Sénégal: Ibrahima Sarr, directeur des opérations industrielles du groupe Africa Development Solutions - Jeune industriel assumé

15 Novembre 2020

Quand de jeunes cadres, de retour au pays, se lancent dans des projets d'entrepreneuriat numérique ou cherchent à se caser dans un ministère ou une institution bancaire, Ibrahima Sarr, lui, investit le secteur industriel au risque de passer vieux jeu. Mais, ce quadragénaire assume son choix, car persuadé que sans industrie, point de développement.

Il a la tête du gendre idéal. Lunettes à grosse monture, voix posée, mise soignée et barbe bien entretenue, Ibrahima Sarr dégage le flegme britannique même s'il n'a jamais mis les pieds au pays de Shakespeare.

Lui, ses études, il les a faites en France qu'il a rejointe en 2000 après avoir décroché un bac S2 un an plus tôt au lycée Thierno Saïdou Nourou Tall. Il est revenu définitivement au pays 18 ans après, en 2018, auréolé d'un diplôme d'ingénieur en Systèmes de production. « Quand on est ingénieur de systèmes de production, on peut travailler partout dans l'industrie », précise ce natif de Dakar.

Dans un contexte où la tendance pour de nombreux jeunes diplômés est de s'orienter vers l'entrepreneuriat numérique, la création de startups, les métiers du tertiaire, la finance, etc., lui a choisi un domaine moins fun au risque de passer pour un has-been. Ibrahima Sarr est, en effet, directeur industriel.

Ce choix, il l'assume avec fierté et force arguments. « Quand on me demande ce que je fais dans la vie, les gens s'attendent à ce que je réponde que je suis expert au service d'un ministère quelconque, cadre d'une institution bancaire ou jeune geek avec un projet d'entrepreneuriat numérique. Et c'est souvent la surprise lorsque je réponds que je suis directeur industriel », dit-il.

Et pourquoi une telle surprise de ses interlocuteurs ? La réponse que sert ce sportif dans l'âme témoigne d'un esprit vif d'un homme qui, très tôt, a su le destin qu'il voulait se forger et s'en est donné les moyens. « Parce que l'on pense qu'il n'y a pas grand-chose à faire en matière industrielle au Sénégal.

Parce qu'on s'attend à ce qu'un directeur industriel soit âgé, un peu vieux jeu. Personnellement, je suis fier que Dakar soit un cluster technologique, mais je n'imagine ni mon pays ni l'Afrique, à terme, en gigantesque plateau technique ou incubateur peuplé de seuls développeurs et développeuses. J'assume d'être du côté de la vieille économie malgré mon jeune âge. Je dirai que je suis du côté de l'économie réelle qui a aussi et sans aucun doute besoin de technologie mais surtout d'industries », précise-t-il.

Rattraper le temps perdu

De retour au Sénégal depuis deux ans, Ibrahima Sarr est le directeur des Opérations industrielles du groupe Africa development solutions (Ads), un groupe panafricain présent dans une quinzaine de pays africains et dans différentes activités : le bâtiment, le solaire, la fibre optique, l'industrie à travers sa filiale multi industries group. Appartenant à l'homme d'affaires malien Samba Bathily, le groupe Ads a installé ses quartiers dans la Plateforme industrielle de Diamniadio depuis deux ans. Il y a ouvert une usine d'assemblage de vélos électriques, de scooters, de tricycles électriques et envisagent d'assembler des pickups électriques.

Dans les prochains mois, deux autres lignes d'assemblage d'ordinateurs et de lampadaires solaires seront lancées. Toujours dans cette même plateforme, le groupe Ads a ouvert l'usine Afritex spécialisée dans la confection d'habits d'enfants, de tenues professionnelles, de costumes modernes et tradi-modernes. Et ils sont en train d'acquérir une autre usine qui est dans la fabrication de tuyaux en Pvc.

Qui embrasse trop, mal étreint, dit un proverbe. Cette diversité d'activités ne risque-telle pas de plomber le groupe ? Ibrahima Sarr pense que non. « Pour nous, le challenge est énorme. Il y a tellement de choses à faire que nous n'avons pas du temps à perdre. Il faut y aller, il faut se lancer », dit-il d'une voix déterminée. Et puis, il estime que le moment est propice pour que le Sénégal et l'Afrique enclenchent la dynamique pour rattraper leur retard industriel.

Il est temps de sortir de ce qu'il appelle « le statu quo industriel ». « Avec la crise de la Covid-19, c'est l'occasion pour les Africains de faire une prise de conscience et de franchir un cap. Tous les pays qui se sont développés en général sont passés par des moments de crise. Pour moi, il faut faire de cette crise une opportunité. Tous les pays sont en train de réindustrialiser beaucoup d'activités. C'est avec l'industrie qu'on pourra se développer », affirme le directeur industriel.

S'il est resté longtemps en France, le rêve d'Ibrahima Sarr a toujours été de rentrer au Sénégal si l'opportunité se présentait. Et c'est ce qui s'est passé en 2018 lorsque le projet d'Ads lui a été présenté.

Le temps qu'il a passé à travailler au pays de Marianne, c'était une façon pour lui d'emmagasiner assez d'expérience. « J'ai plus à apporter au Sénégal qu'à la France, sachant que là-bas il y a toujours un plafond de verre. Et puis, je me sentais redevable du Sénégal parce que j'ai pu bénéficier d'une bourse d'études. Dans ma tête, il fallait que je rentre un jour ou l'autre », explique-t-il.

Ibrahima est d'autant plus enthousiaste à revenir travailler au Sénégal qu'il y a, avec le Pse, des prémices d'un renouveau industriel. « Beaucoup d'entreprises sont en train de s'installer dans la Plateforme industrielle.

Tout cela rend optimiste », dit-il. Il invite les autorités à rendre les coûts de production compétitifs, à créer de la main-d'œuvre de qualité et adaptée au marché et à multiplier les infrastructures de communication. « L'avantage qu'on a au Sénégal, c'est la position géographique et la stabilité politique. À Diamniadio, on est dans un environnement propice où tout est mis en place pour permettre aux entreprises de se concentrer sur l'essentiel », souligne-t-il.

En plus de sa casquette d'industriel, Ibrahima Sarr comptabilise 11 années d'expérience dans le mouvement associatif. En France, avec des amis, il avait créé une association humanitaire dénommée « Action pour l'espoir » qui a, à son actif, plus de 250 puits et a construit des écoles, des cases de santé au Sénégal et en Gambie. « Même en étant en France, je me suis impliqué dans le développement de mon pays.

Mais, lors de mes séjours, j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de changements, notamment en matière d'infrastructures. Cela a décuplé mon envie de rentrer et de prendre le wagon en marche. Je ne voulais pas attendre que tout soit en place pour venir », dit-il. Ayant fini de prendre le train en marche, l'ambition d'Ibrahima Sarr est désormais de contribuer à le faire prendre de la vitesse.

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