Afrique du Sud: [MARBRE NECRO] - Mort de Thabo Mbeki, dauphin de Mandela et ancien président

Dans l'histoire récente de l'Afrique du Sud, un seul nom efface tous les autres : Nelson Mandela. Derrière lui, pourtant, son dauphin Thabo Mbeki lui avait succédé à la tête du pays avec la lourde tâche de remettre dans le droit chemin une Afrique du Sud ravagée par plus de quarante ans de politique de ségrégation. Cet activiste précoce aura dédié sa vie à la lutte anti-apartheid, jusqu'à devenir président en 1999. Un chef d'État jugé pourtant trop intellectuel et distant de ses concitoyens.

Dès son plus jeune âge, Thabo Mvuyelwa Mbeki baigne dans un environnement extrêmement politisé. Ses deux parents enseignants comptent tous deux parmi les tout premiers activistes du Congrès national africain (ANC) et seront également adhérents du Parti communiste sud-africain (SACP).

Thabo Mbeki lui-même se décrira comme « né dans la lutte » tant les portraits de Karl Marx et de Gandhi dans le salon de sa maison d'enfance resteront gravés dans sa mémoire. Son père, Govan Mbeki, sera emprisonné pendant plus de vingt ans aux côtés de Nelson Mandela à Robben Island pour avoir fait partie de la lutte armée contre le régime de l'apartheid.

Ce prisme familial pousse le jeune Thabo a intégrer la Ligue des jeunes de l'ANC dès ses 14 ans dans sa région d'origine, le Transkei, dans l'est du pays. Il embrasse alors la carrière de son père, devenant lui aussi un activiste au sein de l'ANC pendant ses études à Pretoria, la capitale. En 1960, l'ANC est déclaré illégal. Thabo Mbeki a alors 18 ans. Il quitte le pays avec d'autres membres du parti, déguisés en joueurs de football dans un bus en direction du Botswana.

C'est là le point de départ d'une longue carrière d'activiste expatrié. Dans un premier temps, Thabo Mbeki finit ses études à Londres pendant deux ans. Il y fera la rencontre d'Oliver Tambo, qui deviendra président de l'ANC de 1967 à 1991. Fidèle aux idéaux communistes de son père, il s'envolera ensuite pour Moscou où il étudiera à l'Institut des sciences sociales. Il profite aussi de son séjour dans la capitale soviétique pour se former au maniement des armes et des explosifs à la prestigieuse école militaire.

En 1970, il commence sa carrière d'ambassadeur de l'ANC à l'étranger par un poste en Zambie. Pendant vingt années, il ira successivement au Botswana, au Swaziland, au Nigeria et au Zimbabwe. Connu pour son style diplomatique, il sera élevé au rang de ministre des Affaires étrangères de l'ANC en 1989, un an avant que le parti ne redevienne légal en Afrique du Sud.

De « porteur de valise » à président « paranoïaque »

Thabo Mbeki retourne sur le sol sud-africain en 1990, vingt-huit ans après l'avoir quitté. Il sera hyperactif dans le processus de transition post-aprtheid entre 1990 et 1994. Celui qui se présente lui-même à l'époque comme un « porteur de valise » assistera à toutes les négociations avec le régime de l'apartheid pour conseiller Nelson Mandela.

C'est donc tout naturellement que ce dernier le choisit comme son vice-président au moment de son élection en 1994. Thabo Mbeki partagera son poste avec Frederik De Klerk, le prédécesseur de Mandela. Champion du mouvement de la Renaissance Africaine, Thabo Mbeki prononcera en 1996 son discours le plus célèbre : « I am an African ».

Mbeki appartient à l'ethnie Xhosa, comme Mandela. Il s'imposera comme son successeur logique, après avoir écarté d'autres concurrents tels que Cyril Ramaphosa. Il n'y a donc pas de réelle surprise lorsqu'il prend les rênes de l'ANC en 1997.

Thabo Mbeki est élu deux ans plus tard président de la République d'Afrique du Sud avec 66% des scrutins en sa faveur. Mais une fois aux commandes du pays, le glorieux combattant de la liberté adopte un tout autre style : lointain, intellectuel, froid. Une attitude qui tranche d'autant plus avec celle de Nelson Mandela, préoccupé à chaque instant par le projet de réconciliation nationale.

Dans un pays en plein boom économique, Thabo Mbeki multiplie les faux pas. Le plus connu d'entre eux concerne le sida. Pendant toute sa présidence, Mbeki a nié le lien entre le virus et la maladie, provoquant une controverse mondiale.

Aveuglé par sa peur de la domination occidentale, il déclare ainsi en 2001 : « Convaincus que nous ne sommes que des porteurs de germes nés dans la nature, uniques au monde, ils [les Occidentaux] proclament que notre continent est condamné à une fin inévitable à cause de nos incontrôlables péchés de chair ».

A l'époque, l'Afrique du Sud compte plus de 5 millions de séropositifs pour 55 millions d'habitants. Mais le président refuse la distribution de traitements antirétroviraux dans le pays, selon lui « plus dangereux que la maladie elle-même ».

Le président cristallise alors les critiques lors de sa réélection en 2004. Dans un livre, le journaliste sud-africain William Gumede dresse le portrait d'un président « paranoïaque », fumeur de pipe et séducteur d'investisseurs occidentaux.

Rivalité avec Jacob Zuma

En mai 2004, l'attribution de la Coupe du Monde 2010 à la « nation arc-en-ciel » ne sera qu'un court répit pour le président Mbeki. Sa rivalité avec son vice-président Jacob Zuma éclate au grand jour un an plus tard. Le président limoge son concurrent, alors englué dans les « spy tapes », une affaire de corruption dans l'attribution d'un contrat d'armement.

La guerre est alors déclarée entre les deux hommes. Zuma, qui représente l'aile gauche de l'ANC, rassemble une large opposition face à Thabo Mbeki. Son camp l'emportera assez largement au Congrès de l'ANC de Polokwane en 2007. Jacob Zuma est alors idéalement placé pour succéder au président. Une humiliation pour Thabo Mbeki, qui quitte le pouvoir en 2008, à six mois de la fin de son second mandat.

Après son départ des Union Buildings, le siège du gouvernement sud-africain à Pretoria, Mbeki est resté un commentateur actif de la politique sud-africaine, n'hésitant pas à pointer les errements de son successeur et rival Jacob Zuma. Fort de sa longue carrière de diplomate en Afrique, il avait lancé en 2010 sa Fondation privée pour soutenir des projets de la « renaissance africaine » sur le continent.

Plus de: RFI

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