Afrique de l'Est: Criquet pèlerin - Le ravageur demeure une menace

communiqué de presse

Rome — Le temps et la biologie sont des facteurs clés, selon Keith Cressman, spécialiste du criquet pèlerin à la FAO

Questions-réponses avec Keith Cressman, Chargé des prévisions acridiennes à la FAO

Pourquoi observe-t-on une résurgence du criquet pèlerin dans la Corne de l'Afrique et la péninsule arabique?

Comme nous l'avions projeté, les conditions climatiques sont à l'origine de cette nouvelle vague d'activité acridienne. Dans de nombreuses régions, les pluies sont arrivées tôt, déclenchant une reproduction plus précoce que d'habitude; d'autres régions continuent de recevoir des précipitations régulières, ce qui déclenche la reproduction des criquets. Au Yémen, de grands pans de territoire, aujourd'hui inaccessibles, qui sont aussi des zones de reproduction essentielles pour ces populations, font office de réservoir pour le ravageur.

Nous avons toujours su que les modifications saisonnières des vents, auxquelles sont venues s'ajouter ces pluies, déclencheraient une nouvelle hausse d'activité. Nous savions aussi que cette hausse serait sensible, compte tenu du nombre élevé des criquets présents dans la région depuis janvier. Donc, bien que les opérations de lutte à grande échelle aient considérablement amélioré la situation, des populations de criquets demeurent présentes dans cette région, en particulier dans les zones reculées et difficiles d'accès où il n'est pas possible de mener des opérations de surveillance ou de lutte.

Les pluies précoces et continues ont entraîné un nouveau cycle de reproduction et de nouveaux essaims se forment en Éthiopie, en Somalie et au Yémen. Des bandes larvaires immatures, susceptibles de former de nouveaux essaims, ont aussi été repérées en Érythrée, au Soudan et en Arabie Saoudite. Les vents sur la partie nord de la Corne de l'Afrique ont commencé à s'orienter au sud, ce qui fait craindre que ces essaims puissent de nouveau gagner le Kenya plus tard dans l'année.

Cela signifie-t-il que les efforts de lutte contre cette recrudescence ont échoué?

Non, et c'est même le contraire. Une catastrophe humanitaire majeure a été évitée. Grâce à l'assistance internationale que coordonne la FAO, plus de 1,1 million d'hectares répartis dans dix pays ont été prospectés et traités contre les infestations d'acridiens depuis janvier. Si l'on ajoute à ces interventions celles qui ont été opérées en dehors de l'Afrique de l'Est et du Yémen, c'est sur 2,3 millions d'hectares que s'est appliquée la lutte antiacridienne cette année.

Ces opérations ont permis d'éviter la perte de 2,3 millions de tonnes de céréales - soit une quantité qui suffirait à nourrir plus de 15 millions de personnes par an - dans des pays déjà durement touchés par des formes extrêmes d'insécurité alimentaire et de pauvreté. Nos efforts ont également permis d'amortir les impacts subis par environ 1,1 million de familles d'éleveurs-pasteurs.

Il est important de rappeler, au passage, que les efforts pour contenir la dernière grande invasion de criquets pèlerins, dans la région du Sahel en Afrique, ont duré deux années entières, de 2003 à 2005. L'ampleur du problème et le temps nécessaire pour en venir à bout ne doivent pas être sous-estimés.

Le Sahel a été une fois de plus menacé par une invasion de criquets au début de cette année. Comment vont les choses là-bas à présent? Et en Asie du Sud-Ouest?

On constate des progrès importants dans ces deux régions. L'Asie du Sud-Ouest était en effet confrontée à une forte recrudescence acridienne au début de l'année, mais grâce aux opérations intensives de lutte antiacridienne menées par l'Inde, la République islamique d'Iran et le Pakistan, cette recrudescence a été effectivement arrêtée dans cette région. Le Kenya a subi sa pire invasion depuis 70 ans, mais il l'a à présent largement endiguée en contenant les populations de criquets dans un unique comté du nord. La menace qui pesait sur le Sahel et l'Afrique de l'Ouest a été écartée, ce qui est une excellente nouvelle pour une région aux prises avec d'autres facteurs qui menacent la sécurité alimentaire.

Mais même dans les régions d'Afrique de l'Est où la menace persiste, les pays sont aujourd'hui en bien meilleure posture pour gérer et contenir les infestations qu'ils ne l'étaient il y a dix mois à peine.

Les capacités nationales ont été sensiblement renforcées. On a pu se procurer tous les pesticides nécessaires aux opérations de lutte, et ces produits ont été déployés dans l'ensemble de la région.

Les pays disposent à présent de flottes d'avions et de véhicules terrestres de surveillance et de lutte qui sont mobilisables et en fonctionnement. La FAO les aide à renforcer leurs flottes avant la saison des pluies d'hiver.

Pour nous, ce renforcement des capacités est un acquis majeur, car notre objectif ne se réduit pas aux seules opérations de lutte, la FAO s'étant donné pour priorité le développement des capacités des gouvernements en matière de gestion des criquets. Les pays disposent désormais de capacités qui n'existaient tout simplement pas auparavant, ou qui étaient insuffisantes pour faire face à la menace de cette recrudescence d'une ampleur inhabituelle.

Que faut-il faire à présent pour contenir cette recrudescence acridienne?

S'agissant de ce ravageur, les maîtres mots sont persévérance et cohérence. Ce ravageur est endémique dans la région et ses populations peuvent exploser lorsque certaines variables sont réunies.

Quand les conditions s'y prêtent, les criquets pèlerins se reproduisent à la vitesse d'un incendie ravageur, leur nombre augmentant par un facteur de 20 à chaque cycle de reproduction de 3 mois. Les objectifs sont donc l'extinction et l'endiguement de cet incendie. Nous voulons voir les essaims de criquets pèlerin diminuer d'ampleur et l'acridien revenir à la phase solitaire et non menaçante de son cycle de vie...

La planification et les mesures que prennent les gouvernements avec le soutien de la FAO demeurent infrangibles: Prospecter, cibler, lutter de manière cohérente et à grande échelle. Aucune victoire ne sera acquise du jour au lendemain. La lutte antiacridienne est de longue haleine et requiert une campagne qui se prolonge dans la durée.

Outre les opérations de lutte par voie aérienne, les gouvernements doivent maintenir et intensifier leurs opérations en employant des équipes de surveillance et d'intervention au sol, et communiquer leurs rapports en se servant de l'application eLocust3, un outil innovant qui permet d'enregistrer et de transmettre des données en temps réel par satellite à la FAO et aux centres nationaux de lutte antiacridienne.

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