Afrique: La Guinée dans l'attente des résultats définitifs - Entre peur et espoir d'un retour de la paix !

Le Président Alpha Condé
7 Novembre 2020

(CONAkRY) -La Guinée retient son souffle ! Après les résultats globaux provisoires rendus publics par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui donnent la victoire dès le premier tour au président sortant, Alpha Condé, avec 59,49 %, la cour constitutionnelle devrait publier à son tour les résultats définitifs. Une publication attendue ce samedi 7 novembre.

«Nous en avons marre de cette situation !» Ce cri de détresse, on l'entend un peu partout à Conakry. Surtout chez les commerçants et autres ressortissants qui s'activent dans le secteur privé mais qui sont contraints de fermer boutique et de rester chez eux à cause de l'insécurité qui règne dans la capitale guinéenne au lendemain du scrutin du 18 octobre dernier.

Dans une situation de ni paix ni guerre, les partisans du président Alpha Condé, déclaré vainqueur avec 59,49 % selon les résultats globaux provisoires rendus publics par la Commission électorale nationale indépendante et ceux du principal opposant, Mamadou Cellou Dalein Diallo, qui s'est autoproclamé vainqueur également du scrutin se regardent en chiens de faïence. Exacerbée par un discours haineux, totalement irresponsable dans les deux camps parce que s'appuyant sur le communautarisme et l'ethnie, la Guinée s'enlise davantage dans la division. Entre les barrages de police, des couvre-feu dans certains quartiers, les populations qui ont vécu 26 ans sous la dictature de Sékou Touré (1958- 1984) ; 24 autres années sous le régime autocratique de Lansana Conté (1984-2008), tentent pourtant de s'organiser pour sortir indemnes de ce bourbier afin d'éviter le retour au pouvoir de la junte militaire dont les plaies laissées par le Capitaine Dadis Camara tardent encore à se cicatriser (événements du 28 septembre 2009).

DES PACTES DE NON AGRESSION ENTRE JEUNES DES QUARTIERS CHAUDS

Les stigmates des actes de vandalisme sont encore vivaces dans la capitale guinéenne. Des tas de panneaux d'électricité arrachés par une foule en furie ornent différents ronds points de Conakry où des posters géants de Alpha Condé et de Cellou Dalein Diallo rivalisent. Face à cet état de fait d'une paix plus que fragile où les communautés se crêpent le chignon ; où la plus petite étincelle pourrait réveiller les démons de la violence, des jeunes des quartiers ont décidé de freiner l'hémorragie. Au quartier Wanigara 1 par exemple, des jeunes de toutes obédiences s'érigent en boucliers pour défendre leur quartier pourtant réputé le plus chaud de Conakry. «Nous avons compris qu'il ne fallait pas suivre les politiciens. Nous vivons ensemble dans ce même quartier depuis des années. Il n'y a pas de distinguo entre Peul, Soussou, Malinké, Forestier, etc. Voilà, pourquoi, après des affrontements qui ont eu lieu au lendemain de la proclamation des résultats, nous avons déclenché une dynamique citoyenne consistant à s'auto-protéger. Nous avons même interdit des explosions de joie d'un camp ou d'un autre après la proclamation des résultats», confie Amadou Woury Barry, journaliste de son état et porte-parole du secteur de Wanigara 1 devant le chef de quartier, M. Kourouma. Et d'ajouter : «c'est pourquoi il n'y a pas eu ici d'affrontements inter-ethniques, inter-religieux. Ce, grâce à notre synergie d'actions».

