Cote d'Ivoire: Résultats définitifs présidentielle ivoirienne - Pour ADO, il n'y a pas de quoi pavoiser

Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire.
analyse

Ce n'était qu'une formalité, mais il fallait bien la remplir. Et le Conseil constitutionnel s'est plié à cette exigence démocratique qui veut qu'elle proclame les résultats définitifs de l'élection présidentielle du 31 octobre dernier, confirmant ceux provisoires proclamés une semaine plus tôt par la Commission électorale indépendante qui créditaient ADO de 94,27% de voix contre 1,99% pour Konan Kouadio Bertin, 1,66% à Henri Konan Bédié et 0,99% à Pascal Affi N'Guessan.

Rien d'étonnant donc à ce score soviétique puisque, Henri Konan Bédié et Pascal Affi N'Guessan ayant boycotté le scrutin, des quatre retenus, il ne restait guère que le président sortant et le lampiste KKB. Aucun recours n'avait été introduit auprès de la haute juridiction, qui n'a fait qu'entériner le score d'ADO à la virgule près. Les sages ayant parlé, il ne reste donc plus que la prestation de serment officielle du président réélu pour un 3e mandat pour que la messe électorale soit définitivement dite.

Reste maintenant ce que le vainqueur va faire de cette victoire à la Pyrrhus arrachée après de longues semaines de heurts qui ont souvent fait des dizaines de morts un peu partout sur le territoire. Le scrutin n'a d'ailleurs pu se dérouler sur l'ensemble des 22 000 bureaux de vote, dont beaucoup ont été saccagés par ceux qui obéissaient au mot d'ordre de désobéissance civile et de boycott actif lancé par les opposants au 3e mandat d'ADO.

Depuis le 2 novembre, soit deux jours seulement après l'élection, la tension est d'ailleurs montée de nouveau d'un cran à supposer qu'elle ait jamais baissé, après la proclamation par les contempteurs du régime d'un Conseil national de transition, une position quasi insurrectionnelle pour le RHDP qui y a réagi par la fermeté en mettant d'abord nombre des leaders de l'opposition sous résidence surveillée, dont le sphinx de Daoukro, et en traquant d'autres ; à l'image d'Affi N'Guessan ou d'Albert Mabri Toikeuse. Le premier cité, leader du « FPI légal », a d'ailleurs fini par être alpagué après une traque de quelques jours et mis « en lieu sûr » sans que ni ses proches ni ses avocats sachent véritablement où il est détenu.

A l'évidence donc, ADO et ses partisans veulent faire subir aux rebelles toute la rigueur de la loi puisque des poursuites judiciaires sont engagées contre une vingtaine d'insurgés pour sédition, terrorisme, atteinte à la sûreté de l'Etat, entre autres griefs. En tout, une bonne quinzaine de chefs d'accusation dont on se demande bien comment les mis en cause feront pour se dépêtrer. Il faut reconnaître qu'en créant le CNT, ils sont allés un peu très loin dans la défiance vis-à-vis du pouvoir au point de s'aliéner leurs soutiens aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'international. Pour autant la ligne de fermeté des maîtres d'Abidjan n'est pas sans danger, puisqu'elle peut contribuer à braquer davantage les leaders de l'opposition et leurs militants, avec tous les risques qu'une telle situation dégénère totalement.

Tout ça pour un malheureux 3e mandat auquel Alassane Ouattara n'a pas su renoncer. Même si pour avoir cédé aux sirènes, il pourrait replonger son pays dans la zone de turbulence sociopolitique dont il ne s'est d'ailleurs jamais définitivement sorti depuis trois bonnes dizaines d'années. Au regard de cette organisation au forceps du dernier scrutin et de la violence qui l'a entouré, il est clair que, pour ADO, il n'y a pas de quoi pavoiser.

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