la Guinée qui sont les deux pays de cette zone géographique à avoir tenu des élections n'en sont toujours pas sortis indemnes avec des contestations pré et post électorales.

Ce qui a créé une fracture politique et sociale occasionnant une facture humaine lourde et salée avec des dizaines de morts. Cette situation a eu le don d'entraîner un cycle de tensions dans plusieurs pays de cette zone géographique qui n'a jamais été épargnée par les crises et surtout les systèmes de conflits.

Depuis les années 1990, les tensions politiques et sécuritaires n'ont jamais quitté l'Afrique de l'Ouest. Il y a eu d'abord la grande menace venant des pays dit du Mano River (Libéria, Sierra Léone, Guinée) avec des rebellions sanglantes et des coups d'État à répétition.

Aujourd'hui que ces pays sortent petit à petit la tête de l'eau, d'autres menaces plus graves frappent à nos portes comme le terrorisme et les autres activités connexes à l'image du banditisme transfrontalier, le trafic de drogue et de migrants. L'essor de ces fléaux a montré que beaucoup de pays ouest africains ne sont pas préparés à y répondre efficacement.

À côté de cette fragilité, certains États doivent faire face, sur le plan interne, à des dissensions sociales latentes mais imprévisibles et des menaces terroristes diffuses venant de l'externe.

Pour trouver des solutions à ces tensions, les pays de l'ouest africain ont besoin d'une économie en pleine relance ou résiliente, mais aussi d'un dialogue politique et social inclusif.

C'est pourquoi les processus électoraux doivent être le plus transparents possibles afin de garantir une participation politique de tous les citoyens sans exclusion.

C'est seulement avec cela que les crises pré ou post électorales pourront être évitées ou minimisées. Ce qui passera d'abord par un renforcement de l'État de droit et une certaine équité territoriale et sociale pour que chaque citoyen se sente impliqué dans la marche de son pays.

Alors que la pandémie de Covid-19 remet en cause beaucoup d'efforts économiques enregistrés par bon nombre de ces pays sahéliens, toute nouvelle source de tension aurait des conséquences désastreuses.

D'où l'impérieuse nécessité de sauvegarder les acquis sur la paix civile dans des pays comme la Côte d'Ivoire qui sortent d'une décennie de conflits sécuritaires avec des relents identitaires.

Tout basculement de ce pays dans une zone de turbulences l'empêcherait de retrouver un décollage économique et un élan démocratique tant souhaités. À côté de la Guinée et de la Côte d'Ivoire, le Niger et le Burkina Faso vont aussi, les mois à venir, connaître des élections présidentielles.

Épicentres de la tension sécuritaire en Afrique de l'Ouest avec leur lot de désolation et de condamnation, ils sont à un vrai tournant de leur marche démocratique. Si les contestations pré-électorales sont jusqu'ici infimes et minimes, ces élections doivent aussi permettre à ces deux États de pouvoir faire face efficacement aux menaces diffuses engendrées par la montée en puissance du terrorisme.

Considéré comme tampon entre le Sahel et l'Afrique de l'Ouest, le Niger fait parties des pays qui continuent de payer le plus lourd tribut de la menace terroriste et djihadiste.

De même que le Burkina Faso qui subit la porosité de ses frontières avec le Mali. Ainsi, face au défi sécuritaire de plus en pressant et prégnant, l'Afrique de l'Ouest a l'obligation de faire en sorte que les élections soient des moments de respiration démocratique et de points de départ d'une stabilité politique et sécuritaire.

Plus de: Le Soleil

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