Toutefois s'est-il empressé de préciser, «on ne peut pas contrôler la voie publique». Ces jeunes n'ont pas non plus manqué de déplorer l'absence d'infrastructures au sein de leur quartier. «Nous avons besoin d'une jeunesse intelligente. Hélas, nous n'avons qu'une seule école primaire de six classes. Pourtant nous avons un modèle à démultiplier en Guinée pour une paix durable». Dans la commune de Matoto aussi, ce sont des jeunes qui ont pris les devants pour freiner la folie meurtrière qui a déjà fait 26 morts selon l'Etat, plus de 30 selon des membres de l'opposition et la société civile. «Des boutiques ont été détruites et vandalisées à cause d'une simple alerte», témoigne Souleymane Soumah. «Or, ajoute-t-il, nous nous sommes rendus compte que ce sont des personnes malintentionnées qui appellent un peul, un malinké etc., pour lui dire «qu'on est en train de massacrer des peuls ou des malinkés» dans tel lieu. Sans réfléchir, les différentes ethnies s'entretuent». Conscients de la manipulation, différents groupes s'auto-organisent pour la défense de leurs quartiers et signent aussi des pactes de non-agression.

LA SOCIÉTÉ CIVILE APPLAUDIT

La société civile guinéenne investit le terrain pour prêcher la bonne parole. C'est le cas par exemple de Dr Dansa Kourouma qui dirige le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG). Docteur en Médecine Légale, de mère peul et de père malinké, il tranche d'emblée en affirmant «qu'aucune terre en Guinée n'appartient à une ethnie». Un vœu pieux, qui est très loin d'être une réalité. Ce, à cause du discours irresponsable des hommes politiques qui n'hésitent pas de chauffer à blanc leurs partisans pour atteindre leurs objectifs. Pour autant, il ne s'avoue pas vaincu. «Aujourd'hui, notre mission consiste à localiser et à identifier les familles qui ont été touchées. Voir là où il y a eu des morts, des blessés et des dégâts matériels. Ensuite, nous organisons des assises locales qui mobilisent les chefs de quartiers de secteurs, les religieux et les présidents de jeunesse pour réfléchir ensemble et trouver des solutions aux problèmes de violence pour que désormais, ce genre d'incidents ne se reproduisent plus dans les quartiers», confie-t-il. Et d'ajouter : «Nous voulons organiser les communautés elles-mêmes pour trouver des solutions durables aux problèmes de la violence et de l'insécurité. D'autant plus que les manifestations qui ont eu lieu les dernières 72 heures, il y a plus d'une trentaine de morts, des blessés, des centaines de maisons, des boutiques et édifices publics saccagés et vandalisés. L'Etat n'a aucune possibilité de gérer cette situation. Il faut que les jeunes s'organisent pour trouver des solutions». «D'ailleurs, je suis surpris des initiatives que j'ai trouvées sur place. Je suis étonné de constater que les gens avaient des solutions que je n'ai jamais imaginées. C'est à dire les pactes de non agression entre les différents quartiers ; les groupes de défense qui se sont constitués à Wanigara 1 qui ont empêché que leur quartier ne soit attaqué. Pourtant, c'est un quartier réputé très chaud. Ça veut donc dire que quand la jeunesse veut s'organiser, quand elle prend conscience, elle peut mettre définitivement fin à cette scène de terreur qui s'est emparée de Conakry».

L'INTERNET RETABLI, FACEBOOK AUSSI

«Orange Guinée avait constaté que son accès à l'internet mondial via le câble ACE a été coupé au niveau de la société Guilab, qui gère les accès du pays à ce câble, confirmait à Jeune Afrique un cadre d'Orange, le 23 octobre. La panne a été signalée à Guilab et Orange Guinée attend des éléments sur les délais de remise en service», lit-on sur différents sites. Mais avec l'accalmie survenue ces derniers jours, tout semble rentrer dans l'ordre. Même le réseau social Facebook qui avait été coupé par les autorités pour éviter la circulation de certaines scènes de violence selon le ministre de la Sécurité publique (voir par ailleurs) est redevenu fonctionnel. Reste maintenant à savoir ce qu'il en adviendra après la publication des résultats définitifs prévus ce samedi par la Cour constitutionnelle.

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