Afrique de l'Ouest: Offres de dialogue de Condé et d'Ado - Faut-il prendre ces mains tachées de sang ?

On ne sait qui copie l'autre, mais jusqu'à présent leurs actions se recoupent dramatiquement. L'un comme l'autre a suscité des marche-meetings, soulevé la poussière pour exiger la modification de sa Constitution afin de s'ouvrir la voie à un 3e mandat. L'un comme l'autre s'est effectivement présenté pour ce problématique 3e bail. Le premier le 18 octobre 2020, le second deux semaines plus tard, soit le 31 octobre.

L'un et l'autre s'est, naturellement, fait réélire sans coup férir, le premier avec le score de 59,49%, l'autre avec un score soviétique de 94,27%. L'un comme l'autre a marché sur des dizaines de cadavres pour aller aux urnes pour un scrutin boycotté par une partie de l'opposition faute de consensus et de réformes véritables pour des élections transparentes, équitables, inclusives et apaisées. Et maintenant que l'affaire est dans le sac, l'un et l'autre tend la main à ses adversaires.

Après deux longues années sans se parler, le locataire du palais de Cocody et Henri Konan Bédié, son ex-allié devenu le premier de ses opposants, se sont retrouvés le 11 novembre dernier sur les « lieux du crime », si l'on ose dire. Puisque c'est à l'hôtel du Golf qu'en 2011 ils s'étaient tous réfugiés pour mener l'offensive contre Laurent Gbagbo et par la même occasion déclarer Ouattara vainqueur.

Mais la semaine dernière, c'est presque en ennemis irréductibles qu'ils se sont rencontré pour, disent-ils, briser le mur de glace et donner des chances à la paix en Côte d'Ivoire. Reste à savoir si toute l'opposition va accepter cette offre de dialogue, elle qui pose comme revendications, entre autres, la libération des prisonniers, une réforme de la Commission électorale, le redécoupage électoral avant les législatives comme préalables à un dialogue qui devrait les rassembler tous, y compris Laurent Gbagbo, se tienne.

Des conditions qui ne devraient pas être la mer à boire pour celui qui a consommé sa forfaiture et qui peut se permettre maintenant de jouer au président magnanime faiseur de paix.

Tellement magnanime qu'il aurait acté l'établissement d'un passeport diplomatique à Laurent Gbagbo, même si l'entourage de l'ancien président dit n'en être pas informé. En tous les cas, si ce précieux sésame qu'il réclamait depuis des lustres lui était accordé, le Oudy pourrait éventuellement rentrer à Abidjan en attendant son procès en appel à la CPI, s'il a lieu. Les uns après les autres, ADO met donc ses opposants dans sa poche, quitte à les diviser pour mieux régner.

Pour son alter ego du palais de Sékoutoureya, les choses sont encore un peu plus compliquées. Son principal opposant, Cellou Dalein Diallo, continue en effet de revendiquer sa victoire à la présidentielle et, en fait de main tendue de Condé, le leader de l'UFDG voit plutôt un bras armé qui martyrise ses militants. Ce n'est donc pas demain que les deux personnalités vont s'asseoir face à face pour fumer le calumet de la paix.

A dire vrai, quand bien même il n'aurait pas dû se proclamer vainqueur de la présidentielle les bureaux de vote à peine fermés, l'ancien Premier ministre de Lansana Conté n'a pas si tort que ça de refuser de s'embarquer dans de vaines rencontres qui, jusque-là, n'auraient pas changé grand-chose. Que ce soit en Guinée ou en Côte d'Ivoire, c'est trop facile de faire dans le brigandage électoral pour dire ensuite à ses victimes de passer on va prendre le thé.

Quitte à se mettre hors du jeu pendant quelque temps, il faut souvent laisser ces chefs d'Etat boire jusqu'à la lie la coupe de leur forfaiture. En effet, c'est souvent dans un piège sans fin que sont embarqués bien des opposants africains.

Quand vous boycottez, on dit que vous n'êtes pas des démocrates. Vous participez et vous contribuez à légitimer une élection dont les résultats étaient connus d'avance. Et quand vous refusez la main tendue, on dit que ne voulez pas de la paix et de la cohésion sociale.

Plus de: L'Observateur Paalga

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