Afrique: La Saison Africa 2020 reste combative... Et sans date d'ouverture

interview

D'abord prévue en juin, ensuite repoussée au 1er décembre, la Saison Africa 2020 se montre décidée à démarrer avant la fin de l'année. Dans le cadre de ce projet extraordinaire, plus de 450 événements sur tout le territoire français restent suspendus à l'évolution de la situation sanitaire. Entretien avec la commissaire générale N'Goné Fall qui a dévoilé ce mercredi 4 novembre le programme.

La Saison Africa 2020 n'a rien à voir avec une simple saison culturelle. Plus de 200 événements prévus ambitionnent à faire entendre en France les voix de la société civile des 54 pays africains. Le programme souhaite rendre visible des enjeux majeurs du XXIe siècle dans tous les domaines, de l'économie jusqu'aux sciences, en passant par l'éducation. Et la culture y occupe une place importante.

RFI : La vie culturelle en France est à l'arrêt, et cela pour au moins quatre semaines. Est-ce réaliste d'annoncer aujourd'hui une Saison Africa 2020 en France à partir du 1er décembre ?

N'Goné Fall : Nous n'avons pas annoncé que la Saison Africa 2020 allait commencer le 1er décembre, ce qui était prévu avant le nouveau confinement. Il y a des projets qui sont en cours de montage et qui vont continuer à être montés. Donc, la Saison ouvrira courant décembre, et comme annoncé, de décembre 2020 à juillet 2021.

Savez-vous déjà quel sera le ou les événements qui ouvriront la Saison Africa 2020 « courant décembre » ?

Compte tenu de la situation actuelle, nous sommes en train de faire le point avec tous les partenaires qui avaient un projet en décembre. Et nous sommes en discussion justement avec la Conciergerie, puisque l'ouverture de la Saison devrait être avec l'exposition monographique d'El Anatsui [la première exposition personnelle en France de l'artiste ayant reçu le Lion d'or à la Biennale de Venise en 2015 et le prix Praemium Imperiale en 2017, ndlr], l'artiste ghanéen qui vit depuis plusieurs années au Nigeria. L'exposition est en cours de montage. En fonction du moment du déconfinement en France, nous allons décider à quel moment nous pourrons ouvrir ce projet.

Parmi les ambitions affichées de la Saison Africa 2020 figurent, entre autres, les décisions de « cibler les jeunes » et de « connecter l'Afrique francophone et l'Afrique anglophone ». Comment allez-vous connecter les jeunes en France avec l'Afrique anglophone et francophone ?

À travers les projets. Les jeunes Français, en tout cas, je l'espère, sont un peu plus polyglottes que leurs grands-parents. Et à travers les réseaux sociaux, les gens sont déjà connectés à l'échelle d'un continent. Aujourd'hui, il y a des logiciels qui permettent de traduire simultanément ce qu'on dit et ce qu'on écrit. Cela fait longtemps que les réseaux francophones, lusophones, arabophones et anglophones du continent sont liés et collaborent à distance. L'enjeu est justement que les jeunes en France aillent accès à ces réseaux et puissent échanger. Tous les projets qui sont portés par le ministère de l'Éducation nationale de la Jeunesse et du Sport, à travers des projets pédagogiques, se font en lien avec des classes et des élèves sur le continent africain, et pas uniquement avec des pays francophones. Il y a des professeurs d'anglais ou des professeurs de portugais en France qui ont monté un projet pédagogique avec un pays anglophone ou un pays lusophone.

Vous avez conçu Africa 2020 comme une « plateforme collaborative de partage ». Actuellement, beaucoup d'événements culturels sur le continent africain ont lieu, comme récemment les Récréatrales au Burkina Faso, pendant que les événements en Occident ont été annulés ou se sont transformés en édition numérique, comme Vues d'Afrique au Canada, le Festival du film d'animation d'Annecy ou le premier Festival numérique du Châtelet en France. Est-ce qu'il s'est posée à un moment la question de créer les événements en présentiel en Afrique pour les partager ensuite en numérique en France ?

Cela n'aurait pas de sens. La Saison a plus de 450 projets. Chaque projet est panafricain par nature. Si l'on prend l'exemple d'un spectacle de danse ou d'une pièce de théâtre, on a des danseurs et des comédiens qui viennent de différents pays africains et qui sont en ce moment dans différents pays africains. Donc, je ne vois pas comment une pièce de théâtre avec des comédiens issus de six ou sept pays, voire trois ou quatre régions du continent, peuvent à distance jouer cette pièce ou jouer ce spectacle de danse. L'enjeu de toute cette Saison était de favoriser les rencontres et la mobilité. Demander à tous les partenaires - 183 en France, plus de 200 en Afrique - de basculer l'intégralité des projets qui auraient été conçus comme des moments de rencontres - je pense aussi aux 15 QG, ces Quartiers généraux, des sortes de centres culturels temporaires - en numérique, ce n'est pas possible.

Parmi les projets évoqués, se trouve un incubateur photographique à Johannesburg. Market Photo Workshop promet un nouveau type de photographie. Pouvez-vous nous dire un peu plus sur ce projet ?

C'est la photographie par les Africains. Si l'on pense à tous les imaginaires et toute l'iconographie de la propagande coloniale qui décrivait l'Africain comme un enfant voire comme un sauvage auquel il fallait apporter la lumière et la civilisation... La photographie comme médium existe sur le continent depuis la fin du XIXe siècle. Justement, cette fabrique de récits : Qui parle ? Qui parle au nom de qui ? Qui représente qui ? Pour dire quoi ? C'est là où la photographie a un rôle crucial à jouer. De plus en plus de jeunes se forment à la photographie et montrent une image d'eux-mêmes, de leur propre identité et de leur propre culture à travers un prisme africain et non pas à travers un prisme occidental entaché de clichés.

On est en plein pandémie de coronavirus. La situation sanitaire en Afrique reste beaucoup mieux qu'en Europe. Dans quelle situation économique se trouvent actuellement les artistes et opérateurs africains avec lesquels vous travaillez ? Avez-vous dû annuler des projets à cause de la crise provoquée par le coronavirus ?

Non, justement, l'objectif est de ne pas annuler des projets. Lors du premier confinement, on a dû annuler un projet, mais nous avons quand même tenu à verser aux artistes les cachets prévus. C'était un geste de solidarité. Nous ne laisserons tomber personne.

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