Ethiopie: La thérapie à distance renforce les services de santé mentale

Addis — L'entreprise sociale Erq Ma'ed - ou "table de réconciliation" - combine, depuis près de dix ans, la radio, la communication et le suivi psychologique pour améliorer la santé mentale et le bien-être des Éthiopiens.

Avec la pression supplémentaire causée par la pandémie de COVID-19, le recours à leur procédé novateur, visant à répondre aux besoins de santé mentale de la population dans une période sans précédent, s'est accru.

La pandémie a exercé un poids considérable sur les services de santé essentiels, y compris la santé mentale.

Les mesures strictes, telles que les restrictions de mouvement et le confinement, mises en place par de nombreux pays de la Région au cours de la phase initiale de la pandémie, ainsi que la surcharge de travail, ont entraîné d'importantes perturbations.

« Nous recevons généralement environ 20 000 appels par an, mais nous sommes déjà bien au-delà de ce chiffre cette année », explique Ephrem Bekele Woldeyesus, directeur des programmes chez Erq Ma'ed.

« Nous avons reçu de nombreux appels lancés par des familles qui ont du mal à communiquer entre elles pendant le confinement, ainsi que pour des questions liées à la violence domestique et sexuelle et aux crises conjugales ».

Les dix conseillers formés par Erq Ma'ed reçoivent des appels dans le cadre d'une émission de radio hebdomadaire qui, depuis 2013, a touché dix millions de personnes en diffusant des messages sur le bien-être, le développement des enfants et des jeunes, la réconciliation, la thérapie familiale et la santé mentale. Les auditeurs téléphonent et partagent leurs histoires en direct sur les ondes.

« Une patiente avait tellement peur d'être atteinte de la COVID ! Nous avons donc commencé par l'aider à stabiliser ses émotions et ses actions. C'est un peu comme un premier secours psychologique.

Après cela, elle s'est ouverte à nous sur d'autres sujets, comme comment nourrir sa famille et faire tourner son entreprise », explique Woldeyesus.

« Pour que nos services continuent de fonctionner pendant la pandémie, nous avons recyclé nos dix conseillers en thérapie à distance en organisant des séances par le biais de Zoom et en enregistrant les patients potentiels par l'intermédiaire de l'application Telegram. Nos conseillers offrent une thérapie psychologique six jours par semaine, à raison de 12 heures par jour ».

Pour déterminer les progrès des patients désireux de suivre une thérapie de santé mentale, Erq Ma'ed procède à des évaluations avant et après la thérapie. De plus, avant la fin d'une session de thérapie, ils sont invités à une séance finale en personne chaque fois que cela est possible.

A l'instar de nombreux pays africains, les services de santé mentale éthiopiens étaient déjà surchargés et sous-financés avant même que la pandémie ne survienne.

Le pays ne compte que 83 psychiatres pour une population de plus de 110 millions d'habitants. Les services de santé mentale sont concentrés autour de la capitale Addis-Abeba, tandis que 80 % de la population vit dans les zones rurales.

« Tout le monde sait qu'il faut se laver les mains, porter un masque et maintenir la distanciation physique, mais qu'en est-il de la santé mentale et de l'enseignement de techniques d'adaptation saines et sûres en période de stress intense ? », s'interroge M. Woldeyesus.

« Notre émission de radio est très populaire. Nous utilisons les recettes publicitaires pour financer notre programme de suivi psychologique, qui offre un soutien gratuit à plus de 2000 personnes chaque année, mais nous ne pouvons pas nous permettre d'aider tout le monde. Nous sommes une entreprise sociale et nous nous concentrons sur l'accessibilité ».

Malgré les difficultés, l'équipe prévoit d'étendre ses services de conseil aux écoles des environs d'Addis-Abeba, en proposant des programmes de santé mentale et sociale aux élèves.

L'équipe a été l'un des 30 lauréats africains du Défi mondial de l'innovation en matière de santé du Bureau régional de l'Organisation mondiale de la santé pour l'Afrique en 2018. Plus de 2 400 participants représentant 77 pays y avaient participé.

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